Imágenes de páginas
PDF
EPUB

fentielle que les Rois doivent à la place où Dieu les a fait affeoir, c'eft de rendre la Religion refpectable, en ne fe permettant jamais la plus légere dérifion qui puiffe en bleffer la majesté. Les plus jeunes années de votre auguste Bifaïeul, ne le virent jamais s'écarter de cette regle: ce fut pour lui la regle de tous les tems & de tous les lieux. Son refpect pour la Religion de fes peres, impofa toujours devant lui un filence éternel à l'impiété, fon langage fut toujours le langage du premier Roi chrétien, c'est-à-dire, le langage ref pectable de la Foi. L'irréligion étoit le feul crime auquel il ne pardonnoit point: tout étoit férieux pour lui fur cet article: nulle joie, nul plaifir n'autorifa jamais devant lui la moindre dérifion qui pût intéreffer le culte de fes ancêtres religieux jufqu'au milieu des réjouiffances d'une Cour jeune & floriffante, la Foi ne fouffrit jamais des plaifirs & des diffipations inévitables à la jeuneffe des Rois. Sur ce point, SIRE, tout devient capital dans la bouche d'un Souverain: une fimple légéreté va autorifer la licence de l'impiété ou faire de nouveaux impies: on croit plaire en enchériffant, & les railleries du maître deviennent bientôt des blaf

phêmes dans la bouche du courtifan. Telles font les paffions que les Grands opposent à la vérité, & qui condamnent Jefus-Chrift à la mort. Que ne puis-je achever, & vous montrer les paffions des Grands condamnées par la mort de Jesus-Chrift.

Hélas! en est-il une feule que fa croix ne confonde? Il ne meurt que pour rendre témoignage à la vérité; il en eft le premier martyr : & les Grands craignent la vérité; & il eft rare qu'elle ait accès auprès de leur trône. Il n'eft Roi que pour être la victime de fon peuple, & les peuples font d'ordinaire la victime de l'ambition des Princes & des Rois. Les marques de fon autorité fon fceptre, fa couronne, font les inftruments de fes fouffrances; & l'unique ufage que les Grands font de leur autorité, c'eft de la faire fervir à leurs plaifirs injuftes. Au milieu de fes peines & de fes douleurs il n'eft occupé que de nos intérêts; & les Grands au milieu de leurs plaifirs ne daignent pas même s'occuper des peines & des fouffrances de leurs freres. Il fouffre à notre place; & les Grands croyent que tout doit fouffrir pour eux. Il vient de tous les peuples ne faire qu'un peuple réconcilier toutes les nations, éteindre

toutes les guerres ; & c'eft la vanité des Grands, qui les allume & qui les éternife fur la terre. Que dirai-je ? il n'est Roi que parce qu'il eft Sauveur; ses bienfaits forment tous fes titres; fes qualités glorieufes ne font que les différents offices de fon amour pour nous; tout ce qu'il eft de plus grand, il ne l'eft que pour les hommes; il est tout à nos ufages: & les Grands ne comptent le reste des hommes pour rien, & ne croyent être nés que pour euxmêmes,

Voilà, SIRE, le grand modèle des Rois. Du haut de fa croix il inftruit les Grands & les Princes de la terre: Regardez, leur dit-il, & faites felon ce modèle: j'ai quitté mon Royaume, & je fuis defcendu de ma gloire pour fauver mes fujets; vous n'êtes Rois que pour eux, & leur bonheur doit être l'unique objet de tous les foins attachés à votre couronne. Oui, Sire, c'eft un Roi qui donne fa vie pour fon peuple; & il ne vous demande que votre amour pour le vôtre: c'est un Roi qui ne va conquérir le monde que pour l'acquérir à Dieu; ne combattez que pour lui, & vous ferez toujours für de la victoire c'est un Roi qui fait de la Croix fon Trône, & le lieu de fes dou

:

leurs & de fes fouffrances; regardez le vôtre comme un lieu de foins & de travail, & non comme le fiége de la volupté & de la molleffe: c'eft un Roi qui ne veut régner que fur les cœurs ; l'ufage le plus glorieux de votre autorité, c'est celui qui vous affurera l'amour de vos peuples: c'eft un Roi qui vient apporter la paix, la vérité, la juftice aux hommes, & qui ne veut que les rendre heureux; SIRE, régnez pour notre bonheur, & vous régnerez pour le vôtre.

[ocr errors]

Omon Sauveur ! c'eft aujourdhui que vous commencez à régner vousmême fur toutes les nations; vos derniers foupirs font comme les prémices facrées de votre regne; & c'est par la croix que vous allez conquérir l'univers: grand Dieu ! que ce foit elle qui affermiffe le regne de l'enfant précieux que vous voyez ici à vos pieds: que la Religion en confacre les prémices, & en couronne la durée : ce font fes glorieux ancêtres qui l'ont placée parmi nous fur le Trône; que ce foit elle qui y foutienne l'Enfant augufte qui ne peut vous offrir encore que fon innocence la foi de fes peres, les malheurs qui ont entouré fon berceau royal, & la endreffe la plus vive de fes fujets.

[ocr errors]

Confervez l'Enfant de tant de Saints

& de tant de Protecteurs de la Foi fainte. Ils expoferent autrefois leur vie & leur couronne pour aller recouvrer votre héritage; confervez le fien à cet Enfant précieux, afin qu'il puiffe un jour défendre & protéger l'Eglife, que le Pere vous donne aujourdhui comme l'héritage que vous avez acquis par votre fang. Ils revinrent chargés des dépouilles facrées de la croix; que ce dépôt faint dont ils enrichirent cette Ville régnante, que ce gage précieux de la piété de fes peres, follicite aujourdhui fur-tout vos graces en fa faveur n'abandonnez pas l'héritier de tant de Princes, qui ont été les premiers défenfeurs de votre nom & de votre gloire. Les coups de votre colére l'ont épargné au milieu des débris de fon augufte famille; laiffez nous, grand Dieu, jouir de votre bienfait que nous avons acheté fi cher: que ce reste heureux de tant de têtes auguftes que nous avons vu tomber à la fois, répare nos pertes & effuye nos larmes: comblezle lui feul de toutes les graces que vous aviez réservées dans vos tréfors éternels à tant de Princes qui devoient regner à fa place, & auxquels fa couronne étoit deftinée : réuniffez en lui tout ce que vous deviez partager fur

« AnteriorContinuar »