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LIVRE SIXIE M E,

Des Dieux adorés dans les Pays de l'Orient.

AVANT

PROPO S.

OMME les Pays les plus voifins de la plaine de Sennaar, où fe fit la premiere difperfion des peuples, après le Deluge, ont été les premiers peuplés, & que ce fut dans ces mêmes Pays que commença l'Idolâtrie, pour garder quelque ordre dans l'Hiftoire des Dieux, que vais commencer, il eft neceffaire de parler des Divinités des Peuples de l'Orient, avant que de paffer à celles de la Grece, de l'Italie, & des autres parties de l'Oc

je

cidnt.

Malheureusement il ne nous refte aucune Hiftoire fuivie de la Religion de ces anciens Peuples. Quelques fragmens de leurs Hiftoriens, repandus dans divers Auteurs, & quelques paffages de l'Ecriture Sainte, où il eft fait mention des Dieux qu'adoroient les Peuples voifins de la Palestine, font tout le fecours que nous avons pour la connoître. Il eft vrai que plufieurs Sçavans du dernier fiecle & de celui-ci, ont cherché à débrouiller le chaos des anciennes Divinités de l'Orient, parmi

lefquels Selden, Bochart, Voffius, & en dernier lieu Monfieur Fourmont, peuvent être confultés avec fruit; mais malgré leurs conjectures, fouvent très-ingenieufes, fur-tout pour ce qui concerne les noms de ces Dieux, il reftera toujours dans cette matiere une obfcurité impenetrable. Profitons du travail de ces fçavans Hommes, & tâchons de donner des Divinités dont je dois traiter dans ce Livre, l'idée la plus nette qu'il nous fera poffible.

Les Peuples de l'Orient, generalement parlant, n'avoient gueres d'autres Dieux que le Soleil, la Lune, & les Planetes: c'eft par le culte des Aftres que l'Idolâtrie a commencé, comme nous l'avons déja dit. Cette Religion dura long-temps chez les Peuples dont je parle, & fi on excepte l'Egypte, on ne trouve gueres ailleurs d'autres Dieux que le Soleil & la Lune. On verra en effet, par tout ce que je dirai dans la fuite, que c'étoit à ces deux Aftres, qu'on honoroit fous differens noms, que fe rapportoit tout le culte des Peuples de l'Orient. Le Soleil étoit l'Ofiris des Egyptiens, l'Ammon des Libyens, le Saturne des Carthaginois (1), l'Adonis des Phe (1) Servius, niciens, le Bal ou Belus des Affyriens, le Moloch des Am- in 2. Æneid. monites, le Dionyfus ou l'Urotal des Arabes, le Mithras des Perfes, le Belenus des Gaulois. On fçait que parmi les Grecs, Apollon, Bacchus, Liber ou Dionyfus, étoient la même chofe que le Soleil; Macrobe (2) le prouve d'une maniere (2) Sat. L. 1, qui ne laiffe point de replique. Que dirai-je enfin ? Cet Aftre C. 10. a été la Divinité de prefque toutes les Nations, tant du vieux que du nouveau Monde.

De même la Lune étoit Ifis en Egypte, Aftarté en Phenicie, Alilat chez les Arabes, Mylitta chez les Perses; Artemis, Diane, Dictynne, &c. en Grece, dans l'Ifle de Crete, dans celle de Delos, & ailleurs. Macrobe va encore plus loin (3) puifqu'il prétend, comme on l'a déja dit, que tous (3) Loc. cit. les Dieux que le Paganifme adoroit, devoient rapporter leur origine au Soleil & à la Lune.

Lorfqu'Alexandre fit la conquête de l'Afie, c'étoient-là les Dieux principaux qu'on y adoroit, & on n'y connoiffoit point encore ceux de la Grece ; mais les Grecs qui vouloient paffer pour un Peuple très-ancien, après y avoir introduit le culte

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LIVRE SIXIE M E,

Des Dieux adorés dans les Pays de l'Orient.
PROPO S.

AVANT

OMME les Pays les plus voisins de la plaine de Sennaar, où fe fit la premiere difperfion des peuples, après le Deluge, ont été les premiers peuplés, & que ce fut dans ces mêmes Pays que commença l'Idolâtrie, pour garder quelque ordre dans l'Hiftoire des Dieux, que je vais commencer, il eft neceffaire de parler des Divinités des Peuples de l'Orient, avant que de paffer à celles de la Grece, de l'Italie, & des autres parties de l'Oc

cidnt.

