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intéressées, pour les conduire à la Ville prochaine, & là leur faisant demander comme grace , la permission de prendre parti en quelque genre de travail ; j'ose répondre qu'il ne seroit plus question de cette odieuse montre de la misere humaine , ni d'aucun des désordres sans nombre qu'elle occasionne.

Toutes ces choses sont assurément dictées & prescrites dans nos Ordonnances; mais ceci me rappelle un trait de l'Histoire Générale de Daubigné, qui partial en bon Huguenot, prétend que le Prince de Condé mort à Saint Jean d'Angeli, étoit aussi bon Général que Henri IV, avec la seule différence que se confiant en l'obéissance de ses fous ordres, il étoit souvent trompé; au lieu que Henri I V ne se contentoit pas d'ordonner, mais encore il étoit le premier debout pour veiller à l'exécution de ses ordres : cette petite différence est celle de tout à rien en toute

Hy

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maniere de gouvernement. Nous or-
donnons bien dans tous les genres,
nous autres François, mais nous laissons
aux autres Nations à emprunter & exé-
cuter nos Ordonnances.
Le
moyen
d'ailleurs

que

la mendicité ne prévaille en un Pays où l'une des fortes portions des revenus est vouée à cet Etat ! Toutes professions, les plus horribles même, deviendront nombreuses en raison des salaires & des moyens de subsistance qui leur seront attribués. Les espions , les délateurs & les bourreaux se trouvent sans nombre sous les tyrans : or je demande qu'on fasse le dénombrement des revenus des cuyres pies, hôpitaux généraux & particuliers, & autres dans le Royaume , qu'on joigne s'il se peut à cela le montant des aumônes de la main à la main, & qu'on juge ensuite fi la dignité Françoise ne s'oppose pas encore à nous fournir autant de mendians que nous en semons & cultivons.

Quand par un arrangement de police on accrut à Paris le prix des spectacles d'un quart en faveur des hôpitaux, on crut avoir fait une bonne besogne, & l'on assura que cette imposition valoit 80000 livres de rente aux pauvres. Eh bien ! les calculs de la science économique nous démontrent que 500 livres de notre monnoie actuelle , suffisent en revenu ou salaire pour nourrir une famille, selon l'ordre de consommation & de dépense qui rend la population fructueuse, & l'aggrege pour ainsi dire au corps

de la société : voilà donc selon ce calcul, 160 familles dévouées à la mendicité, & à vivre aux dépens du public en qualité de pauvres ; mais comme on ne donne pas leurs aises à ces familles que nous supposons salariées de la sorte, vous pourrez bien doubler au moins l'état de la recrue que vous arrachez au travail pour la donner à l'hôpital.

Mais il est encore une autre maniere d'envisager cette sorte de profit, c'est que la plus forte partie de ces fonds étant destinée à des maladreries, c'est tout au plus pendant la centieme partie de la vie de chacun des aggrégés à la mendicité, c'est-à-dire pour le tems de leur vie où ils doivent être assez malades pour se faire porter à l'hôpital, que cette æuvre doit les sustenter; ainsi, au lieu de 3 20 familles que ces 8oooo liv. de rente de plus à l'Hôtel-Dieu doivent dévouer à la charité publique, qui à les compter l'une dans l'autre à cinq personnes par famille faisoient 1600 personnes, en les multipliant par cent vous ferez 16000 têtes de plus, dont le plus urgent besoin est fondé sur la charité publique par arrangement. Je ne vous entends pas, me direz-vous : tous ces gens que la maladie ou des accidens forcent à se faire porter à l'Hôpital, n'en travaillent

pas

moins le reste de leur vie , & ce n'est assuré

ment qu'à défaut de toute autre forte de secours & de moyens de se faire soigner, qu'ils y vont : ainsi donc, felon vous, les soldats feroient dans la classe des mendians. ... Doucement, votre intention n'est pas de me dépayser par des fophismes. Le Soldat est un soudoyé de l'Etat, & le premier & le plus nécessaire. L'honneur , l'avancement, le plaisir de commander , la gloire brillante de rendre les services les plus efsentiels à la Patrie , est l'objet naturel de son travail. La solde n'est que l'équivalent de sa subsistance journaliere, elle n'est nullement susceptible d'épargnes, & par conséquent de pouvoir secourir ses jours de délassement & de douleur, & c'est à bon droit, car autant la subsistance aisée est dûe au Soldat, autant il faut éviter de l'énerver par l'avarice & l'intérêt; il quitte tout cependant, il renonce à sa famille & à la liberté, à tous les liens qui par des fervices réciproques soulageni

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