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Noir. Il porta au Gouverneur cette réponse, qui parut ridicule
aux Epicuriens , à qui il la communiqua ; mais lui , il en fut
frappé d'étonnement, & en ouvrant le billet , il leur montra
ces mots qu'il y avoit écrits : T'immolerai-je un bæuf blanc , ou
noir?

Quelquefois les réponses des Oracles n'étoient qu'une sim-
ple plaisanterie; témoin celle qui fut faite à un homme qui
venoit demander, par quel moyen il pourroit devenir riche,
Le Dieu lui répondit qu'il n'avoit qu'à posseder tout ce qui
étoit entre les Villes de Sicyone & de Corinthe. Et celle
de ce Gouteux, à qui l'Oracle répondit que pour guerir , il
n'avoit qu'à boire de l'eau froide.

Finissons cet article par une réponse, que rapporte Strabon (1), & qui fut bien funefte à la Prêtresle de Dodone ( 1 ) Strab. qui l'avoit rendue. Pendant la guerre des Thraces contre les pag. 177: Béotiens, ces derniers allerent consulter l'Oracle de Dodone, & la Prêtreffe leur répondit qu'ils auroient un heureux fuccès, s'ils en agissoient en impies. Les Envoyés des Béotiens persuadés que la Prêtresse vouloit les tromper, pour favoriser les Pelasges dont elle descendoit, & qui étoient Alliés des Thraces, prirent cette femme, & la firent brûler vive, disant que de quelque maniere qu’on tournât cette action, elle ne

pouvoit qu'être touvée juste. En effet, fi la Prêtresse avoit eu dessein de les tromper, elle étoit punie de sa fourberie : si elle avoit parlé sincerement , ils n'avoient fait qu'executer l'Oracle à la Lettre. On ne se paya pas de cette raison, on fe saisit des Envoyés ; mais comme on n'osoit pas les punir , fans les avoir jugés auparavant, on les conduisit devant les deux Prêtresses qui restoient; car il devoit y en avoir trois alors à cet Oracle , selon le recit de Strabon. Les Deputés ayant reclamé contre cette conduite, on leur accorda deux hommes , pour les juger avec les Prêtreffes. Celles-ci ne manquerent pas de les condamner; mais les deux Juges leur furent plus favorables. Ainsi les voix étant partagées, ils furent absous.

Remarquons en finissant que comme les Prêtres tournoient en vers ce que la Pythie avoit dit dans sa fureur , ils en faifoient souvent de fort mauvais. Les Epicuriens sur-tout s'en

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mocquoient ouvertement, & disoient dans leurs railleries; qu'il étoit bien étonnant qu'Apollon, le Dieu de la Poësie, füt bien plus mauvais Poëte qu'Homere, qu'il avoit inspiré lui-même. Souvent même les Poëtes étoient obligés, n'esperant pas faire si bien , de se servir de ce fameux Poëte. Ce furent sans doute les railleries de ces Philosophes, & plus particulierement encore celles des Cyniques, & des Peripateticiens, qui obligerent les Prêtres à ne plus mettre en vers les réponses de la Pythie , ce qui fut , selon Plutarque, une des principales causes de la décadence de l'Oracle de Delphes.

CHAPITRE I I.

A

Histoire des Sibylles.
U
U Chapitre des Oracles je dois joindre celui des Sibyl-

les, dont les prédictions étoient , sur-tout pour les Ro-
mains, une espece d'Oracle permanent , qu'ils consultoient
dans toutes les occasions où la Republique étoit menacée de
quelque malheur.
On ne s'attend

pas
sans doute

que

je m'étende beaucoup sur un sujet déja traité à fond par plusieurs Sçavans ; mais comme cette Mythologie doit être à l'usage de tout le monde, & que souvent on n'est pas en état de consulter des Li

, & vres où l'Hebreu & le Grec se trouvent entassés sans ménagement, je ne sçaurois me dispenser d'en dire du moins ce

qu'on ne doit pas ignorer, renvoyant ceux qui voudroient ap(1) Ser. profondir davantage la matiere, aux sçavantes Dissertations de Gallai Disert. Gallæus (1); au Traité qu'en a fait M. Petit (2), Medecin de Amt." 1688. Paris; à Van-Dale, à Thomas Hyde (3) & en particulier à

