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aium eft caufa gratiarum, per quam creden- CHAP. IV. tibus datur virtus de infirmitate, gloria de opprobrio, vita de morte. Guériffez-nous pleinement. Délivrez-nous de tout ce qui eft un obftacle à la perfection de l'obéiffance & de l'amour que nous vous devons. Faites que nous commencions à devenir fincerement vos difciples, en renonçant à tous les défirs du fiécle, & en n'aimant rien de tout ce que le monde peut ôter, felon cette parole d'Ignace votre Martyr: Nunc incipio Chrifti Ignat. Ep effe difcipulus, nibil de his qua videntur defi- ad Rom. derans. Il ne convient point à notre foiblef fe d'ajouter avec lui, que nous ne craignons ni le feu, ni le crucifiement, ni les bêtes farouches, ni le brifement des os, ni les fupplices les plus cruels & les plus recherchés que le demon puiffe inventer. Mais nous vous demandons que vous foiez l'unique objet de nos défirs; que nous ne regardions que vous ; que tout le refte nous paroiffe ou n'être plus, ou n'avoir jamais été; que vous falliez uniquement notre confolation & notre joie; & que toutes les créatures ne faffent fur nous aucune impreffion qui nous af foibliffe, felon la leçon que nous en fait l'un de ceux que vous nous avez donné pour maîtres: Qui credit in Chriftum, ipfum in- S. Aug. ferms 1ueri debet cetera nec nata computare, ut 279.7. xo creatura vilefcat, & Creator in corde dul cefcat. Nous demandons pour nous & en votre nom cette grace à votre Pere, à qui nous repréfentons que vous êtes le remede de toutes nos bleffures & de toutes nos maladies, que vous l'êtes devenu für la croix & que vous nous en appliquez l'effet par vo tre puiffante médiation auprès de lui. Exaudi nos, lui difons-nous avec confiance, per

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5. Aug. lib. de Agone Chrifti.n. 12.

medicinam vulnerum noftrorum, qua pepena dit in ligno, nunc fedens ad dexteram tuam te interpellat pro nobis.

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CHAPITRE V.

JESUS-CHRIST crucifié apprend à l'homme quelle eft fa grandeur, & quelle eft fa mifere, en le rétabliffant dans fa premiere dignité, en le relevant de fa baffeffe, & en le formant une feconde fois à fon image & à fa reffemblance par une nouvelle création.

ETTE matiere qui eft très-importante

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à nous faire connoître le myftere de la croix & elle est très-capable d'infpirer à ceux qui l'étudieront avec un efprit de foi & de religion, des fentimens dignes du prix qu'ils ont couté à JESUS-CHRIST. Que le gen» re humain, difoit faint Auguftin, conçoive de grandes efpérances, & qu'il ap» prenne des fouffrances de celui qui l'a racheté quel rang il occupe, & de quelle dignité il eft entre les ouvrages de Dieu. Erigat fpem fuam genus humanum, & videat quantum locum habeat in operibus Dei.

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§. I. L'homme depuis fa chute eft plein de contrarietés étonnantes. Sentiment de grandeur

de baffeffe. Il feroit très-dangereux de Lui montrer l'un de ces états fans l'autre. C'est ce qu'ont fait les Philofophes & les Juifs. Un tel difcernement n'a point été fait avant JESUS-CHRIST.

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1. L'HOMME depuis fa chute eft plein de contrarietés étonnantes. Il retient de fa premiere origine des fentimens de grandeur & d'élevation, que fa dégradation & fa baffeffe n'ont pu étouffer. Il veut tout: il af pire à tout. Son défir pour la gloire, f'immortalité, pour un bonheur qui renferme tous les biens, eft infini. Et d'un autre côté il s'amufe à tout. Un néant l'occupe: un néant l'afflige ou le confole. Il eft un en⚫ fant en mille occafions; foible, découragé, abbattu fans parler de fes vices & de fes paffions, qui le deshonorent & l'aviliffent, & qui le rendent quelquefois inférieur aux bêtes, dont il eft plus voifin que de l'homne par fes indignes inclinations.

