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CHAP. II...

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JE S U S-CHRIS I crucifié est notre

confolation dans les souffrances, & & une pressante exhortation à nous soumettre avec patience à celles

que l'attachement à nos devoirs nous attire, ou que la divine Providen

ce nous envoye. $. I. JESUS-CHRIST en fouffrant pour

nous, a voulu nous montrer avec quelle bonté il s'interesse à ce que nous endurons pour lui, es combien l'expérience qu'il a faite de nos douleurs le rend tendre des como patisant.

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'Est une fuite nécessaire de ce que

Jesus - CHRIST crucifié est notre exemple & notre modéle, qu'il soit aufli :: notre confolation dans les souffrances, &

une pressante exhortation à nous soumettre avec patience à celles que

l'attachement à nos devoirs nous attire, ou que la divine Providence nous envoye. Car en le voyant cloué sur le bois, & rafsafié d'opprobres,

son interêt, mais pour le nôtre, qui oscroit se plaindre d'avoir quelque part à con calice; & qui ne sent pas diminuer ses propres peines en considerant celles qu'il louffre, & avec quelle charité il les souffre, fur-tout quand on sçait avec quelle bonté il s'intereste à ce que nous endurons pour

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tai demeurer fidéles, & combien l'expérien- CHAP. 11. ce qu'il a faite de nos douleurs le rend tendre & compatiffant. 2. » Nous n'avons pas , dit saint Paul ,

Hebr. 4.15. un Pontife qui ne soit pas capable de com-ce patir à nos infirmités & à nos foiblesses : cc Qui non poffit compati infirmitatibus nostris. Car il a été tenté comme nous par

toutes fortes d'épreuves , à l'exclusion du péché: tentatum per omnia , pro fimilitudine absque peccato. Il a voulu nous devenir femblable en tour, excepté dans ce qui étoit incom. patible avec sa fainteré. Ila voulu tout év prouver , & fçavoir par lui-même tout ce qui exerceroit notre patience , afin d'en être inftruit immédiatement , & avant que nos larmcs & nos gémiflemens le lui appriffent, afin que nous ne pussions douter qu'il n'eût une pleine connoissance de nos maux, & que nous prislions une entiere confiance en la bonté, qui l'avoit porté à descendre plus bas même que notre miserc, pour nous perfuader qu'il y étoit sensible, & qu'il en etoit attendri.

3. Comme fils de l'homme , il devoit être exemt de douleur , puisqu'elle n'est dûë qu'au péché : mais comme Fils de Dieu, il en devoit être encore infiniment plus éloigné. « Et néanmoins, tout Fils de Dieu cs Hebr. 5.8. qu'il étoit , il a voulu fouffrir, & appren-" dre à obéir par ses souffrances. « Et quia dem , cùm effet Filius Dei , didicit ex eis que passus est obedientiam. Paroles étonnantes , & qui méritent bien d'être approfondies. C'étoit au Fils de Dieu à commander : il s'est abbaissé jusqu'à obéir. Il pouvoit n'obéir à son Pere que dans des choses dignes de son état , ou gloricuses , ou faciles: il

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CHAP. III. a voulu lui obéir jusqu'à la mort de la

croix. Et pourquoi l'a-t-il voulu ? Son motif est encore plus admirable que fon obéif fance. C'a été afin d'apprendre par lui-mê. me ce qu'il en coutoit aux sens & à la nature pour obéir ; pour se mettre à la place de ses serviteurs, à qui une semblable a béissance feroit prefcrite; pour juger du prix de leur foumiffion ; pour examiner jufqu'où penetrent les pointes d'une douleur, quand elle est vive & continuelle; pour sçavoir jusqu'où des hommes foibles peuvent être tentés , & combien le secours dont ils ont besoin doit être promt, & fuperieur aux sentimens naturels; enfin pour leur commander avec bonté , pour mesurer la tentation sur les forces qu'il leur prépa

faire fortir avec succès & avec avantage. Et quidem cùm effet Fi. dius Dii, didicit ex iis, que pallis eft, obe. dientiam.

les en ce,

& pour

4. II. La confolation dans les fouffrances eft

plus grande de penser que celui qui a souffert pour nous , eft Dieu. En quel fens on peut dire que Dieu a Souffer:.

