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nos jours de douleurs. L'Etat donc qui lui tient lieu de famille , de voisins, de maître, de paroisse, de tout ce qui nous rend enfin immanquablement les servi. ces qu'il nous doit ; l'Etat, dis-je , est obligé de le soigner malade , puisqu'il l'a employé sain: on l'a senti, l'on ne dit point l'Hôpital Royal des Invalides; ainsi ne confondons point les objets. Les Hôpitaux Militaires sont la propriété de celui qui y occupe un lit, comme le

camp, le corps-de-garde , le rempart l'étoient au moment où il en défendoit le terrein au péril de sa vie : mais vos Hôpitaux de charité sont autant de rendez-vous de mendians volontaires , oui volontaires. Je vous accorde si vous le voulez, qu'au moment où ces misérables s'y font porter, ils racheteroient de beaucoup s'ils en avoient le moyen, le malheur d'aller gémir fous la main de l'endurcissement de l'habitude, de se voir entasser morts & mou

rans dans les mêmes lits , traiter , panser , nourrir , pourrir & enterrer par rangs & par chambrées. L'aspect & lodeur de ces redoutables théâtres de gênes & d'entassement de miseres humaines , les fait reculer d'horreur ; mais ce sentiment de foiblesse, à l'instant du dénouement d'une vie d'ivresse ou d'abrutissement, est le même qui faisit le criminel au pied du gibet , dont la perspective ne l'effraie pas plus dans le tems de son délire, que son exemple ne corrige ses semblables.

Alors qu'au milieu des Villes, car ce sont elles dont la populace surcharge les Hôpitaux , ils gagnoient des salaires journaliers plus que suffisans pour les entretenir eux & leur famille , & pour faire des épargnes pour un avenir fâcheux, au lieu de travailler avec constance, & de vivre solidement & sagea ment dans leur famille ou dans leur chambrée, sur fix jours de trayail de la

dant,

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semaine , ils en pasfoient trois ou quatre au cabaret , ils repoussoient ce sentiment de l'avenir, qui ne manque pas à l'homme le plus brute, en disant que l'hôpital n'est pas pour les chiens ; cepentandis

que

les maîtres artisans & entrepreneurs se plaignent qu'ils ne peuvent à tout prix jouir de leurs garçons & de leurs manœuvres, l'habitude de la débauche devient épidémique, ils s'entrainent les uns les autres, passent les jours & les nuits dans les excès. Les plus timorés menent leur famille dans les guinguettes, où l'ordure & l'indécence environnent tous les réduits, dont les chemins font bordés d'hommes & de femmes chancellantes, d'enfans devenus guides de leurs parens, de malheureux qui se veautrent dans la fange d'objets enfin qui insultent la raison, & outragent la nature : les autres rentrent dans leurs taudis pour y devenir le fléau & le scandale de ce qu'ils devroient

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chérir & conduire, y rapportent des maladies , fruit de l'intempérance & de la débauche: & comment & par qui seroient-ils soignés? tout leur est étranger, tout leur est ennemi dans la nature ; les vices lient les hommes pour aller ensemble à la picorée, mais les vertus seules les unissent. Qui pratique une vertu plus solitaire , se fait en ce moment un ami qu'il ne connoîtra que dans l'occasion; mais l'homme quelconque dont la vie est un tissu d'oubli de lui-même, & d'abus de ses facultés, quelque semblant que lui fassent ses complices, ou même ses flatteurs, est au sein de la société même en un desert affreux, dont les tenebres l'environnent, & dont la solitude le frappera au jour de son malheur.

Les Hommes donc, tous freres ou cousins, ne pensent plus le devoir de fecours. Pourquoi ? c'est que la nature même des choses réfute à la charité

privée. Ceux qui veulent être charitables font beaucoup de dons ; je le sais : mais font-ils la charité ? je le demande à leur ceur, s'il sent en secourant les misérables, non cet oubli forcé de soi-même, que la religion recommande, que

la dignité de l'Homme lui prescrit , pour peu qu'il soit digne de sentir sa vie & fon néant; non cet attendrissement subit & passager qui peut préparer un Homme de bien, mais qui ne le confirma jamais ; mais cette paix tranquille & uniforme qui présente le verre d'eau à la soif, le mouchoir à la sueur, comme le secours au péril de la vie, & ne prise pas plus l'un que l'autre; je le demande à leur ame, si ne se réservant autre fruit de la peine, que le sentiment paisible de l'acquit du devoir, elle a fenti la nécessité de s'instruire pour en connoître toute l'étendue, pour ne se pas méprendre à l'usage bon ou mauyais de leurs facultés, de leurs talents

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