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135 Et mettant la céruse & le plâtre en usage,

Composa de la main les fleurs de son visage.
L'ardeur de s'enrichir chafia la bonne foi.
Le Courtisan n'eut plus de sentimens' à foi.

Tout ne fut plus que fard, qu'erreur, que tromperie. 140 On vit par-tout regner la basse Flatterie. ;

Le Parnasse sur-tout fécond en Impofteurs,
Diffama, le papier par ses propos menteurs.
De là vint cet amas d'Ouvrages mercénaires,

Stances, Odes, Sonnets, Épîtres liminaires, 145 Où toûjours le Héros passe pour sans pareil,

Et, fit-il louche & borgne, est réputé Soleil.

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Ne crois pas toutefois, sur ce discours bizarre, Que d'un frivole encens malignement avare,

J'en veuille sans raifon frustrer tout l'Univers. 150 La louange agréable est l'ame des beaux Vers.

Mais je tiens, comme toi, qu'il faut qu'elle soit vraie,
Et
que

son tour adroit n'ait rien qui nous effraye.

la foie &c.) Imitation de Virgile, nage fit pour la Reine de Suede, Eglogue Iỹ. vers 42.

en 1656. vers 171. Nec varios discet mentiri lana co

Le Grand, l'illustre Abel, cet Esprit lores,

Sans pareil, VERS 146. Et , fút- il louche & borgne , eft réputé Soleil.]. Mr. de Plus clair, plus pénétrant que les SERVIEN, Sur - Intendant des Finances, n'avoit qu'un cil; & on

traits du Soleil. ne laifloit pas

de le traiter de Soleil dans les Épîtres dédicatoires, & les autres éloges qu'on lui adressoit. VERS 167. Et dans Senef en fem.) Notre Poëte a eu particulierement La Bataille de Senef en Flandresgaen vûe cet endroit de l'Églogue in- gnée par le Prince de Condé, le 11. titulée : Christine, que l'Åbbé Mé. d'Aout, 1674. contre les Allemands,

Alors, comme j'ai dit, tu la fais écouter,

Et fans crainte à tes yeux on pourroit t'exalter.
155 Mais sans t'aller chercher des vertus dans les nues:

Il faudroit peindre en toi des vérités connues :
Décrire ton Esprit ami de la Raison ;
Ton ardeur pour ton Roi puisée en ta Maison ;

A servir ses desseins ta vigilance heureuse; 160 Ta probité fincere, utile, officieuse.

Tel, qui hait à fe voir peint en de faux portraits,
Sans chagrin voit tracer ses véritables traits.
Condé même, Condé, ce Héros formidable,

Et non moins qu'aux Flamands aux Flatteurs redoutable, 165 Ne s'offenseroit pas, fi quelque adroit pinceau

Traçoit de ses Exploits le fidele Tableau :
Et dans Senef en feu contemplant fa peinture,
Ne désavoúroit pas Malherbe ni Voiture.

Mais malheur au Poëte insipide, odieux,
170 Qui viendroit le glacer d'un éloge ennuyeux.

Il auroit beau crier: Premier Prince du Monde,

les Espagnols, & les Hollandois, Et dont l’Esprit égal en diverse au nombre de plus de soixante

saison, mille hommes commandés par le Prince d'Orange.

Sait triompher de tout, & céde al

la Raison, &c. VERS 171.

Premier Prince du Monde, &c.) Commencement du Poëme de Charlemagne, adressé au

LOUIS LE LABOUR EUR, Prince de Condé.

Trésorier de France, & Bailli du

Duché de Montmorenci, Auteur de Premier Prince du Sang du plus l'édition de 1666. il changea ainsi

ce Poëme, le publia en 1664. Dans grand Roi du Monde ; le second vers : Courage sans pareil, Lumiere fans Prince d'une valeur en victoires feseconde ;

conde,

Courage sans pareil, Lumiere fans seconde:
Ses Vers jettés d'abord, fans tourner le feuillet,
Iroient dans l'antichambre amuser Pacolet.

