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rapport de Servius (1), dit formellement dans le Livre des (1) In 3. Æn. chofes divines, que cette Sibylle écrivoit fes prédictions fur des feuilles de Palmier. Le même Servius nous apprend auffi que cette Sibylle rendoit fes Oracles de trois manieres, ou de vive voix, ou par écrit, ou par des fignes: Tribus modis futura prædicit; aut voce, aut fcripturâ, aut fignis, id eft, quibufdam notis, ut in Obelifco Romano videmus ; vel, ut alii dicunt, notis litterarum, ut per aliquam litteram fignificet aliquid (2). On pour- (2) Loco cit. roit me demander ce que cet Auteur entend par ces fignes; mais comme il dit lui-même que c'étoient des marques femblables à celles qui fe trouvent fur l'Obelisque qui étoit à Rome, il eft clair qu'il parle de cette écriture hieroglyphique en usage chez les Egyptiens, & qui étoit sur l'Obelifque qui avoit été porté d'Egypte à Rome : fur quoi on peut confulter Pline (3).

Au refte, rien n'étoit plus celebre en Italie, que l'antre c. où cette Sibylle avoit rendu fes Oracles. Ariftote (4) en parle comme d'un lieu très-curieux, & Virgile en fait une defcription magnifique. La Religion avoit confacré cette Caverne, & en avoit fait un Temple, comme nous le dirons dans l'article fuivant.

(3) Liv. 36

8. & 9.

(4) Adon.

Je n'ai pas deffein de recueillir tout ce que les Hiftoriens Romains & les Poëtes difent de cette Sibylle; nrais je ne fçaurois paffer fous filence, ce qu'Ovide raconte dans fes Metamorphofes, de fes amours avec Apollon. Ce Dieu, ditil (5), en étant devenu amoureux, elle lui promit de répon- (s) Met L. 14. dre à fa tendreffe, s'il vouloit lui accorder autant d'années de vie, qu'elle tenoit de grains de fable dans fa main; mais après avoir reçu cette faveur, elle ne le paya que d'ingratitude; & comme elle n'avoit pas pensé à demander qu'elle pût paffer ce grand nombre d'années dans l'état de jeuneffe où elle étoit alors, elle devint fi caduque & fi accablée du poids de la vieilleffe, qu'il ne refta plus d'elle que la voix

Nullique videnda

Voce tamen nofcar, vocem mihi fata relinquent.

Il eft aifé de voir que cette fable eft fondée fur une double tradition; l'une qu'Apollon étant regardé comme celui des

Dieux qui connoiffoit le mieux l'avenir, & qui le communiquoit aux perfonnes qui lui étoient cheres, il n'eft pas étonnant qu'on ait dit qu'il avoit été amoureux de cette Sibylle, qu'on croyoit très-habile dans la connoiffance de cet avenir. L'autre, fur ce qu'on étoit perfuadé que les Sibylles vivoient fort longtemps. Virgile nomme en deux endroits celle de Cumes, une vieille Prêtreffe, longava Sacerdos (1). Erafme affûre que c'étoit de cette longue vie des Sibylles qu'étoit venu le Proverbe, (2) Adag. Sibylla vivacior (2), & Properce dit dans le fecond Livre de (3) Eleg. 2. fes Elegies (3), quand vous vivriez autant de fiecles que la Sibylle:

(1) Æn. L. 6.

Et fi Cumea fæcula Vatis agas.

On cite encore à ce fujet les vers d'un ancien Poëte, qui rapporte trois exemples de perfonnes qui ont vêcu long-temps; fçavoir Hecube, femme de Priam, Athra, mere de Thefée, & la Sibylle.

Ovide raconte qu'au temps qu'Enée la confulta elle avoit déja vécu fept cens ans, & qu'il lui en reftoit encore trois cens à vivre:

Namque mihi jam fæcula feptem

Acta vides: fupereft, numeros ut pulveris æquem,
Ter centum mejjes, ter centum mufta videre.

Phlegon dit la même chofe de la Sibylle Erythrée, & elle-
même se vante dans fes prédictions, de cet avantage.

