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geoit en plusieurs pays, & qu'après avoir demeuré quelque temps dans un lieu, & y avoir rendu des Oracles, elle passoit

, dans un autre : souvent même on donnoit differens noms à la même, tantôt celui de son pays, quelquefois celui des lieux où elle avoit sejourné. Cependant le sentiment le plus gene

ralement reçu, est celui de Varron , rapporté par Lactance; ; <!De fall. & voici ce qu'en dit ce sçavant Pere de l'Eglise (1). » Varron, Rel. L. 1.c.6.

po dans les Livres qu'il composa sur les choses divines , &

qu'il dedia à C. Cesar , Souverain Pontife, lorsqu'il est arriv vé à l'article des Quindecimvirs qui avoient la garde des » Livres Sibyllins , dit que ces Livres n'étoient pas l'Ouvrage • d'une seule Sibylle, mais de dix ; car il y en avoit tout

y ► autant. Ensuite il les nomme les unes après les autres, avec » les Auteurs qui en avoient parlé avant lui. La premiere ,

dit-il, & la plus ancienne, étoit originaire de Perse , ainsi

qu’on l'apprend de Nicanor , celui-là-même qui avoit écrit o l'Histoire d'Alexandre de Macedoine. La seconde étoit née * dans la Libye, & Euripide en fait mention dans le Pro

logue de la Tragedie, intitulée Lamia. La troisiéme étoit - de Delphes, comme on l'apprend dans le Livre de la Di

vination, composé par Chryfippe. La quatrieme avoit pris » naissance chez les Cimmeriens d'Italie ; Nævius en parle

dans son Histoire de la guerre Punique, & Pison dans ses » Annales. La cinquième étoit d'Erythrée , selon Apollo

dore qui étoit du même pays : celle-ci prédit aux Grecs qui alloient assieger Troye, l'heureux succès de leur entre

prise, & en même temps, qu'Homere débiteroit un jour so bien des mensonges à ce sujet. La sixiéme étoit de Samos, » & son histoire se trouvoit dans les plus anciennes Annales

des Samiens , comme on l'apprend d'Heratosthene. La septiéme, née à Cumes , fe nommoit Amalthée , selon quelques Auteurs, & selon d'autres , Demophile, ou He

rophile : ce fut celle-là qui offrit à Tarquin l'ancien, un - Recueil de vers Sibyllins, en neuf Livres. La huitiéme

étoit l'Hellespontine , née à Marpese près de la ville de Gergis, dans la Troade : Heraclide de Pont disoit que celle-ci avoit vécu du temps de Cyrus & de Solon. La neu

inviéme, aufli Phrygienne d'origine , rendoit ses Oracles à

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Ancyre, où elle faisoit fon sejour. La dixiéme enfin, nom

mée Albunée, étoit de Tibur, ou Tivoli, & étoit honorée » comme une Divinité aux environs du fleuve Anienus ».

Telles sont les dix Sibylles qu'admettoit Varron : mais pour éclaircir ce quen disoit ce sçavant Romain, il eft neceffaire de faire ici quelques reflexions. 1°. Il ne dit pas le nom de la Sibylle de Perfe , que les Anciens appelloient Sambethe. 2o. Euripide parlant de la Sibylle Libyenne , dit qu'elle étoit fille de Jupiter & de Lamia. Elle voyagea en plusieurs endroits à Samos, à Delphes, à Claros, &c. Ce sont ces voyages , au reste , qui ont porté quelques Auteurs à dire que d'une Sibylle, on en avoit fait trois ou quatre. 3°. Diodore de Sicile nomme Daphné, la troisiéme des Sibylles de Varron, & dit qu'elle étoit née à Thebes en Béotie. 4°. Eusebe croit que la Sibylle Erythréenne, la plus celebre de toutes , vivoit , non du temps de la guerre de Troye, comme le croit Varron sur l'autorité d'Apollodore, mais sous le regne de Ros mulus. 5o. Celle de Samos, dont Varron ne dit pas le nom; s'appelloit selon Suidas, Pitho , ou la Persuasion, & suivant Eusebe, Eriphile.