Lactance, qui nous a conservé sur les Sibylles l'ancienne cra(2) Pet. Perit . de Sibylla

. dition qu'il avoit puisée dans les Ouvrages de Varron. Lip. 1636. in

Pour rendre plus methodique ce que j'ai à dire dans ce (3) De Reli. Chapitre, je le divise en plusieurs Articles. J'examinerai , Vet. Pers. 1°. S'il est vrai qu'il y ait eu des Sibylles. 2o. Combien il y en

a eu. 3°. Sur quel fondement les Anciens ont cru qu'elles

a

in quarto.

ottato.

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avoient le don de prédire l'avenir. 4°. De quelle maniere on
avoit eu le Recueil de leurs préditions. 5. Comment elles an-
nonçoient leurs Oracles. 6o. Enfin, si on les a regardées com
me des Divinités , & quel culte on leur a rendu.

ARTICLE PREMIER

a

a

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>

S'il y a eu des Sibylles. Les Anciens donnerent le nom de Sibylles à un certait nombre de filles qu'ils croyoient avoir été douées du don de prédire l'avenir : soit que ce nom fût hebreu d'origine, comme l'ont prétendu Delrio , Peucerus , Neander , & quelques autres ; ou latin , ainsi que le dit Suidas ; ou Africain, comme le veut Pausanias (1); ou enfin Grec, comme (1) La Plioc Vassurent la plûpart des Sçavans. C'est ainsi qu'en a pensé Diodore , qui dérive ce nom d'un mot, qui dans la langue Grecque, signifie inspiré, enthousiaste ( a ), parce qu'effectivement or étoit persuadé que les Sibylles étoient inspirées par les Dieux : mais de tous ceux qni ont cherché l'étymologie de ce nom , Lactance est celui dont le sentiment est le plus generalement fuivi. Ce sçavant Auteur dit qu'il signifie Conseil de Dieu :0mnes (fæminæ vates) Sibyllæ sunt à veteribus nuncupatæ , vel ab: anius Delphidis nomine , vel à consiliis Deorum enunciandis ; Sis's enim, Deos, non ess; & consilium , non Bendix, sed Burning, appellabant Æolico sermonis genere ; itaque inde Sibyllam dictam , esse subxan's, (consilium Dei)

Quoiqu'il en soit, toute l'Antiquité conspire à établir l'exif--
tence de ces sortes de personnes ; & si l'on ne trouve point
de tradition constante sur leur nombre , & qu'au contraire on
varie beaucoup sur cet article, ainsi qu'on le verra dans la
fuite, il n'en est pas moins vrai qu'il y en a eu. On dispute
fur leur nombre, sur leur pays, sur le temps auquel elles ont

,
vêcu , &c. mais ces disputes-là même, prouvent qu'on a sup
posé leur existence; ainsi on ne sçauroit la nier sans renver-
fer ce que l'Antiquité a de plus certain , & fans .contredire
en même temps plusieurs Peres des premiers siécles , qui one
fuivi le sentiment unanime des Anciens. Je n'ai

pas

dessein de (a) Voyez ci-dessous la traduction de passage de cet Auteur:

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»

rapporter tous les témoignages qu'on pourroit rassembler pour prouver cette verité; mais aussi je ne dois pas esperer qu'on

m'en croira fur ma parole. (1) In Phæd. Platon (1), à l'occasion de cette forte de fureur dont quelques

personnes sont saisies, & qui les met en état de connoître l'avenir , après avoir fait mention de la Prêtrelle de Delphes, & de celles de Dodone, ajoute : « Si nous voulions parler de o la Sibylle , & des autres personnes qui ont été saisies de la

