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fance du Verbe fait chair jusqu'à la mort de Chap. II. la croix.

4. Cette dispofition incompréhensible du Verbe éternel n'est pas seulement une preuve de sa charité & de son humilité, selon L'explication que je viens de donner : mais elle est, selon saint Paul, une démonstration de la parfaite égalité du Pere & du Fils dans l'essence divine. JESUS-CHRIST , dit

l'Apôtre, ayant la forme & la nature de 5 Dieu , n'a point cru que

fût pour lui » une usurpation d'être égal à Dieu, mais il » s'est anéanti lui-même, en prenant la for» me & la nature de serviteur. C'est-à. dire que JESUS-CHRIST n'a renoncé pour un tems à la gloire dûe à la divinité, en s'anéantissant jusqu'à la forme de serviteur, que parce qu'il étoit certain de son égalité avec son Pere ; car s'il en avoir été l'usurpateur , & qu'il n'y eût pas eu par sa naissance un droit éternel & nécessaire, il ne se seroit pas privé d'un éclat extérieur, qui auroit été son unique titre. En renonçant à cet éclat , il auroit tout perdu , puisque fa majesté n'auroit été qu'empruntée, ou plûtôt usurpée. Mais il sçavoit bien qu'il demeureroit sur le trône, en souffrant que

la gloire du trône disparût. Il sçavoit bien qu'il étoit toujours le Fils propre, naturel, & consubstantiel de son Pere, quoiqu'il s'unît à la forme de serviteur, & que la forme de serviteur parût seule aux yeux des hommes. Il ajoûtoit la gloire de l'humilité à celle de la divinité : & ne pouvant devenir plus grand en s'élevant , il acqueroit une nouvelle grandeur par un abaistement volontaire, plus surprenant & plus capable de nous étonner, que fa puissance & fa majesté Partie 1.

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CHAP: 11. naturelle. Mirabilior nobis fit in Deo humi

litas , quàm poteftas. S. Leo, ferm. 5. Voilà notre modéle : Hoc sentite in Ito de pago vobis quod eos in Christo Jesu. JESUS-CHRIST

eft Dieu : il s'est anéanti. JESUS-CHRIST eft homme : il s'est humilié jusqu'à la mort de la croix. C'est parce qu'il est égal à son Pere , qu'il s'est anéanti : c'est parce qu'il étoit le Roy de gloire, comme fils de l'homme, qu'il a expiré sur la croix. Rien ne paroistoit lui moins convenir que l'anéantiflement & l'humiliation ; rien n'a été plus digne de lui que l'un & l'autre: rien n'a, plus fait.éclater sa bonté : rien n'a été plus propre à instruire & à réformer l'homme : rien n'a mieux prouvé que JESUS-CHRIST étoit Dieu & le Seigneur de la gloire, que son consentement à se priver pour nous d'un éclat , dont il emeuroit non seulement le maître, mais le principe & la source.

9. $. Un tel modéle est proposé à tous : mais

sans qu'aucun puisse atteindre jusqu'à la perfection de l'original. Chacun en exprime quelque trait : en de-vient la différence du caractere des Elus. Notre gloire est d'offrir chacun nos travaux & nos fouffrances pour concourir à l'expression parfaite de ce divin modéle.

1. Un tel inodéle est proposé à tous, nais sans qu'aucun de ses imitateurs puisse atteindre jusqu'à la perfection de l'original. L'un le copie par un endroit ; l'autre tâche de l'exprimer par un autre. Sa croix l'étule

yeux de tous : inais les vûës & les dispositions de ceux qui l'érudient pour le représenter dans eux-mêmes, sont ausli diffé: ,

aux

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rentes que les dons & les graces qui diver- CHAP. II. fifient les caracteres des Saints. Les Martyrs sont ceux qui approchent le plus de la vérité: mais entre les Martyrs, combien y a-t-il de degrés , de distinctions, & de várietés. Il en est de même de ceux qui ont joint à l'innocence du barême les saintes austérités de la pénitence: leur amour pour JESUSCHRIST les applique à mille vertus différentes , chacun selon son attrait. Les mortifications de ceux qui travaillent à

reparer la perte du batême par un nouveau batême de larmes , sont aussi de mille genres différens , quoique la croix de JESUS-CHRIST soit leur principal point de vûë. Les croix particulieres & personnelles que la divine Providence distribuë dans tous les états, sont comme les petites portions de la viaie Croix répandues dans tout le monde, & qui font le trésor de plusieurs Eglises particulieres , comme le dit saint Cyrille de Jerufalem ; Ligno crucis univerjus tandem orbis terrarum particulatim oppletus eft. Mais com- tech. 4. p.276

