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fion des loix & de la foibleffe de l'au torité : elle doit toujours fa naissance ou fon progrès aux troubles & aux disfenfions publiques : les regnes les plus foibles & les plus agités ont toujours été parmi nous, comme par-tout ailleurs, les regnes funeftes de fon accroiff ment & de sa puissance; & dès que l'harmonie civile se dément, toute la Religion elle-même chancelle.

Auffi les plus faints Rois de Juda, SIRE, mêloient les devoirs de la piété avec ceux de la royauté. Le pieux Jofaphat au fortir du Temple, où il venoit tous les jours offrir fes vœux & fes fa rifices au Dieu de fes peres, envoyoit, dit l'Ecriture, dans toutes les villes de Juda des hommes habiles & des Prêtres éclairés, pour rétablir l'autorité des loix & la pureté du culte que les malheurs des regnes précédents avoient fort altérées.

David lui-même, malgré ces pieux cantiques qui faifoient fon occupation & fes plus cheres délices, & qui inf truiront jufqu'à la fin les peuples & les Rois, paroiffoit fans ceffe à la tête de fes armées & des affaires publiques; fes yeux étoient ouverts fur tous les befoins de l'Etat ; & ne pouvant fuffire feul à tout, il alloit chercher jus

qu'aux extrêmités de la Judée des hommes fidéles pour les faire affeoir à fes côtés & partager avec eux les foins qui environnent le Trône: Oculi mei ad fi- Pr. 100. deles terra, ut fedeant mecum.

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Les plus pieux Rois vos prédéceffeurs ont toujours été les plus appliqués à leurs peuples. Celui fur-tout que l'Eglife honore d'un culte public defcendoit même dans le détail des différends de fes fujets, & comme il en étoit le pere, il ne dédaignoit pas d'en être l'arbitre. Jaloux des droits de fa Couronne, il vouloit la tranf mettre à fes fucceffeurs avec le même éclat & les mêmes prérogatives, qu'il l'avoit reçuë de fes peres; il croyoit que l'innocence de la vie feule ne fuffit pas au Souverain; qu'il doit vivre en Roi, pour vivre en Saint; & qu'il ne fauroit être l'homme de Dieu, s'il n'eft pas l'homme de fes peuples.

Il eft vrai, SIRE, que la piété dans les Grands va quelquefois dans un autre excès. Elle les jette dans une multitude de foins & de détails inutiles ; ils fe croyent obligés de tout voir de leurs yeux & de tout toucher de leurs mains les plus grandes affaires les trouvent fouvent infenfibles, tandis que les plus petits objets réveillent.

II. PARTIE

leur attention & leur zéle: ils ont les follicitudes de l'homme privé; ils n'ont pas celle du Prince. Ce n'eft pas à eux cependant à abandonner le gouvernail pour vacquer à des fonctions obfcures, qui n'intéreffent pas la fûreté publique leurs mains font premiérement deftinées à manier ces refforts principaux des Etats, qui font mouvoir toute la machine ; & tout doit être grand dans la piété des Grands.

M

Ais fi l'inaction en eft le premier écueil, l'incertitude & l'indécifion, que traîne d'ordinaire après foi une confcience timide & fcrupuleuse, ne paroiffent pas moins à craindre.

Ce n'eft pas que je prétende autorifer ici cette fageffe profane, qui fait toujours marcher les intérêts de l'Etat avant ceux de l'Evangile; ni cette erreur commune, qui ne croit pas l'exactitude des regles de l'Evangile compatible avec les maximes du Gouvernement & les intérêts de l'Etat.

Dieu, qui eft auteur des Empires, ne l'eft-il pas des loix qui les gouvernent? A-t'il établi des Puiffances qui ne puiffent fe foutenir que par le crime & les Rois feroient ils fon ouvrage, s'ils ne pouvoient régner, fans que

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la fraude & l'injuftice fuffent les compagnes inféparables de leur regne ? Neft-ce pas la juftice & le jugement, qui foutiennent les Trônes ? la loi de Dieu ne doit-elle pas être écrite fur le front du Souverain, comme la premiere loi de l'Empire ? Et s'il falloit toujours la violer, pour maintenir la tranquillité des fociétés humaines; ou la loi de Dieu feroit fauffe, ou les fociétés humaines ne feroient pas l'ouvrage de Dieu. Quelle erreur de fe mes Freres perfuader que ceux qui font en place, ne doivent pas regarder de fi près à la rigidité des regles faintes! que les Empires & les Monarchies ne se menent point par des maximes de Religion; que la loi de Dieu eft la regle du particulier, mais que les Etats ont une regle fupérieure à la loi de Dieu même ; que tout tomberoit dans la langueur & dans l'inaction, fi les maximes du Chriftianifme conduifoient les affaires publiques, & qu'il n'eft pas poffible d'être en même-tems, & l'homme de l'Etat & l'homme de Dieu !

Quoi mes Freres, la juftice, la vérité, la bonne-foi feroient funeftes au gouvernement des Etats & des Empires la Religion, qui fait tout le

bonheur & toute la fûreté des peuples & des Rois, en deviendroit elle-même l'écueil un bras de chair foutiendroit plus fûrement les Royaumes, que la main de Dieu qui les a élevés ? les peuples ne pourroient devoir l'abondance & la tranquillité qu'à la fraude & à la mauvaise-foi de ceux qui les gouvernent? & les Miniftres des Rois ne pourroient acheter que par la perte de leur falut, le falut de la patrie ? Quel outrage pour la Religion & pour tant de bons Rois, qui n'ont régné neureufement que par elle !

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J'avoue, SIRE, que lorfque le Souverain eft ambitieux, & médite des entreprises injuftes, l'artifice & la mauvaife-foi deviennent comme inévitables à fes Miniftres, ou pour cacher fes mauvais deffeins, ou pour colorer fes injuftices. Mais que le Prince foit jufte & craignant Dieu, la juftice & la vérité fuffiront alors pour foutenir un trône qu'elles-mêmes ont élevé l'habileté de fes Miniftres ne fera plus que dans leur équité & dans leur droiture on ne donnera plus à la fraude & à la diffimulation les noms pompeux d'art de régner, & de fcience des affaires. En un mot donnez moi des Davids, & des Pharaons amis du

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