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II.

PARTIE.

prefque en a vu de triftes exemples. Mais le véritable zéle du bien public ne cherche qu'à fe rendre utile; & à l'homme vertueux & qui aime l'Etat, les fervices tiennent lieu de récompenfe.

Premiere paffion dans les Pontifes, qui livre aujourdhui Jefus - Christ; la jaloufie mais en fecond lieu, c'est tin lâche intérêt dans Pilate qui le condamne.

Oui, mes Freres, la paffion, le Dieu

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des Grands, c'eft la fortune. Ils veulent plaire à Céfar, & c'eft le feul devoir qui les occupe. Tout ce qui favorife leur élévation s'accorde toujours avec leur confcience. La probité qui nuiroit à leur fortune, & qui leur feroit perdre la faveur du maître, n'eft. plus pour eux que la vertu des fots. Mais dès-là qu'on craint plus la difgrace de Céfar, que le reproche de fa confcience, fi l'on n'a pas encore facrifié l'honneur & la probité, ce n'eft pas le cœur & la volonté, c'eft l'occafion, qui a manqué aux plus grands crimes.

En effet, il paroît d'abord dans le caractère de Pilate des reftes de droiture & de probité: fa confcience s'éleve en faveur de l'innocent; il fem

ble

ble lui-même plaider fa caufe ; il n'ofe le délivrer, & il fouhaite pourtant qu'on le délivre: premier degré de l'ambition; la lâcheté. On aime le devoir & l'équité, lorsqu'il eft utile ou glorieux de fe déclarer pour elle; qu'on peut compter fur les fuffrages publics; que notre fermeté va nous donner en fpectacle au monde, & que nous devenons plus grands aux yeux des hommes par la défenfe héroïque de la vérité, que nous ne l'aurions été par la diffimulation & la foupleffe. Nous cherchons la gloire & les applaudiffements dans le devoir; & prefque toujours c'est la vanité, qui donne des défenfeurs à la vérité.

A la lâcheté fuccéde la crainte. On menace Pilate de l'indignation de Céfar: Si hunc dimittis, non es amicus Ca- Joan. 19. faris; à cette raifon tous les droits les 22 plus facrés s'évanouiffent, & ne, font plus comptés pour rien. On n'eft pas digne de foutenir la juftice & la vérité, quand on peut aimer quelque chofe plus qu'elle: une démarche oppofée à l'honneur & à la confcience, eft bien plus. à craindre pour une ame noble que la colére de Céfar. Mais d'ailleurs, SIRE, c'eft fervir la gloire du Prince, que de e pas fervir à fes paffions. Il eft beau Petit Carême,

X

d'ofer s'expofer à fon indignation, plåtôt que de manquer à la fidélité qu'on lui a jurée; & fi les Princes, comme vous, peuvent compter fur un ami fidéle, il faut qu'ils le cherchent parmi ceux qui les ont affez aimés pour avoir eu le courage d'ofer quelquefois leur déplaire: plus ceux qui leur applaudiffent fans ceffe, font nombreux, plus l'homme vertueux, qui ne fe joint point aux adulations publiques, doit leur être refpectable. Mais cet héroïfme de f délité eft rare dans les Cours: à peine fe trouva-t'il un Daniel dans l'Empire parmi tous les Satrapes, qui ne connoiffoient point d'autre loi que la volonté du Prince. Telle eft la destinée des Souverains; la même puiffance qui multiplie autour d'eux les adulateurs, y rend auffi les amis plus rares.

Auffi la crainte de déplaire à Céfar conduit Pilate au dernier degré de la lâcheté; il abandonne & livre JesusChrift. Les cris de ce peuple furieux ne peuvent être calmés que par le fang du Jufte: s'exposer à leur violence, ce feroit allumer le feu de la fédition : il vaut encore mieux que l'innocent périffe, que fi toute la nation alloit fe révolter contre Céfar; & il faut ache ter le bien public par un crime.

Et voilà toujours le grand prétexte de l'abus que ceux qui font en place font de l'autorité; il n'eft point d'injuftice que le bien public ne justifie : il femble que le bonheur & la fureté publique ne puiffent fubfifter que par des crimes; que l'ordre & la tranquillité des Empires ne foient jamais dûs qu'à l'injuftice & à l'iniquité; & qu'il faille renoncer à la vertu pour fe devouer à la patrie.

:

Non, SIRE, je l'ai déjà dit ailleurs, & on ne fauroit trop le redire; la loi de Dieu est toute la force & toute la fureté des loix humaines: tout ce qui attire la colére du Ciel fur les Etats, ne fauroit faire le bonheur des peuples l'ordre & l'utilité publique ne peuvent être le fruit du crime on fert mal fa patrie quand on la fert aux dépens des regles faintes : c'eft fapper les fondements de l'édifice, pour l'embellir & l'élever plus haut; c'eft en affoibliffant fes principaux appuis, y ajouter des vains ornements qui hâtent fa ruine. Les Empires ne peuvent fe foutenir que par l'équité des mêmes loix qui les ont formés; & l'injustice a bien pu détrôner des Souverains mais elle n'a jamais affermi les trônes. Les Miniftres qui ont outré la puiffance

des Rois, l'ont toujours affoiblie : ils n'ont élevé leur maître que fur la ruine de leurs Etats; & leur zéle n'a été utile aux Céfars, qu'autant qu'il a respecté les loix de l'Empire.

C'est donc la jaloufie dans les Princes des Prêtres, qui perfécute aujourdhui Jefus-Chrift; un vil intérêt dans Pilate, qui le livre; & enfin une indifférence criminelle dans Hérode 9 qui en fait un fujet de mépris & de rifée.

Hélas! quelle autre deftinée pou voit fe promettre la doctrine de l'Evangile, en fe montrant à une Cour fuperbe & voluptueufe? La doctrine fainte n'offre rien, qui ne combatte l'orgueil & la volupté; & il n'y a de grand pour ceux qui habitent les Palais des Rois, que le plaifir & la gloire. Si vous n'y paroiffez pas fous ces éten darts, ou l'on vous prend pour un cenfeur & un ennemi, ou ils vous méprifent comme un homme d'une autre elpêce & un nouveau venu qui vient porter au milieu d'eux un langage inoui & des manieres étrangeres.

Nous-mêmes, dans ces chaires chrétiennes, qui feules leur parlent encore le langage de la vérité; nous-mêmes, nous venons fouvent ici affoiblir ce lan

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