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CHAP. V. ploié que des poifons au lieu de remede. Omnes quotquot venerunt, fures funt & latrones. Tous ceux qui n'ont pas annoncé JESUS-CHRIST crucifié, tous fans diftinction, foit Juifs, foit Gentils, ont ufurpé la place du Pasteur & du Sauveur des brebis. Aucun n'a connu le caractere des brebis, qui ne font ni juftes par elles-mêmes, ni incapables de le devenir. Aucun n'a travaillé à les rendre humbles', ni à les remplir d'une utile confiance. Aucun en un mot ne leur a parlé un langage femblable à celui de J. C. Et auffi aucune brebis, digne de ce nom, ne les a écoutés. Et non audierunt eos oves.

Joan. 10, 8.

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§. II. JESUS-CHRIST crucifié découvre ce double état de grandeur & de baffeffe aux plus fimples fidéles, mais fans les enfler, & fans les décourager.

1.MAIS depuis J. C. & fur-tout depuis qu'il eft mort pour nous fur la croix, laquelle de fes plus foibles & plus fimples brebis ne fçait pas ce qui a été caché à tous les fages du fiécle:Laquelle, en le voiant crucifié pour elle, peut ignorer fa propre grandeur, &fa propre baffeffe? Laquelle, fi elle eft interrogée avec clarté & avec ordre, n'eft pas en état de répondre fur l'origine de fa grandeur, & fur la caufe de fa baffeffe: fur le mélange qui s'eft fait en elle de l'une & de l'autre fur la caufe de ce mélange : fur l'efpérance de fortir de fa baffeffe pour arriver à une grandeur qui en foit entierement exemte fur les moyens qu'elle doit employer pour rétablir une grandeur, dont les reftes lui font précieux, & pour faire un faint ufage des reftes humilians de fa baffeffe: enfin fur la premiere caufe

"

caufe de fa nobleffe & de fa dignité, & fur
la caufe du rétabliffement qu'elle efpére ?
2. Elle na befoin ni de grands raisonne-
mens, ni de profondes réfléxions, ni même
d'une grande connoiffance de la religion.
qui feroit au-deffus de fon état: Il lui fuffit
de fçavoir, que celui qu'elle voit attaché à
la croix, eft fon Dieu; qu'il s'eft fait hom-
me pour elle, & qu'il eft mort pour
elle. Car, dit-elle, pour qui a-t-il fouffert
tant de chofes, & une mort fi honteuse? &
pourquoi les a-t-il fouffertes? Si l'homme
n'étoit pas d'un prix, en un certain fens
infini, conviendroit-il qu'un Dieu mourût
pour lui E
Et fi l'homme n'étoit pas condan-
né à étre éternellement malheureux, s'il
n'étoit pas rejetté de Dieu, indigne & inca
pable par lui-même de retourner à lui, fe-
roit-il néceffaire qu'un Dicu méritât fa ré-
conciliation par tant de douleurs, & tant
d'abaissemens ?

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3. Ainfi par la grandeur du remede qu'il a fallu emploier, J. C. crucifié montre à tous les hommes, & même aux plus fimples de ceux qui croient en lui, quelle est seur grandeur, & quel eft l'excès de leur mifere. Car que peut-on comparer à un Dieu qui donne fa vie pour eux ? Et que peut-on comparer à un mal & à une mifere, dont il n'y a que la mort cruelle & honteufe d'un Dieu qui puiffe être le remede ? Ainfi Jesus crucifié abaiffe infiniment plus l'homme que la raifon feule ne peut faire, mais fans le defefpérer : & il l'éleve infiniment plus que La présomption & fon orgueil ne peuvent faire, mais fans l'enfler. Il ne lui ôte pas les biens qui lui font reftés, pour l'humilier & & pour l'abattre. Il ne lui cache pas nom Partie I.

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CHAP. V. plus la profonde mifere où il eft tombé,' pour lui donner une vaine confolation. II l'inftruit & le guérit par la vérité, fans rien exagerer ni dans fes biens, ni dans fes maux. Il ne lui montre pas les forces qu'il n'a plus: il ne lui ôte pas auffi une légitime efpérance. de les recouvrer. Il le tient dans un juste milieu, entre la préfomption & le défespoir: & en fe manifeftant à lui comme voie & comme vérité, comme moyen & comme terme, comme remede & comme vie, il le releve de terre en lui faifant comprendre qu'il eft tombé très-bas, & il le guérit en lui faifant fentir jufqu'à quel excès va fa maladie.

