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venoient Ofiris, Ifis, Typhon, qu'ils nommoient auffi Seth Bebon ou Smyt, fuivant Plutarque, Nephté fa femme, Venus, Orus fils d'Ifis, Arueris, plus ancien qu'Orus & le modele de l'Apollon des Grecs. Canopus, Bubaftis ou Diane, Harpoa crate, Anubis, d'où eft venu le Mercure Grec. Macedo fils d'Ofiris, Pan ou Mendès, Maro, Triptoleme, Hercule, Mercure Trifmegifte, Antée, Bufiris, & Promethée, enfin Serapis, que quelques Auteurs confondent avec Ofiris.

par

Je devois mettre à la tête de ce Catalogue, Cneph, le Dieu des Thebains, Etre éternel & immortel, qu'on regardoit comme l'auteur de toutes chofes. C'eft ce premier Principe qu'on representoit à Diofpolis fous la figure d'un homme, qui avoit une plume fur la tête, & qui tenoit de la main un Sceptre & une Ceinture. De fa bouche fortoit un œuf d'où émanoit Phta ou le monde, comme nous l'avons expliqué plus au long dans l'Article de la Theogonie Egyptienne. La grande Chronique, citée M. Fourmont (1), donne une Lifte differente, & femble n'admettre en Egypte que huit Dieux & neuf Demi-Dieux. Les premiers font Memnon, Vulcain, le Soleil, Agathodæmon, Chronos, Ifis, Ofiris, un autre qu'elle ne nomme pas, enfin Typhon. Les Demi-Dieux font Orus, Mars, Anubis, Hercule, Apollon, Ammon, Tithois, Sofus, Jupiter : fur quoi je ferai trois remarques. La premiere, qu'il faut que cette Chronique ne foit pas de la premiere Antiquité; car Herodote, parlant des Dieux adorés en Egypte, ne fait aucune mention de leurs Demi-Dieux. It dit même positivement que les Egyptiens ne connoiffoient aucun Heros, c'eft-à-dire, aucuns Demi-Dieux. La feconde, eft que cette Chronique contredit la plus faine Antiquité, puifqu'elle met au rang des Demi-Dieux Jupiter, Apollon, &c. qui certainement étoient au nombre des Grands Dieux parmi les Egyptiens. Mais 3°. il eft neceffaire pour entendre 'Hiftoire de toutes les Religions que le Paganifme enfanta, d'obferver qu'il leur arrivoit bien des changemens ; qu'on y ajoutoit de nouveaux Dieux; & que le culte des anciens s'aboliffoit même quelquefois entierement. Ainfi il n'eft pas étonnant que les Liftes qu'on donne des Dieux de quelques Peuples, & le rang qu'ils y tiennent, soient fi differens.

(1) Recher. Crit

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On ne finiroit pas fi on vouloit ajouter à ces deux Liftes, un nombre infini d'autres Dieux que chacun choififfoit à son gré, pour être l'objet de fon culte; ou ceux que l'opinion de la Metempsycofe avoit enfantés, en enfeignant que l'ame des grands Hommes paffoit dans les Aftres, quelquefois même dans les animaux, ou dans de fimples plantes. C'étoit fur ce fondement qu'on publioit que celle d'Ifis habitoit dans l'étoile de la Canicule, qu'on nommoit Sothis; celle d'Orus, dans Orion; celle d'Ofiris, dans les boeufs Apis & Mnevis ; celle de Typhon, dans la Conftellation de l'Ourfe; celles de Mercure, de Diane, d'Apollon, de Venus, & de Saturne ou Chronos, dans les Planetes de leur nom.

Après avoir ainfi expofé le fond de l'ancienne Religion des Egyptiens, il faut entrer dans quelque détail fur les Dieux que nous venons de nommer, & expliquer enfuite de quelle nature étoit le culte qu'on leur rendoit. Mais je dois avertir auparavant, que je ne parlerai dans ce Livre, que de ceux dont le culte fut toujours renfermé dans l'Egypte, ou qui ne fut admis que fort tard dans la Grece & dans l'Italie : l'Hiftoire des autres, dont la connoiffance fut portée chez les Grecs par les anciennes Colonies, & qui formerent la Religion de ce Peuple, fera la matiere du fecond Volume, où j'aurai foin d'avertir du temps de leur transport.

ARTICLE

PREMIER.

Hiftoire d'Ofiris & d'Ifis.

