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AU ROI.

SIRE,

Jamais les lettres ne fleurirent en France que sous le règne de nos plus grands Rois; et c'est sous le plus grand de nos Rois, c'est sous votre auguste prédécesseur qu'enfin elles y sont parvenues à un point de perfection jusqu'alors inconnu depuis l'origine de la monarchie. Quel attrait, pour tous ceux qui les cultivent, de retrouver dans votre Majesté les mêmes dispositions à leur être favorable! Mais, en particulier, quelle gloire pour l'Académie françoise, qu'à l'exemple de Louis le Grand, vous ayez daigné, Sire, vous en déclarer le Protecteur, et permettre qu'à la tête de cette Compagnie parût le premier nom de l'univers ! Vous avez même porté vos attentions et vos bontés pour elle jusqu'à honorer de votre présence une de ses assemblées. Oui, nous avons vu ce jeune héros de qui l'Europe attend sa félicité, nous l'avons vu présider à nos exercices, animer nos travaux, se faire instruire de nos lois, et, par une grâce si marquée, témoigner qu'il regarde comme un objet digne d'entrer dans les vues d’un sage gouvernement les progrès d'une Société destinée à nourrir le goût des beaux-arts. Aussi s'est-elle montrée à vous, Sire, par des endroits bien capables de lui attirer votre estime. Plusieurs de ses membres, illustres par leur rang, plus illustres encore par leur mérite, vous la rendent précieuse. Parlerai-je du grand cardinal”, à

? Le cardinal Fleury, précepteur de Louis XV.

qui la France doit son bonheur, puisque Votre Majesté lui doit son éducation ? Qu'il nous est doux de le posséder et de savoir que, par un si digne interprète, les mouvements de nos cæurs sont portés aux pieds du tròne! Il sait, et sans doute il vous l'a dit souvent, que vos vertus, Sire, sont notre étude; vos prospérités, notre passion; vos louanges, le but de nos veilles. Parmi nous, l'inégalité des fortunes est comptée pour rien ? ; celle des talents même n'inspire point de jalousie ; ce qui nous rend égaux, c'est un zèle, c'est une ardeur unanime et sans bornes pour la gloire de notre Protecteur. Uniquement occupés de lui, nous l'admirons, nous le révérons, pous l'aimons. Tels sont les sentiments dont nous sommes tous pénétrés, et avec lesquels je serai toute ma vie,

SIRE,

De Votre Majesté,

Le très-humble, très-obéissant et très-fidèle sujet et serviteur,

OLIVET.

1 Il faudrait, avec la négation : « N'est comptée pour rien.» – Tous les grammairiens, avant comme depuis l'abbé d'Olivet, ont reconnu la nécessité d'employer la particule ne devant rien dans un sens négatif. Voyez entre autres l'édition des Observations de Vaugelas, publiée avec les remarques de Patru et de Thomas Corneille (édit. 1738. Paris, de Nully, 3 vol. in-12). T. III, p. 13, 16, 302.

HISTOIRE

DB

L'ACADÉMIE FRANÇOISE

J'ai entendu dire à quelques-uns de nos meilleurs écrivains que, la pensée de continuer l'histoire de l'Académie françoise leur étant venue plus d'une fois, deux raisons les en avoient toujours détournés : l'une tirée du sujet même; l'autre, fondée sur ce qu'il n'est 'guere possible d'égaler M. Pellisson, le premier historien de cette Académie. Pour ce qui est d'abord du sujet, on a bien pu

le trouver ingrat et difficile à remplir, parce qu'en effet il ne reste là-dessus que peu de mémoires. Ce peu étoit même si dispersé, que la peine de le rassembler l'emportoit visiblement sur la gloire de le mettre en æuvre. Mais enfin, parce qu'aujourd'hui la matière n'est pas aussi riche qu'on le souhaiteroit, falloit-il donc n'y pas toucher? falloit-il, parce qu'on a déjà trop différé à l'em

VAR. 2e édit.: p'étoit.

ployer, différer encore plus longtemps, et se mettre pour jamais hors d'état d'y revenir? Au contraire, plus la stérilité du sujet augmente de jour en jour, par le peu de soin qu'on a pris de conserver des mémoires exacts, plus il faut se presser de sauver au moins les principaux faits dont il reste encore des vestiges.

Quant à l'autre difficulté, fondée sur le mérite supérieur de M. Pellisson, j'étois véritablement celui qu'elle devoit le plus frapper. Mais elle ne m'a pas fait oublier cette ancienne maxime : que l'histoire, de quelque manière qu'elle soit écrite, a le privilége de se faire lire. Approuverions-nous que ceux qui ont écrit ce qui s'est passé sous les Césars, nous eussent refusé cette suite de l'histoire romaine, sous prétexte qu'il n'étoit pas aisé de trouver à Tite-Live un continuateur digne de lui? trop de timidité, en pareil cas, viendroit plutôt d'une ridicule vanité, que d'une sage et louable modestie.

Pour moi, persuadé qu'un auteur ne doit crement consulter ses propres intérêts, lorsqu'il a lieu de se flatter que le fond de son ouvrage, indépendamment de la forme, peut tourner à la gloire de sa nation et au profit des lettres, je me suis volontiers porté à recueillir ce qui regarde une Compagnie à laquelle on doit

presque toute la perfection où la poésie et l'éloquence sont arrivées sous le règne de Louis le Grand.

Que savons-nous, après tout, quelle sera en France la fortune des lettres? On ne sauroit prévoir tous les accidents qui peuvent un jour la menacer. Au moins est-il certain que l'un des plus dangereux seroit le manque de protection.Or, si jamais telle étoit la destinée

que médio

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