Suidas , qui parle des Sibylles en Compilateur peu exact, a fait à leur sujet deux articles qui ne se ressemblent pas ; quoique dans l'un & dans l'autre il en admette dix. Ainli Gallæus s'eft trompé en disant qu'il en reconnoissoit quatorze, comme Rosin en assurant qu'il n'en nommoit que

neuf. Elien au contraire (1), n'en admet que quatre , sçavoir, l'Ery- (:) Var. Hilt. thréenne, l'Egyptienne, celle qui étoit née à Samos, & cel- L. 12. C. 35. les de Sardes en Lydie. Solin paroît persuadé que leur nombre doit se reduire à trois, celle de Sardes, celle de Cumes, & l'Erythréenne , en quoi il a été suivi par Ausone (2), qui (2) Gryplin

( n'en admet aulli

que

trois :
Et tres fatidicæ nomen commune Sibyllæ
Quarun

rum tergemini fatalia carmina libri,
Martianus Capella en retranche encore une, & ne reconnoît
que l'Erythréenne & la Phrygienne. Enfin Pierre Petit, dont
j'ai indiqué l'Ouvrage au commencement de ce Chapitre,
prétend qu'il n'y a jamais eu qu'une seule Sibylle , qui étoit

Qum. tern,

l'Erythréenne; & que si elle a porté d'autres noms, comme celui de Cuméenne, &c. c'est qu'elle avoit voyagé en differens pays, y avoit sejourné, & y avoit rendu ses Oracles. Ainsi on avoit fait à l'égard de cette Sibylle le contraire de ce qu'on faisoit ordinairement par rapport aux autres faits fabuleux. Car lorsque plusieurs personnes avoient porté le même nom, on chargeoit l'histoire de celle qui étoit la plus celebre, de toutes les avantures des autres ; ce qui est vrai en effet à l'égard d'Hercule, par exemple, comme nous le prouverons dans l'Histoire de ce Heros. Ici Varron, & les autres qui ont multiplié les Sibylles , ont partagé entre plusieurs les actions, les

voyages , & les prédictions d'une seule. Ce sçavant Auteur employe plusieurs preuves pour établir fon sentiment , qu'on peut voir dans l'Ouvrage que j'ai cité ; mais deux de celles qu'il croit les plus fortes , m'ont paru souffrir quelque difficulté. La premiere eft, que Platon & Pline parlent de la Sibylle en nombre singulier ; le premier, dans le passage que j'ai déja rapporté ; le second s'exprime ainsi : Divinitas, eo quædam focietas Calitum nobiliffima , ex feminis in Sibylla fuit, ex viris in Melampode apud Græcos, apud Romanos in Marcio. Mais ces deux autorités ne sont rien moins que concluantes : Platon dans cet endroit de son Dialogue, ne parloit des Sibylles qu'en passant, & il lui suffisoit de donner un exemple de la fureur Prophetique dont quelques personnes étoient saisies. On peut donner la même réponse sur ce que dit Pline, qui ne voulant aussi que donner quelques exemples de ceux qui avoient eu un commerce particulier avec les Dieux , a nommé Melampe & Marcion pour les hommes, & pour les femmes la Sibylle , sans pour cela avoir prétendu donner l'exclufion aux autres.

La seconde preuve de M. Petit paroît plus forte. Le Recueil des Vers Sibyllins étoit écrit en Grec; or comment seroit-il arrivé que toutes les Sibylles eussent sçu cette Langue? Comment celle de Perse, la Libyenne, l'Hellespontine , la Sardienne , auroient-elles parlé grec dans des pays où les Grecs n'étoient pas connus de leur temps ? Mais , qui est-ce qui prétend que toutes les Sibylles ont parlé grec ? Ne peut-on pas avoir traduit en grec leurs prédictions, qu'on recueilloit avec

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vet. Persarum

le même soin que les Oracles de la Pythie? D'ailleurs, quoi-
qu'il soit vrai

que

les Livres Sibyllins que nous avons aujourd’hui soient en langue & en vers grecs , est-il certain qu'ils l'ayent toujours été ? La Pythie rendoit ses réponses en prose, & c'étoient des gens préposés qui les mettoient en vers, ainsi que nous l'avons dit dans le Chapitre précédent. Je suppose donc , & la fupposition est très-vraisemblable , que des Curieux recueilloient toutes les prédictions des Sibylles, du moins aurant qu'ils pouvoient en trouver, & qu'ayant fait traduire celles qui étoient dans des langues étrangeres , ils les mirent en vers : c'est ainsi apparemment que furent faits les Rex cueils differens de ces predictions.