4. Sous un tel maître, & avec un tel mcdecin, l'homme devient humble à proportion de ce qu'il efpére, & il eft rempli de confiance à proportion de ce qu'il fçait qu'il ne doit rien attendre de foi-même. Il eft un ver il eft l'opprobre de fon ancienne digaité. Il le fait, & il en convient. Mais ce ver, cet homme couvert d'opprobre, fçait bien ce qu'il a été par fa création, & ce qu'il peut devenir par le puiffant Médiateur qui l'a racheté. Il defcend jufques dans l'abîme où il s'eft précipité, mais plein d'efpérance d'en fortir, Il s'unit à fon Libérateur, & ofe attendre de lui un état encore plus élevé & plus heureux que celui dont il est déchû; mais fans fe fonder ni fur fes propres forces, ni fur fon mérite; & en confidérant ce que la Sagesse éternelle lui avoit donné dans fa premiere origine, & ce que cette Sageffe incarnée lui reftitue par une création nou velle, il eft encore plus confolé par l'efpérance de fon rétablissement, qu'affligé de fes anciennes pertes,

éclairé reconTM

§. III. L'homme ainfi
noît la nobleffe de fon origine & de fa de-
ftination, il en pleure la perte. Il
comprend le prix de cette ancienne image
par tout ce qu'il en a couté à JE S U ̃-
CHRIST pour la réparer. Il comprend
par la même raifon combien elle étoit dé-
figurée.

1. L'HOMME étant devenu ainfi éclairé,' humble, courageux, reconnoiffant, remonte, également touché de repentir & de confiance, jufqu'au commencement des tems où Dieu le forma à fon image, & lui communiqua fa reffemblance. Il fe fouvient qu'il fut le terme de fes ouvrages & qu'au lieu d'être tiré du néant, comme les autres êtres, par une feule parole Dieu délibera comme dans un espece de confeil fur fa grandeur future, & fur l'augufte place qu'il lui deftinoit dans l'univers. Il fe fouvient que les mains mêmes de Dieu figurerent l'argile dont il fut formé, & que l'efprit de vie qui lui fut communiqué, fortit de la bouche & du cœur, pour ainfi dire, de Dieu même. Il fe fouvient qu'il porta dès-lors l'empreinte & le caractere de la Divinité; qu'il devint fon expreffion & fon image, non par la plenitude, mais par la capaci té ; non par fon fonds, mais par fes defirs; non qu'il fût la vérité même, ni le fouverain bien, mais parce que fon efprit ne pouvoit être borné que par une vérité infinie, & que fon cœur étoit plus grand que tous les biens limités; non qu'il fût la liberté même, mais parce que

CHAP. V.

CHAP. V. tout, excepté Dieu, lui étoit indifférent, & que comme lui, il n'avoit befoin que de lui être heureux, fans qu'aucun des autres êtres lui fût néceffaire.

pour

2. Il fe fouvient de cela, & il pleure en s'en fouvenant. Mais au milieu même de fes larmes, il admire avec quelle facilité de fi grands biens lui furent accordés, & avec quelle profufion tout lui fut donné en un moment: vie, dignité, justice, immortalité, empire fur tout le monde materiel & vifible, dont l'image de Dieu qui faifoit fa gloire, le diftinguoit infiniment. Il s'étonne de ce que de fi grandes chofes font rapportées dans la Genefe d'une maniere fi abregée, & en apparence fi fimple. Il fe figure que fi la fublime dignité de l'homme avoit été plus lentement accordée, moins gratuitement, moins parfaitement dans les premiers inftans l'homme auroit mieux connu fa véritable grandeur, le prix de ce qu'il avoit reçû, la bonté & la magnificence de celui dont il le tenoit, & qu'étant plus reconnoiffant, il auroit été auffi plus obéissant & plus fidéle,

3. Mais tournant tout à coup fes re gards vers JEsu s crucifié, qui eft cette Sagefle dont les mains avoient formé le premier homme, & la voiant clouée fur une croix, revétue de la reflemblance de f'homme, & de l'homme pécheur, avec tous les caracteres extérieurs de l'homme dégradé, exclus du Ciel & du Paradis ter reftre, condamné à la pénitence & à la mort; & fçachant qu'elle s'est réduite en cet état pour rétablir l'homme en celui dont il est déchu : il passe de son premier

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