SUIVANT Herodote & tous les Anciens, Ofiris & Ifts étoient les deux grandes Divinités des Egyptiens, & les plus generalement honorées dans tout le pays; & prefque toute la Mythologie de cet ancien Peuple fe trouve renfermée dans ce que leurs Prêtres debitoient à leur fujet. Ce qui jette une grande obfcurité fur leur hiftoire, c'eft que quelquefois ils les regardoient comme des perfonnes qui avoient autrefois gouverné l'Egypte avec beaucoup de fageffe & de prudence; quelquefois comme des Etres immortels de leur nature, qui avoient formé le monde, & arrangé la matiere dans la forme qu'elle conferve encore aujourd'hui.

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Ceux qui humanifent Ofiris & Ifis, conviennent tous qu'ils étoient frere & fœur ; mais ils ne font pas d'accord fur leurs parents. L'opinion la plus commune eft celle que rap(1) Liv. 1. porte Diodore de Sicile (1). Le Soleil, felon cet Historien fut le premier qui regna en Egypte, Vulcain lui fucceda, puis Saturne, qui ayant époufé Rhea fa fœur, en eut Ifis & Ofiris.

Pour jetter quelque lumiere fur un fujet fi embrouillé, je dois, 1o. rapporter la Mythologie Egyptienne d'Ifis, d'Osiris, & de Typhon, 2°. expliquer les fables que les Grecs y ont mêlées, 3°. rechercher ce qu'il peut y avoir d'hiftorique dans ce fujet, 4°. enfin parler du culte qu'on rendoit à ces Divinités.

Mythologie Egyptienne au fujet d'Ifis & d'Ofirs.

Les Egyptiens qui voyoient le bien & le mal regner également dans le monde, & qui ne pouvoient concevoir qu'un Etre effentiellement bon eût pu permettre le mal, encore moins en être l'auteur, furent les premiers qui inventerent deux Principes, l'un bon, & l'autre mauvais ; & qui introduisirent cette erreur, qui dans la fuite a fait tant de progrès (a). Ils defignerent le bon Principe fous le nom d'Ofiris, & le mauvais fous celui de Typhon. De là les guerres & les perfecutions de ce dernier contre fon frere, à qui enfin il ôta la vie. Comme ils attribuoient tous les maux qui regnoient dans le monde à Typhon, ils regardoient Ofiris comme l'auteur de, tous les biens. La création du monde, long-temps difputée & reculée par les intrigues du mauvais Principe; l'ordre & l'arrangement qui y regnent, étoient l'ouvrage d'Ofiris: le trouble, l'horreur, les guerres, en un mot tous les maux qui defolent l'univers, venoient de Typhon.

Plutarque, qui dans fon Traité d'Ifis & d'Ofiris, nous a confervé d'anciennes traditions qu'on chercheroit vainement ailleurs, dit qu'on reconnoiffoit dans le bon Principe trois qualités, dont l'une faifoit l'office de pere, & c'étoit Ofiris; l'autre celui de mere, c'étoit Ifis; enfin celui de fils, & voilà leur Orus, premiere production du pere & de la mere. Les Egyptiens, fuivant ce même Auteur, debitoient mille autres fables sur ce même sujet, que l'on peut voir dans le Traité

(a) Voyez ce qui en a été dit dans le Traité de l'Idolâtrie.

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dans

que je viens d'indiquer; mais la plus extravagante de toutes,
à mon avis, eft celle qui portoit qu'Ifis & Ofiris, conçus
le même fein, s'étoient mariés dans le ventre de leur mere,
& qu'Isis en naiffant étoit déja groffe d'Arueris. Leurs Prêtres
racontoient de mille manieres differentes les guerres & les
perfecutions de Typhon contre Ofiris fon frere, & Ifis fa bel-
le-foeur; & fi j'en fupprime le détail, c'eft pour épargner au
Lecteur la peine de ne voir que, ou des chofes qui fe contre-
difent, ou une Physique extrêment groffiere.