Thomas Hyde (1), dans son Traité de la Religion des anciens (1) De Rel. Perses , a sur les Sibylles un sentiment encore plus singulier que celui de Pierre Petit , puisqu'il nie qu'il y en ait jamais eu aucune. Cette fable qui a eu tant de cours dans la Grece & dans l'Italie, tire, selon lui, son origine de la Perse & de la Chaldée ; & ce qui y a donné lieu , c'est le figne de la Vierge, dont l'étoile la plus brillante s'appelloit , & se nomme encore aujourd'hui l'Epi, xißuma, ou sibBura , Spica. Or ce mot vient du Persan Sambula , ou Sumbula , & signifie dans cette langue un Epi de bled. Aussi les Perses avoient-ils accoûtumé de representer dans leurs Planispheres, cette étoile sous la figure d'une jeune fille qui tenoit à la main une poignée d'Epis. Comme les Perses & les Chaldéens, dit ce Sçavant , sont les inventeurs de l'Astrologie, & qu'ils tiroient leurs prédictions de l'inspection des Aftres, ils avoient une attention particuliere à ce Signe, comme representant une Vierge.

Les Grecs , dit encore le même Auteur , qui apprirent des Peuples de l'Oriene les Sciences & les Arts, & qui für la moindre équivoque inventoient des fables , ayant trouvé dans l'histoire de l'Astrologie Persanne le mot de Sambula , imaginerent la-Sibylle Sambethe,& puis les autres : mais comme dans les fiĉtions on n'efface pas entierement la tradition qui y a donné Lieu , les mêmes Grecs regarderent toujours la Sibylle de Perfe, comme la plus ancienne de toutes.

Quelqu'ingenieuse que soit la conjecture du sçavant Anglois, elle ne sçauroit détruire le temoignage constant de toute l'AD

V u iij

ܪ

tiquité, qui admet en differens temps & en differens pays de ces personnes extraordinaires qui ont passé pour avoir une connoissance particuliere de l'avenir, & dont les prédictions recueillies avec soin, étoient consultées dans les occasions importantes ; car combien de suppositions ne faudroit-il pas faire pour

détruire une tradition {i suivie ? Tout ce qu'on peut accorder à cet Auteur , c'est que la Sibylle de Perse, nom

à mée Sambethe , doit son origine à l'équivoque du mot Sambula; niais cela ne prouve pas qu'il n'y ait point eu d'autres Sibylles.

Ce feroit ici le lieu de rechercher en quel temps ont vêcu les Sibylles ; quels sont les parens qu'on leur donne ; quel fuç le lieu de leur naissance, & dans quel ordre on doit les placer; mais on trouve dans les Anciens comme dans les Modernes, tant d'opinions differentes sur ces quatre articles, qu'après bien des recherches on ne sçait à quoi se determiner. J'ai cru devoir les nommer dans le même ordre que Lactance après Varron les avoit nommées , quoique je n'ignore pas que plusieurs Sçavans ont renversé cet ordre , comme si la chose valoit la peine de s'en inquiéter. Qu'importe en effet que celle de Perfe soit la premiere & la plus ancienne de toutes, comme le prétendoit Varron , ou la cinquième, ainsi que le dit Boissard, ou la huitiéme seulement, selon Onufrius Panvinus. Gallæus s'est donné la peine de rassembler tout ce qui a été dit sur ce sujet ; les Sçavans pourront le consulter.

ARTICLE I I I.
Sur quel fondement on a cru que les Sibylles avoient

le don de prédire l'avenir. Les Anciens ont raisonné profondement sur le commerce & sur l’union que la créature pouvoit avoir avec la Divinité, & ils ont cru que cette union & ce commerce pouvoient être si intimes, que quand l'homme étoit parvenu à un certain point de perfection, il n'y avoit plus rien dans l'avenir qui lui fût caché. C'est à ce point que tâchoient d'arriver , & qu'on croyoit qu'arrivoient effectivement quelques personnes, par

le moyen de cette forte de Magie, qu'on nommoit Theurs gie, comme nous le dirons dans un des Chapitres suivans,

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