1. S'il avoit été possible que J. C. fût le Sauveur des hommes sans étre Dieu, la consolation de ceux qui souffrent seroit beaucoup moindre, & elle feroit sur eux beaucoup moins d'impression, parce que l'extrême distance de Dieu jusqu'à cux, & l'immuable félicité dont il jouit, affoibliroieat extrêmement l'idée de la compassion par rapport à eux. Ils le regarderoient avec raison comme l'unique ou la principale caufe du vif sentiment qui les pénetreroit.

Car il n'y a que la main qui puisse enfoncer

CHAP. I,.. la pointe de la douleur dans l'intime de l'ame : lui seul peut la tourmenter,

& la rendre malheureuse ; & lui seul peut l'humilier & la briser sous les coups redoublés, sans qu'elle puisse s'y soustraire , & sans qu'aucune autre puiflance soit capable de l'en dé. livrer. Comment donc cette ame brisée par des coups fi pefaris, oferoit-elle penser que la terrible main qui les décharge sur elle, eft pleine de compassion , & qu'elle en sent en quelque maniere wour le poids , fi la douleur lui étoit absolument étrangere, & fi son propre Fils ne l'avoit pas éprouvée ?

2. Il est vrai que ce Fils dans la nature divine est impallible comme son Pere. Mais son humanité fainte lui étant personnellement unie, & cette humanité fainte étant plongée dans la douleur ; on ne peut plus dire que la douleur lui soit étrangere, puifque c'est le Fils même qui la souffre dans une nature qui est à lui, qui lui appartient, & qui ne peut être separée de lui. C'est pour saint Paul dans l'exhortation qu'il fit aux anciens, c'est-à-dire, aux chefs de l'Eglise d'Ephese, ne craignit point de leur dire que Dieu avoit acquis par fon propre fang l'Eglise dont le Saint Esprit leur avoit confié l'intendance & le soin :

Attendite vobis , don universó gregi, in quo Ad, 20. 28, vos Spiritus Sančius pofuit Epifcopos , regere Ecclesiam Dei, quam acquifivit fanguine fuo. Expression forte, mais très-exacte , qui prouve que le sang qui a été la redemption de l'Eglise; est le sang de Dieu même, & que c'est Dieu qui l'a versé pour l'acquerit, & pour se l'attacher étroitement. Ainsi le Fils de Dieu a éprouvé la douleur dans une

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cela que

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Hele, 25 3.

(CHAP. III. chair & dans une ame qui lui sont unieš

personnellement : & le Pere, qui est inséparable de son fils, ne peut être indifférent à des douleurs dont fon Fils a fenti la vive impression , & au milieu defquelles il a expiré.

3. Combien ces vérités sont-elles propres à consoler ceux qui sont dans les souffrances, & à les remplir de confiance en celui qui connoît leur état par la propre experience , & qui s'en est approché de 1 près, même selon la divinité, quoiqu'elle soit toujours demeurée impassible. » Pensez, » leur dit l'Apôtre, mais pensez-y avec rc

flcxion, à celui qui a souffert une si gran» de contradiction de la part des pécheurs : Recogitate eum , qui talem fuftinuit à peccatoribus adversùm fumetipsum contradictionem. Car vous n'éprouvez qu'une legere partie de ce qu'il a souffert : & vous n'avez

pas encore répandu votre fang , pour résif9. 4. ter au péché & à l'injustice : Nondum enina

ujue aa funguinem reftiiftis, adversùs peccatum repugnantes.

4. » Avez - vous oublié, continue saint » Paul , certe exhortation & cette consola

» tion qui s'adresse à vous comme étant les : » enfans de Dieu : Mon fils, ne recevez pas » avec indifférence & fans fruit le châtiment 30 dont le Seigneur vous corrige, & ne

» vous laissez pas abbattre lorsqu'il vous 17.6.

reprend ? Car le Seigneur châtic. ceux » qu'il aime, & il frappe de verges tous » ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfans. Les paroles que cite saint Paul sont celles de la Sagesse, c'est-à-dire , du Verbe éter

nel, qui console en ces termes ceux qui sont Prov. 3. 16. dans l'affliction; Disciplinam Domini, fili

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