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pofer qu'il ne dût qu'à lui-même ; & fans autre guide que fon propre génie, & ce talent original qu'il avoit reçu de la nature, il fut fe garantir des défauts qu'il avoit cru remarquer dans les autres. Chez lui rien d'inutile & de fuperflu. Dès la premiere phrase, fuppofant les principes, ou les établiffant en deux

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mots, il cherche les raifons fur lefquelles chacun en particulier, fans contefter l'existence de la loi, ni la néceffité de lui obéir, se met dans le cas de la difpenfe: il cherche ceś raifons dans le cœur de ceux qui l'écoutent, dans l'attache à ces paffions, dont les intérêts nous font malheureufement plus chers que notre falut; paffions aufquelles nous voudrions bien ne pas renoncer fans être forcés cependant de nous regarder comme infracteurs de la loi. C'est là qu'il découvre la fource intariffable de tous ces frivoles prétextes, & de ces tempéraments que l'homme imagine pour allier Dieu & le monde, Jefus-Chrift & Bélial.

Nous fommes tentés d'accorder à nes paffions tout ce qu'elles défirent, mais nous voudrions en même-tems nous mettre à l'abri des remords qui viennent empoifonner nos plaifirs: car pour peu qu'il refte de fentiment de Religion dans une ame, le remords eft inféparable du vice, & pour calmer les alarmes d'une confcience qui n'est pas encore endurcie, il faut lui perfuader qu'elle n'eft pas coupable. Que faifons-nous donc ? nous avons recours à mille fubtilités à des fubterfuges, à des exceptions, à des modifications, qui laiffant fubfifter le précepte en lui-même, anéantiffent totalement pour chacun de nous en particulier l'obligation de l'accomplir. Ainfi la confcience eft raffuréé contre les erreurs de la loi ; elle apprend à ne plus redouter fes menaces. Que craindroit-elle en effet ? la loi ne punit que les prévaricateurs ; or, où la loi ceffe d'obliger, il n'y a point de prévarication.

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Que fait le P. Maffillon afin de

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diffiper ces ténébres qui pour être volontaires n'en font pas moins épaiffes, il vous met votre propre cœur fous les yeux, felon l'expreffion du Prophête: il vous force de vous y voir tel que vous êtes, & tout autre que vous ne croyez être, c'eft-à-dire, le jouet déplorable de mille paffions qui obfcurciffent les lumieres de votre efprit, & corrompent la droiture de votre cœur ; il vous force de reconnoître que ce n'eft pas de ce fond de lumiere & de droiture naturelle que Dieu a mis en vous, encore moins des lumieres de l'Evangile, que vous tirez les raifons par lesquelles vous prétendez être difpenfé de la loi, que le langage que vous tenez eft le langage des paffions, & qu'elles feules vous infpirent. Ceffez donc d'être vicieux

& vous cefferez bientôt d'alleguer ces prétextes comme des raifons décifives. Et c'eft ici fur-tout que triomphe l'éloquence du P. Mafillon. Lorfqu'après avoir demafqué les rufes & les artifices de l'amour pro

pre, il en montre dans tout leur jour la mifere & la fauffeté; avec quelle force & quelle véhémence ne les combat-il pas !

C'est un torrent impétueux qui renverfe tout ce qu'il rencontre ; c'eft, pour ainfi dire, un déluge de raifons toutes convainquantes, toutes intéreffantes, qui à l'appui les unes des autres, viennent coup fur coup confondre & accabler le pécheur. Cependant le pécheur accablé & confondu, n'ayant rien à ré- · pliquer, voit avec étonnement que le prédicateur loin d'être épuifé, a mille traits encore dont il pourroit le percer. Et ce qui forme le caractère diftinctif de l'éloquence du P. Maffillon, c'eft que tous fes traits portent droit au coeur: c'eft de ce côté-là qu'il dirige toujours fes coups; ce qui eft fimplement raifon & preuve dans les autres, prend dans fa bouche la teinture du fentiment: non feulement il convainc, mais il touche, il remuë, il attendrit; il ne fe contente pas de vous

prouver que le parti de la vertu est le plus raisonnable & le plus digne de l'homme, dans fes difcours la vertu vous paroît fouverainement aimable; vous n'y trouvez que des douceurs & des confolations; vous voudriez déjà être en poffeffion d'un bien fans lequel vous n'imaginez plus de bonheur. Il ne fe borne pas à faire fentir l'injuftice & la déraifon du vice, il le fait trouver difforme, haïffable; vous ne pouvez plus vous fouffrir fous l'empire de ce cruel tyran; vous ne l'envisagez plus que comme l'ennemi juré de votre félicité; entrant dans une fainte indignation contre vous-même, vous vous trouvez fi aveugle, fi injuste, fi malheureux, que vous ne voyez d'autre reffouce que de vous jetter entre le bras de la vertu.

Des Sermons compofés dans ce goût ne pouvoient manquer d'être écoutés avec une extrême attention. Chacun fe reconnoît dans ces tableaux vifs & naturels, où le Prédicateur peint le cœur humain, &

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