S. Cyrill. caz me toutes ces portions ne sont pas

l'arbre entier de la Croix, & qu'elles n'en diminuent pas l'integrité, au rapport de saint Paulin: il n'y aura jamais aucune comparai. S. Paulin á son entre les souffrances des Saints de cha- Severe, que état & celles de JESUS-CHRIST ; & le modéle de la charité, de fon obéissance, de sa patience, sera toujours inimitable, quoique les justes de tout état s'appliquent uniquement à l'imiter.

2. Car ces justes ne sont pas la justice même, ni la vérité même comme J ES U SCHRIST, quoiqu'ils souffrent pour la justice & pour la vérité. Ceux qui les font souffrir sont leurs égaux , & non leurs créatu

4

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CHAP. II. res , comme tous les hommes le sont par

rapport à JESUS-CHRIST, qui pourroit leur ôter la vie en cessant seulement de la leur conserver. Quelque grandes que soient leurs épreuves , elles ne seront jamais égales aux supplices éternels qu'ils ont mérités, & dont ils ne sont délivrés que par grace. Il o'y en a aucun parmi eux qui ne doive dire comme le faint pénitent: » Nous n'endumrons que ce que méritent nos mauvaises » actions ; mais celui-là, qu'a-t-il fait ? » Eft-il d'ailleurs en notre pouvoir d'éviter ce que nous souffrons, comme JESU SCHRIST étoit le maître de ne rien souffrir ? Si nous en perdions le fruit par l'impatien

nous ajouterions à nos maux, bien loin d'en diminuer le sentiment. Beaucoup d'infidélcs souffrent autant , ou même plus que nous , fans en rien esperer. Nous pourrions être comme eux sans consolation & sans efperance. On nous calomnie, on nous ôte les biens & la liberté, on nous laisse sans protection & sans défense ; mais ce qu'on nous ôte, JESUS-CHRIST nous le conserve. Il convertit nos pertes en des sacrifices de religion. Il met en sûreté pour une vie és ternelle, ce qu'une mort prompte ou lente nous raviroit. C'est un honneur inestima. ble qu'il nous fait en nous associant à sa croix: c'est par un privilege particulier qu'il nous en fait part : par

la foi &

par

la paticnce qu'il nous inspire, que nous l'acceptons avec soumission, ou même avec joie. Y a-t-il eu de notre part quelque chose de semblable par rapport à lui ? Nous lui devons tout. Nous en avons tout reçû. Son oblation est sans exemple. Il est seul l'agneau de Dieu. Nous autres, au lieu d'être des vice

: c'est

CHAP. II.

leur zéle

times de fa colere, nous le sommes devenus
de sa miséricorde.

3. Ces sentimens, qui distinguent les
fouffrances des justes, & de ceux qui s'ap-
pliquent à le devenir, des fouffrances des
impénitens & des infidéles, ne diminuent
pas pour

atteindre , autant qu'ils le peuvent, à la perfection du modéle qui leur est proposé, & pour contribuer par diverses imitations parriculieres à le representer dans son tout.. Ils fçavent que depuis le jufte Abel jusqu'au dernier élû qui termine, ra le siécle & le tems , les fouffrances des Sajnts sont destinées à exprimer le facrifice entier de JESUS-CHRIST. Ils offrent chachun leurs travaux & leur patience, pour concourir à cette expreffion pleine & parfaite. Ils sont jaloux de la gloire qu'ils ont d'y contribuer: & comme chaque sacrifice an. cien avoit fon caractere particulier, & son rapport à quelques circonstances particulieres de celui de Jesus-CHRIST, ils tâchent d'être fidéles & diligenspour conserverleta. ractere de celui qu'ils doivent offrir, ou par l'humiliation, ou par le dépouillement, ou par la douleur, ou par le filence : s'estimant heureux à proportion de ce que Dieu en ac. cepte en fecret la bonne ndeur , & que l'attention des hommes à les louer , ou à les plaindre, n'en altere pas la pureté.

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