Toute la Theologie Egyptienne étoit donc cachée fous les fymboles de ces deux Divinités. Ofiris parmi eux étoit le Soleil, le premier objet de leur Idolâtrie, & Ifis, la Lune ; & leurs noms même fe rapportent à ces deux Planetes, puisque dans leur langue, Ofiris vouloit dire, celui qui voit clair; & Ifis, l'ancienne, expreffion qui parmi eux defignoit la Lune. Tous les Sçavans conviennent que les boeufs Apis & Mnevis, confacrés à Ofiris après fon Apotheofe, étoient les fymboles du Soleil. Ainfi, foit que les Prêtres Egyptiens, pour derober au Peuple la connoiffance de l'Hiftoire de ce Prince, publiaffent qu'il étoit veritablement le Soleil, ou que reconnoiffant qu'Oliris avoit été un homme mortel qui avoit gouverné l'Egypte, & l'avoit comblée de fes bienfaits, ils vouluffent. faire croire que fon ame étoit allée habiter dans cet Aftre ils convenoient toujours qu'il étoit devenu l'Aftre qui nous éclaire, & qui par fa chaleur bienfaifante, repand partout la fecondité & l'abondance, & que c'étoit à lui que doivent s'adreffer les vœux, les prieres & les Sacrifices. Ainfi fut con-fondu le culte d'Ofiris avec celui du Soleil, & celui d'Ifis avec celui qu'on rendoit à la Lune. C'est ainsi que ces Prêtres. avoient trouvé l'art de rendre l'Idolâtrie moins groffiere, en difant que c'étoit, non un homme mortel, mais un Aftre éter-nel qui étoit l'objet de l'adoration publique.

Les Auteurs Grecs & Latins étendoient encore davantage cette Mythologie Egyptienne d'Ifis & d'Ofiris, puifque felon eux, ils renfermoient toute la nature, & tous les Dieux de cet ancien Peuple. Nous avons dans les Antiquaires un monument élevé autrefois par Arrius Balbinus, où fe lit cette Infcription: Déeffe Ifis, qui êtes une & toutes chofes. Plutarque (1) (1) De Ifid.

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dit qu'à Saïs dans le Temple de Minerve, qu'il croit être la
même qu'Ifis, il y en avoit une qui portoit: Je fuis tout ce qui
a été, ce qui eft, & qui fera ; & nul d'entre les mortels n'a en-
core levé mon voile. Apulée (1) fait parler ainfi cette Déesse:
Je fuis la Nature, mere de toutes chofes, maîtreffe des Elemens
le commencement des fiecles, la Souveraine des Dieux, la Reine
des Manes
ma Divinité uniforme en elle-même, eft hono-
rée fous differens noms & par differentes ceremonies: les Phrygiens
me nomment Peffinuntiene, mere des Dieux; les Atheniens, Mi-
nerve Cecropienne; ceux de Chypre, Venus ; ceux de Crete, Diane
Dytinne; les Siciliens, Proferpine; les Eleufiniens, l'ancienne
Cerès ; d'autres, Junon, Bellone, Hecate, Rhamnufie; enfin les
Egyptiens & leurs Voifins, Ifis, qui eft mon veritable nom.

Selon Herodote les Egyptiens prenoient Ifis pour Cerès, & croyoient qu'Apollon & Diane étoient fes enfans, & que Latone n'avoit été que leur Nourrice, contre l'opinion des Grecs, qui la regardoient comme leur mere. Suivant le même Auteur, Apollon & Orus, Diane ou Bubaftis, & Cerès, ne font pas differentes d'Ifis: de là vient, continue-t'il, qu'Efchyle fait Diane fille de Cerès.

Enfin les Mythologues affûrent qu'Ifis & Ofiris renfermoient fous differens noms prefque_tous les Dieux du Paganisme puifque, felon eux, Ifis eft la Terre, Cerès, Junon, la Lune, Minerve, Cybele, Venus, Diane, toute la nature en un mot; & que c'eft de là que cette Déeffe étoit appellée Myrionyme, c'est-à-dire, qui a mille noms. De même, dans leur opinion Ofiris eft Bacchus, ou Dionyfus, le Soleil, Serapis, Pluton, Jupiter, Ammon, Pan, Apis, Adonis, &c. Mais il eft temps de paffer à ce qu'il peut y avoir d'hiftorique dans cette ancienne Mythologie. Commençons par rapporter ce que les

Grecs nous en apprennent.

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Hiftoire d'Ifis & d'Ofiris.

Comme ils vouloient ramener toute l'Antiquité à leur Hifpente d'is. toire, ils n'ont pas manqué de publier que la fable d'Ifis étoit

Ce que les Grecs ont

originaire de la Grece; & pour cela ils ont confondu cette Déeffe avec Io, fille d'Inachus Roi d'Argos. Ovide qui avoit

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