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2. Quand il rentre en lui-même, mais fans avoir d'autre lumiere que ce qui lui est resté de raison après le péché, il ne peut démêler cet amas confus de fentimens fi vifs & fi oppofés. Il ne connoît ni leur principe, ni leur ufage: il ne fçait s'ils lui font également naturels, & s'il peut également les fuivre. Il doute quelquefois de fa grandeur, & quelquefois de fa baffeffe; & après bien des réfléxions, il fe livre fucceffivement à des mouvemens contraires, dont les uns flattent fa vanité, & les autres fon inclination pour la molleffe & pour le plaifir.

CHAP. V.

CHAP. V.

3. Car tout le fruit qu'il tire de ce qui lui refte de grandeur, eft de s'élever: & celui qu'il tire de la connoiffance de fa baffeffe, eft d'en juftifier les penchans, ou de s'y livrer par découragement & par pareffe. Il n'évite ainfi l'orgueil que par le défespoir; comme il n'évite le défefpoir que par la vanité. Il y a des tems où il oublie fa mifere, & y retombe en l'oubliant, puifqu'elle eft réelle & fans remede: & il y en a d'autres où il oublie fa grandeur, fes réfolutions, fa philofophie, & où il fait voir que fa philoTopic & fes réfolutions n'étoient qu'une vaine enflure, & un abus de fa grandeur, & non un moyen de la rendre parfaite.

4. Il feroit très-dangereux de lui montrer combien il eft devenu égal aux bêtes par fes vices & par fa bassesse, fans lui montrer fa grandeur. Il feroit dangereux auffi de lui faire voir trop fa grandeur fans fa baffeffe. Mais il eft encore plus dangereux de lui laiffer ignorer l'une & l'autre : & rien n'est plus néceffaire ni plus avantageux pour lui, que de lui repréfenter l'une & l'autre, leurs différentes caufes, & ce qui peut concilier def grandes contrarietés. Mais qui lui rendra ce fervice? & qui fera affez inftruit de fa grandeur & de fa baffeffe, de fa dignité & de fa mifere, pour ne les pas confondre, & pour ne pas obfcurcir l'une par l'autre ?

1. Les Philofophes, & même les Juifs qui ignoroient le inyftere de J.C.& qui n'étoient enfans que de la fynagogue, ne donnoient point à l'homme des idées proportionnées aux deux états qui font unis en lui. Les Stoïciens qui s'étoient fait une idole de leur fageffe chimérique, & les Pharifiens qui ne connoiffoient qu'une verta faftueuse,

spiroient à l'homme des fentimens d'une grandeur pure: & ce n'eft pas fon état. Les Epicuriens qui avoient dégradé l'homme en le réduifant à la matiere; & les Saducéens, qui nio ent comme eux l'existence des efprits & l'immortalité de l'ame, infpiroient à l'homme des fentimens de baffcffe pure: & c'eft auffi peu fon état. Il fallort lui infpirer des fentimens de grandeur mais d'une grandeur réelle & non fastueufe, qui vinffent de la grace, & non de la préfomption de fa juftice & de fon mérite. Il falloit lui infpirer des fentimens de bas feffe, non d'une baffeffe de nature, mais de pénitence; non pour y demeurer, mais pour aller par l'aveu de cette bassesse à une véritable grandeur. Mais encore un coup, qui étoit capable entre les hommes de difcerner des chofes fi voifines, & en mêmetems fi éloignées? fi voifines, puifque l'état de l'homme les réunit: & fi éloignées, puifqu'elles appartiennent par leur nature à des états totalement différens.

6. Un tel difcernement n'a point été fait avant J. C. ou indépendamment de J. C. L'homme ne s'eft point connu, & n'a pu fe connoître avant fui. Il s'eft ou trop élevé, ou trop abbaiffé. Ses maîtres l'ont toujours trompé, ou en fattant un orgueil qu'il falloit abbattre, ou en ajoutant à une baffeffe qu'il falloit relever. Tous ceux qui font venus avant l'auteur de la grandeur de l'homme, & le réparateur de fa baffeffe, ont aigri fes maux, au lieu de les guérir. Ils l'ont égorgé, au lieu de lui rendre la vie. Et comme ils avoient ufurpé la qualité de maîtres, qui ne leur convenoit pas, n'étant que des séducteurs; ils n'ont em

CHAP. V.

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