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& de leur pouvoir , pour connoître le malheur & le besoin dans son principe, fans attendre qu'ils excitent cette charité grossiere, qui n'est avertie que par les effets; si elle fait compatir à l'amour propre , sourire à la contradiction , commander à la commisération, alors qu'elle voudroit oublier que la vraie tendreffe est dans le sein de la Justice; si tous actes de bienfaisance lui paroissent enfin des devoirs de famille plus ou moins rapprochés, mais tous indispensables , selon l'occurence, les convenances & le besoin : c'est à ces traits que je reconnoîtrai la charité privée; c'est elle qui me montre. le heros dans toutes les classes, & qui rapproche du bonheur paisible des classes obfcures,

le
genre

de leurs services pénibles a dévoués au rôle dangereux de heros.

La charité privée ne consiste donc point à donner, il est néanmoins bien

ceux que

loisible à ceux qui fe plaisent aux accens variés de l'importunité, à la bassesse de ces énergiques expressions Dieu vous le rende, &c, de consommer telle ou telle autre partie de leurs revenus en pensions obscures, qui ne sont certainement pas au nombre de ces dépenses fourdes qui ruinent les familles. L'acte & son motif sont également respectables , mais je les avertis que ce sont des pensions & non des gratifications fructueuses qu'ils établissent. La misere semblable à l'Acheron, ne lâche point sa proie , & un riche, un Prince, un Roi, ne fauroient relever celui qui une fois en a porté le joug: ainsi avant que de fonder ces charges sur leurs revenus , qu'ils avisent fi leur foiblesse, ou si l'on veut, leur conimisération ne détourne pas cette portion de leurs revenus , qui ne leur appartient pas, puisqu'elle leur eft fuperflue , d'un emploi plus fructueux , plus utile , & par conséquent prescrit & ordonné. Qu'ils se donnent la peine d'être administrateurs aux dépens du plaisir d'être compatiffans. Qu'a de commun,

me direz-vous cette définition de la charité privée avec les Hôpitaux d'où vous êtes parti? Le voici. Les Hôpitaux ont certainement avili le Peuple & déterioré fes moeurs; l'avilifsement du Peuple a accru & épaissi le cruel mur de réparation que la fortune ne pose déja que trop dans les sociétés soi-disant civilisées, entre le Peuple & les riches , & par-là ils font un principe de gangrene toujours vivante & croissante dans la société. Le remede , direzvous ? car en toute maniere d'expofition d'abus, ce n'est rien dire si l'on ne pourvoit nettement à cet article. C'est précisément néanmoins ce dont je crois que vous pourriez le plus me dispenser. On ne nous accuse déja que trop d'innovations, sans nous chercher des adverfaires de détail, qui souvent sont les plus dangereux ; il ne feroit pas sage d'ailleurs d'attaquer de front des objets consacrés en apparence par les motifs, les approbations & les autorités les plus respectables , auffi n'eft ce aucunement mon dessein : je réserve seulement pour le mois prochain une lettre, où dans un exemple de bienfaisance particuliere en ce genre, nous trouverons l'occasion de quelques développemens utiles selon moi.

J'espere du moins qu'ils pourront paroître tels à M. Colombet & à ses dignes associés : or, comme il s'en faut bien que je ne fois de l'avis de Salluste, qui place le bien dire à côté du bien faire , & que je fais plus de cas du plus petit fait en ce genre, que de la plus éloquente des homélies, je ne saurois trop leur témoigner mon estime & mon desir de leur approbation. Renouvellez M. vos instances à vos Abonnés qui sonten si grand nombre, pour qu'ils vous

fournissent l'occasion de manifester de tels exemples, en quelque lieu , territoire ou nation qu'ils puissent le trouver , car il y en a par tout. L'exemple éveille chez nous le desir de bien faire, l'émulation le perfectionne, la notoriété du succès éclaire les voies. La terre , les élémens & la nature entiere fe refusent à seconder les travaux des mé. chans , & à perpétuer la race des hommes durs : tout fructifie, s'accroit & se multiplie sous la main des hommes de bonne volonté.

J'ai l'honneur d'être , &c.

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