» même fureur, nous perdrions notre temps & nos peines. (2) Prob. Ariftote (2) recherche quelle peut avoir été la cause qui ren30. Quæt. 1. doic les Sibylles capables de connoître l'avenir; & dès-là il (3) Liv. 4. suppose leur existence. Diodore de Sicile (3) est entré à ce su

jet dans un plus grand d’étail, à l'occasion de Daphné fille de Tirelias,

que les Epigones pour satisfaire à leur veu, en

, voyerent à Delphes, après la prise de Thebes.ce. Cette fille, an dit cet Auteur, n'étoit pas moins sçavante que son pere, dans

l'art de la divination, & elle y fit de très grands progrès,

après qu'elle eut été transportée à Delphes. Comme elle » étoit douée d'un esprit merveilleux , elle écrivit un grand

nombre d'Oracles de plusieurs manieres differentes les unes n des autres. On dit que le Poëte Homere s'est approprié pluse sieurs vers de Daphné, & qu'il s'en étoit servi pour orner

ses Poëmes. Comme cette fille étoit souvent éprise d'une „ fureur divine, en rendant ses réponses , on lui donna le nom

» de Sibylle; qui dans la langue du pays signifioit enthousiaste. (4) Liv. 14. Strabon (4) fait mention de la Sibylle Erythrée, & d'une au

tre qui, selon lui , vivoit du temps d'Alexandre, & qu'on

nommoic Athenaïs ; & ce même Auteur prétend dans un au(3) Liv.16. tre endroit (5), qu'il y en avoir eu une plus ancienne. Plutar

que dans l'Opuscule où il recherche la cause de la cessation des Oracles, parle fort au long des Sibylles ; & pour fermer la bouche à ceux qui n'ajoutoient pas foi à leurs Oracles, il rapporte plusieurs exemples de prises de villes, de guerres , d'irruptions de Barbares, de migrations de differens Peuples,

& plusieurs autres évenemens remarquables, qui étoient ar(6) Hiftor. rivés de la maniere dont elle les avoient prédits. Elien (0) Var. liv. 12. parle de quatre de ces Sibylles , comme nous le dirons dans (7) In Phoc. I'Article suivant. Pausanias (7) fait la discription du Rocher où

habitoit

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la le peuple

habitoit & où rendoit ses Oracles la Sibylle Erophile, qui vivoit avant le Siege de Troye, quoique, selon lui, elle ne für

pas la plus ancienne de toutes. Ce même Auteur parle du Tombeau de cette Sibyila, & rapporte son Epitaphe & quelques uns de ses Oracles (a). Stephanus, à l'article de Gergis, ville de la Troade, dit sur l'autorité de Phlegon, que Sibylle qui y étoit née, s'appelloit Gergithie, & que de cette ville la representoit sur ses monnoyes avec un Sphinx. Aristophane, dans la Comedie des Oiseaux ; nomme trois Sibylles , dont l'une étoit four d'Apollon, l'autre étoit Erythréenne, & la troisiéme originaire de Sardes.

A ces temoignages je pourrois joindre celui de Varron, le plus sçavant des Romains, qui non seulement nomme dix Sibylles , mais qui cite en même temps les Auteurs anciens qui en avoient parlé, mais je reserve ce qu'il en dit pour l'article suivant; celui de Ciceron qui fait mention des Sibylles dans ses Livres de la Divination ; celui de Virgile , qui dit des choses si curieuses sur la Sibylle de Cumes; ceux de Pline, de Solin , du Philosophe Hermias, de Procope, d'Agathias , de Jamblique, d'Ammian Marcellin , de Justin , & d'une infinité d'autres. J'y ajouterois ce que S. Juftin, martyr, Lactance, S. Jerôme, S. Augustin, & d'autres Peres de l'Eglise en ont dit ; & je terminerois l'Histoire de cette tradition, par l'auto

; rité de tous les Sçavans que j'ai cités au commencement de ce Chapitre. Il est donc constant, & on ne sçauroit le nier , qu'il y a eu en differens temps, & dans des lieux differens , des personnes ausquelles on a crû que les Dieux avoient accordé le don de connoître & de prédire l'avenir , & qui ont porté le nom de Sibylles.

ARTICLE Ι Ι.

Le nombre des Sibylles. Si les Anciens sont d'accord sur l'existence des Sibylles, il s'en faut bien qu'ils le soient sur leur nombre. La cause de leur incertitude sur ce sujet , c'eft qu'une même Sibylle voya

(a) On rapportera dans le dernier article le Passage entier de cet Auteur. Tome 1,

Vu

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