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pudeur des loix, méritée par les excès qui les violent : les mœurs corrompuës dans leur fource, les aftres qui devoient marquer nos routes, changés en des feux errants qui nous égarent; les bienséances même publiques, dont le vice eft toujours jaloux, renvoyées comme des ufages furannés, à l'antique gravité de nos peres; le défordre débarraffé de la gêne même des ménagéments; la modération dans le vice, devenue presque auffi ridicule que la vertu.

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Mais SIRE, fi la justice & la piété dans les Grands prennent la place des paffions & de la licence, quelle fource de bénédictions pour les peuples! C'est la vertu qui diftribue les graces; c'eft elle qui les reçoit les honneurs vont chercher l'homme fage qui les mérite & qui les fuit; & fuyent l'homme vendu à l'iniquité, qui court après les fonctions publiques ne font confiées qu'à ceux qui fe dévouent au bien public; le crédit & l'intrigue ne menent à rien; le mérite & les fervices n'ont befoin que d'euxmêmes le goût même du Souverain ne décide pas de fes largeffes; rien ne lui paroît digne de récompenfe dans Les fujets que les talents utiles à la

patrie; les faveurs annoncent toujours le mérite, ou le fuivent de près; il n'y a de mécontens dans l'Etat, que les hommes oifeux & inutiles. La pareffe & la médiocrité murmurent toutes feules contre la fageffe & 1 équité des choix; les talents fe développent par les récompenfes qui les attendent chacun cherche à fe rendre utile au public; & toute l'habileté de l'ambition fe réduit à fe rendre digne des places auxquelles on afpire. En un mot, les peuples font foulagés les foibles foutenus, les vicieux laiffés dans la boue, les Juftes honorés Dieu béni dans les grands qui tiennent ici-bas fa place: & fi l'envie de leur plaire peut former des hypocrites; outre que le mafque tombe tôt ou tard, & que l'hypocrifie fe trahit toujours par quelque endroit elle-même; c'eft du moins un hommage que le vice rend à la vertu, en s'honorant même de fes apparences.

Voilà du côté des peuples, les fuites que la vanité & l'envie de plaire attachent toujours aux exemples des Grands de leur côté, c'eft l'étendue & la perpétuité qui en font comme le fignal ou du défordre ou de la vertu parmi les hommes.

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n'enveloppent ils pas dans leur condamnation & dans leur destinée ?

Si un amour outré de la gloire les enyvre, tout leur fouffle la défolation. & la guerre; & alors, SIRE, que de peuples facrifiés à l'idole de leur orgueil que de fang répandu, qui crie vengeance contre leur tête ! que de calamités publiques, dont ils font les feuls auteurs! que de voix plaintives s'élevent au Ciel contre des hommes nés pour le malheur des autres hommes que de crimes naiffent d'un feul crime Leurs larmes pourroient-elles jamais laver les campagnes teintes du fang de tant d'innocents? & leur répentir tout feul peut-il défarmer la colere du Ciel, tandis qu'il laiffe encore après lui tant de troubles & de malheurs fur la terre.

SIRE, regardez toujours la guerre comme le plus grand fléau dont Dieu puiffe affliger un Empire cherchez à défarmer vos ennemis, plûtôt qu'à les vaincre ; Dieu ne vous a confié le glaiye que pour la sûreté de vos peuples, & non pour le malheur de vos voifins. L'empire fur lequel le Ciel vous a établi, eft affez vafte; foyez plus jaloux Petit Carême. D

II. PARTIE

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d'en foulager les miferes , que d'en étendre les limites; mettez plûtôt votre gloire à réparer les malheurs des guerres paffées, qu'à en entreprendre de nouvelles; rendez votre regne immortel par la félicité de vos peuples, plus que par le nombre de vos conquêtes; ne mefurez pas fur votre puiffance la juftice de vos entreprifes ; & n'oubliez jamais que dans les guerres les plus juftes, les victoires traînent toujours après elles autant de calamités pour un Etat, que les plus fanglantes défaites.

Mais fi l'amour du plaifir l'emporte dans les Souverains fur la gloire, hélas tout fert à leurs paffions; tout s'empreffe pour en être les miniftres; tout en facilite le fuccès; tout en reveille les defirs; tout prête des armes à la volupté. Des fujets indignes la favorifent; les adulateurs lui donnent des titres d'honneur, des Auteurs profanes la chantent & l'embeliffent ; les arts s'épuifent pour en diverfifier les plaifirs, tous les talens deftinés par l'Auteur de la nature à fervir à l'ordre & à la décoration de la fociété, ne fervent plus qu'à celle du vice; tout devient les miniftres, & par-là les complices de leurs paffions injuftes,

SIRE, qu'on eft à plaindre dans la grandeur Les paffions, qui s'ufent par le tems, s'y perpétuent par les reffources, les dégouts, toujours inféparables du défordre, y font réveillés par la diverfité des plaifirs; le tumulte feul, & l'agitation qui environne le Trône, en bannit les réfléxions, & ne laiffe jamais un inftant le Souverain avec fui même. Les Nathans eux-mêmes, les Prophêtes du Seigneur se taifent & s'affoibliffent en l'approchant tout lui met fans ceffe fous l'œil fa gloire; tout lui parle de fa puiffance; & perfonne n'ofe lui montrer même de loin fes foibleffes.

A l'étendue de l'autorité, ajoutez encore une étenduë d'éclat ; ce n'eft pas à leur nation feule que fe borne l'impreffion & l'effet contagieux de leurs exemples. Les Grands font en fpectable à tout l'univers; leurs actions paffent de bouche en bouche, de province en province, de nation en nation rien n'eft privé dans leur vie ; tout appartient au public: l'Etranger, dans les Cours les plus éloignées, a les yeux fur eux comme le citoyen, ils vont fe faire des imitateurs jufques dans les lieux où leur puiffance leur forme des ennemis : le monde entier

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