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La même année 1664. il parut un Prince de Condé. Quand Mr. le
autre Poëme de Charlemagne, par Laboureur eut présenté à ce Prince
Mr. COURTIN, Professeur en fon Poëme de Charlemagne, il en
Rhétorique.

lût quelque chose ; après quoi il

donna le Livre à Pacoler, à qui il Vers dernier Amuser Pacolec.) renvoyoit ordinairement tous les Fameux Valet de pied du Grand Livres qui l'ennuyoient.

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333 P R É F A C E

Sur les trois Epîtres suivantes. J.

e ne sais, fi les trois nouvelles Építres que je donne ici au Public, auront beaucoup d'Approbateurs: mais je fais bien, que mes Censeurs y trouveront abondamment dequoi exercer leur critique. Car tout y est extrêmement hazardé. Dans le premier de ces trois Ouvrages, Sous prétexte de faire le procès à mes derniers Vers, je fais moimême mori éloge, & n'oublié rien de ce qui peut être dit à mon avantage. Dans le second je m'entretiens avec mon Jardinier de choses très-bases & très-petites ; & dans le troisieme je décide hautement du plus grand & du plus important point de la Religion, je veux dire de l'Amour de Dieu. J'ouvre donc un beau champ à ces Censeurs, pour attaquer en moi, & le Poëte orgueilleux, & le Villageois grosier, & le Théologien téméraire. Quelques fortes

pourtant que soient leurs attaques, je doute qu'elles ébranlent la ferme résolution que j'ai prise, il y a long-temps, de ne rien répondre, au moins sur le ton sérieux, à tout ce qu'ils écriront contre moi.

A quoi bon en effet perdre inutilement du papier? i si mes Épîtres sont mauvaises, tout ce que je dirai ne

Si mes Épîtres font mauvaises.] 11 ajoûté dans une autre ÉpigramJOAN. OWEN, Epigr. ad Lecto- me:

1.

Nemo potest versus (nec tanta poNostra patrocinium non pofcunt care

tentia Regum) mina : quare? Si bona sunt, bona funt: fi mala Vel servare malos , vel jugulare

Surii, mala funt,

rem, pag. m. 122.

bonos,

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les fera pas trouver bonnes : & fi elles fone bonnes, tout ce qu'ils feront, ne les fera pas trouver mauvaises. Le Public n'est pas un Juge qu'on puisse corrompre, ni qui se regle par les passions d'autrui. Tout ce bruit, tous ces Écrits qui se fone ordinairement contre des Ouvrages l'on court, ne servent qu'à y faire encore plus courir, & à en mieux marquer le mérite. Il est de l'essence d'un bon Livre d'avoir des Censeurs ; & la plus grande disgrace qui puise arriver à un Écrit qu'on met au jour, ce n'est pas que beaucoup de gens en disent du mal, c'est que personne n'en dife rien.

Je me garderai donc bien de trouver mauvais, qu'on attaque mes trois Épîtres. Ce qu'il y a de certain, c'est que je les ai fort travaillées, & principalement celle de l'Amour de Dieu, que j'ai retouchée plus d'une fois, & j'avoue, que j'ai employé tout le peu que je puis avoir d'esprit & de lumieres. J'avois

J'avois dessein d'abord de la donner toute seule, les deux autres me paroissant trop frivoles, pour être présentées au grand jour de l'impresion avec un Ouvrage si sérieux. Mais des Amis très-fenfés m'ont fait comprendre, que ces deux Építres, quoique dans le style enjoué, étoient pourtant des Épitres morales, il n'étoit rien enseigné que de vertueux: qu’ainsi étant liées avec l'autre, bien loin de lui nuire, elles pourroient même faire une diversité agréable ; & que d'ailleurs beaucoup d'honnêtes gens souhaitant de

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