Malheureusement il ne nous refte aucune Hiftoire fuivie de la Religion de ces anciens Peuples. Quelques fragmens de leurs Hiftoriens, repandus dans divers Auteurs, & quelques paffages de l'Ecriture Sainte, où il eft fait mention des Dieux qu'adoroient les Peuples voifins de la Palestine, font tout le fecours que nous avons pour la connoître. Il est vrai que plufieurs Sçavans du dernier fiecle & de celui-ci, ont cherché à débrouiller le chaos des anciennes Divinités de l'Orient, parmi

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lefquels Selden, Bochart, Voffius, & en dernier lieu Mon-
fieur Fourmont, peuvent être confultés avec fruit; mais mal-
gré leurs conjectures, fouvent très-ingenieufes, fur-tout pour
ce qui concerne les noms de ces Dieux, il reftera toujours
dans cette matiere une obfcurité impenetrable. Profitons du
travail de ces fçavans Hommes, & tâchons de donner des
Divinités dont je dois traiter dans ce Livre, l'idée la plus nette
qu'il nous fera poffible.

Les Peuples de l'Orient, generalement parlant, n'avoient
gueres d'autres Dieux que le Soleil, la Lune, & les Planetes:
c'eft par le culte des Aftres que l'Idolâtrie a commencé,
comme nous l'avons déja dit. Cette Religion dura long-temps
chez les Peuples dont je parle, & fi on excepte l'Egypte, on
ne trouve gueres ailleurs d'autres Dieux que le Soleil & la
Lune. On verra en effet, par tout ce que je dirai dans la
fuite, que c'étoit à ces deux Aftres, qu'on honoroit fous dif-
ferens noms, que fe rapportoit tout le culte des Peuples de
P'Orient. Le Soleil étoit l'Ofiris des Egyptiens, l'Ammon des
Libyens, le Saturne des Carthaginois (1), l'Adonis des Phe- (1) Servius,
niciens, le Bal ou Belus des Affyriens, le Moloch des Am- in 2. Æneid.
monites, le Dionyfus ou l'Urotal des Arabes, le Mithras des
Perfes, le Belenus des Gaulois. On fçait que parmi les Grecs,
Apollon, Bacchus, Liber ou Dionyfus, étoient la même
chofe que le Soleil; Macrobe (2) le prouve d'une maniere (2) Sat. L. 1,
qui ne laiffe point de replique. Que dirai-je enfin ? Cet Aftre C. 10.
a été la Divinité de prefque toutes les Nations, tant du vieux
que du nouveau Monde.

De même la Lune étoit Ifis en Egypte, Aftarté en Phenicie, Alilat chez les Arabes, Mylitta chez les Perses; Artemis, Diane, Dictynne, &c. en Grece, dans l'Ifle de Crete, dans celle de Delos, & ailleurs. Macrobe va encore plus loin (3) puisqu'il prétend, comme on l'a déja dit, que tous (3) Loc. cit. les Dieux que le Paganisme adoroit, devoient rapporter leur origine au Soleil & à la Lune.

Lorsqu'Alexandre fit la conquête de l'Afie, c'étoient-là les Dieux principaux qu'on y adoroit, & on n'y connoiffoit point encore ceux de la Grece; mais les Grecs qui vouloient paffer pour un Peuple très-ancien, après y avoir introduit le culte

ren

de leurs Dieux, prétendirent qu'ils étoient la plupart les mê
mes que ceux des Peuples qu'ils venoient de conquerir. Deux
exemples, parmi plufieurs qu'on pourroit rapporter
dront la chofe fenfible. Ayant remarqué quelque conformité
dans ce qu'on difoit du Baal des Pheniciens, & ce qu'eux-
mêmes ils publioient de leur Saturne, ils ne balancerent pas
à dire que la grande Divinité de Phenicie étoit Saturne. Ayant
remarqué de même les infamies & les proftitutions qui fe
commettoient dans le culte de quelqu'une des Divinités de
ces Peuples, ils conclurent que ce ne pouvoit être que leur
Venus.

Après ces Préliminaires il faut entrer en matiere, je commence par les Dieux d'Egypte.

CHAPITRE I.

Des Dieux des Egyptiens..

L

ES Hebreux ayant demeuré long-temps en Egypte, & s'étant quelquefois laiffés feduire par les fuperftitions de ce Peuple idolâtre, comme le leur reproche le Prophete Ezechiel, & comme il paroît par le Veau d'or qu'ils adorerent dans le defert, on croiroit pouvoir trouver dans les Livres de Moyfe, l'Hiftoire de la Religion des Egyptiens; mais quoique le Pentateuque paroiffe principalement écrit pour l'extirpation de l'Idolâtrie, & que l'Auteur de ce Livre employe à tous momens les exhortations, les prieres & les menaces; qu'il y nomme avec indignation les Dieux des Peuples que les Ifraëlites devoient conquerir, il n'y entre cependant dans aucun détail fur les Divinités Egyptiennes, fe contentant dans les préceptes qu'il prefcrivoit aux Juifs, de les indiquer en general, de leur en infpirer toute l'horreur que meritoient ces fauffes Divinités, & d'envelopper toute l'hiftoire de l'Idolâtrie de cet ancien Peuple, fous le nom general des abominations de l'Egypte. Peut-être évitoit-il de renouveller un fouvenir trop funefte, & en même temps trop dangereux pour une Nation foible & inquiéte. Il parle cependant de ces

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