Ces temoignages fur la longue vie des Sibylles, m'engagent à faire deux reflexions. La premiere, qu'il n'eft pas difficile de voir que ce font des exagerations Poëtiques. Que quelques-unes d'elles ayent vécu autant de temps qu'Hecube & Æthra, c'eft-à-dire, quatre-vingt ou quatre-vingt dix ans, il n'y a rien là d'extraordinaire; mais c'eft tout ce qu'on peut (4) In Macr. accorder. Lucien même qui a parlé fort au long (4) des perfonnes qui ont vécu long-temps, ne fait aucune mention des Sibylles; ce qui eft un grand préjugé contre la longue vie qu'on leur donne. Mais comme les fictions Poëtiques ont toujours quelque fondement, de fçavans Auteurs ont préten

'du qu'on n'avoit dit que la Sibylle de Cumes avoit vécu mille ans, que parce qu'elle avoit prédit ce qui devoit arriver aux Romains pendant cet efpace de temps. La metamorphofe de cette Sibylle en voix, n'eft qu'un Emblême dont le fens eft que fes Oracles devoient durer toujours.

La feconde reflexion eft, qu'il y a toute apparence que la Sibylle de Cumes, étoit la même que celle d'Erythrée, laquelle ayant quitté fon pays natal, vint s'établir en Italie. En effet, fi nous en croyons Servius, l'avanture que nous venons de rapporter d'après Ovide, regarde la Sibylle Erythrée. Cet Auteur parlant des amours d'Apollon pour cette fille, ajoute à ce que nous en avons dit, que ce Dieu ne lui avoit accordé la longue vie qu'elle demandoit, que fuppofé qu'elle voulût abandonner l'Ifle Erythrée, où elle avoit reçu le jour, pour venir s'établir en Italie: elle y vint en effet & fixa fon fejour auprès de Cumes, où elle vécut long-temps, & jufqu'à ce que confumée de vieilleffe il ne refta d'elle que la voix. Ses compatriotes, dit le même Auteur, foit par pitié, foit par quelque autre motif, lui écrivirent une lettre ; mais craignant qu'elle ne pût pas lire le caractere qui étoit alors en ufage, & qui devoit être bien changé depuis qu'elle avoit abandonné leur Ifle, ils s'aviferent de fe fervir du plus vieux qu'ils connuffent, & de cacheter la lettre à l'antique. La Sibylle la reçut, mais elle ne l'eut pas plûtôt lue qu'elle

mourut.

On peut ajouter que ce que nous avons dit de la longue vie de la Sibylle de Cumes en Italie, les Anciens l'affûrent auffi de celle d'Erythrée, & de celle de Cumes en Ionie ; ce qui a porté Gallæus à croire que ces trois Sibylles n'en faifoient qu'une, qui avoit paffé fa vie dans l'Ile d'Erythrée, en Ionie, & à Cumes en Italie, où elle étoit morte.

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ON ne ne peut rien ajouter au refpect que les Payens, furtout les Romains, avoient pour les Oracles des Sibylles, dont ils confervoient la Collection dans le Capitole, fous la garde

de quinze Prêtres, qui les confultoient dans les occafions importantes, ainfi que je l'ai déja dit. Il faut ajouter ici qu'on avoit pour les Sibylles elles-mêmes, autant de refpect que pour leurs Oracles; & fi on ne les regarda pas toujours comme des Divinités, on les croyoit du moins d'une nature, qui tenoit le milieu entre les Dieux & les hommes. C'eft ce qu'une (1) In Phoc. des Sibylles difoit d'elle-même, au rapport de Paufanias (1). Cependant elle reconnoiffoit qu'après une vie de plusieurs fiécles, elle devoir payer à la mort le tribut que tous les hommes lui doivent; mais elle difoit en même temps qu'elle feroit un jour changée en cette face qui paroît dans la Lune, (2) Opufc. de ainfi qu'on peut le voir dans Plutarque (2); comme si avant qu'il y eût des Sibylles, cette Planete n'avoit pas toujours prefenté cette face qu'on croit y appercevoir. Les Mytholoanciens & modernes ont débité bien inutilement de la Phyfique & de la Morale fur cette metamorphofe des Sibylles, & je ne crois pas qu'on s'attende que je les copie. En effet quelles allegories raifonnables peut-on imaginer pour chercher un fondement à une fiction fi frivole?

facie Lune.

14.

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Telle étoit l'idée qu'on avoit anciennement des Sibylles: dans la fuite des temps on leur rendit, du moins à quelquesunes, les honneurs divins. Pierre Petit, dans le Traité dont nous avons parlé, dit qu'on ne trouve rien dans l'Antiquité qui puiffe nous perfuader qu'on ait honoré les Sibylles com(3) Liv. 2. c. me des Divinités (3); mais il eft certain qu'il fe trompe. Lactance qui avoit lû l'Ouvrage de Varron, dans lequel il parle des Sibylles, dit pofitivement que la Tiburtine étoit honorée comme une Déeffe, à Tibur : Tiburi cultam ut Deam, juxta ripas amnis Anienis, cujus in gurgite Simulachrum ejus inventum fall: Rel. Liv. effe dicitur, tenens in manu librum (4). Il paroît même que le culte que lui rendoient fes compatriotes, fut porté à Rome, puifque ce fçavant Pere de l'Eglife ajoute immediatement après les paroles que je viens de citer: cujus facra Senatus in Capitolium tranftulit. La plus grande marque du culte fuprême rendu à quelqu'un, étoit de lui confacrer des Temples; or il eft certain que quelques-unes des Sibylles en avoient. S. Juftin, martyr, parle de celui de la Sibylle de Cumes en Italie, bâti fur l'antre même où elle avoit rendu fes Oracles: &

(4) Lact. de

1. c. 6.

comm

comme il avoit eu la curiofité de le voir lorfqu'il étoit en Italie, il en a fait une defcription très-détaillée. Virgile fait mention de ce Temple, ou plûtôt il regarde comme un Temple la Grotte où la Sibylle rendoit fes Oracles, parce que veritablement on y en bâtit un dans la fuite: vocat alta in templa Sacerdos (1). On lit dans le Voyage de M. Spon (2) que près du (1) n. L. 6. Lieu que (2) P. I. p. 37. les gens du pays difent être l'antre de la Sibylle Tiburtine, on voit les ruines d'un petit Temple, qu'on croit lui avoir été confacré. On peut ajouter encore que les habitans de Gergis, dans la petite Phrygie, avoient coutume de representer fur leurs Medailles, la Sibylle qui étoit née dans cette ville, comme étant leur grande Divinité (3).

(3) Alex. ab Alex. Gen.

Une autre preuve du culte rendu aux Sibylles, c'eft qu'on dier. Liv. 4. leur avoit érigé des Statues, qu'on avoit placées dans les Tem- c. 15. ples: celles que Gallæus a fait graver, étoient même dans l'Eglife de Sienne, où apparemment on les avoit laiffées lorsqu'elle fut confacrée. Or si on veut fçavoir quels honneurs on rendoit aux Statues qui étoient dans les Temples, Arnobe nous l'apprend: cum per omnia fupplices irent Templa, cum Deorum ante ora proftrati, limina ipfa converrerent ofculis (4); (4) ad Gent. on fe profternoit devant les Statues des Dieux, & on baifoit la terre. On peut ajouter encore, qu'on ne touchoit le Livre qui contenoit leurs Oracles, que les mains couvertes, ce qui se pratiquoit dans toutes les autres ceremonies religieufes (5).

Lib. I.

(s) Voyez

C'eft-là ce qu'on trouve de plus pofitif fur le culte rendu Gall. p. 267. aux Sibylles. Gallæus à la verité rapporte d'autres preuves pour établir cette verité; mais on peut dire qu'il y en a plufieurs qui, felon moi, ne font rien moins que concluantes.

Quoiqu'il en foit, il y a apparence qu'on rendoit dans plufieurs lieux un culte religieux aux Sibylles, fur-tout dans ceux où elles avoient reçu le jour; mais je ne crois pas qu'on en ait d'autres preuves que celles que je viens d'indiquer.

Enfin pour terminer cette matiere, il ne me refte qu'à dire un mot du Tombeau & de l'Epitaphe de la Sibylle Erythrée, la plus celebre de toutes. Comme l'endroit où Paufanias en parle contient quelques particularités de cette Sibylle, qu'on ne trouve point ailleurs, je vais le copier, en me fervant de l'élegante traduction de M. l'Abbé Ġedoyn. La Sibylle

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