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quefois chez moi l'un des plus proches parens de cette famille diftinguée; je ne doute pas qu'à ma prière il ne s'empreffe à vous fervir, d'autant plus qu'il étoit camarade de Sainville lorsqu'il montoit à cheval. Quoi! s'écria le prudent Arifte, vous voudriez que je confiaffe une pareille affaire, & les premières propofitions, à la plus mauvaise tête que je connoiffe, à ce Valcourt, que je fuis furpris que vous receviez chez vous? Je m'en fouviens; il eût été l'un de ceux avec lequel j'aurois.exigé de mon neveu de ne fe point lier, fi je n'euffe promptement reconnu qu'il connoiffoit auffi bien que moi fes mœurs & fon caractere, & qu'il fe fentoit une espèce d'antipathie pour lui. Que vous importe répondit froidement cette femme; les fous ne font-ils pas faits pour fervir les fages? Permettez-moi de lui parler je crois avoir pris de l'autorité sur son efprit par les fervices que je lui rends fans ceffe. Son humeur gaie, fon étourderie même amufe affez le chef de cette famille puiffante; Valcourt peut comme de lui-même jeter en l'air quelques propos qui ne pourront vous compromettre; &, felon la façon dont il nous dira qu'ils auront été reçus,

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nous fuivrons ou nous abandonnerons cette affaire...

Quelque prévenu que fit Arifte contre Valcourt, ce que cette femme venoit de lui dire lui parut affez fimple & affez fenfé pour qu'il ne fe refufat pas à le laiffer agir.

Arifte ignoroit l'efpèce d'intérêt qui conduifoit cette femme, & la liaifon intime dans laquelle elle étoit avec un homme qui n'avoit ni moeurs ni principes. Valcourt la trompoit elle-même autant qu'elle méritoit de l'être. Il n'avoit montré de l'attachement pour elle, que fur la réputation qu'elle avoit ufurpée d'une femme dont les principes étoient éclairés & févères, & qui ne recevoit chez elle que des gens dignes de l'eftime publique. Valcourt avoit eu la fatuité de croire avoir féduit une femme d'une réputation intacte. Elle avoit eu la fauffeté de paroître avec lui n'avoir été fubjuguée que par fon mérite fupérieur. Valcourt, fans l'ai mer, croyoit qu'elle pouvoit lui devenir utile pour raccommoder un peu fa réputation, par les intrigues fecrettes qu'il la connoiffoit capable de mener avec adreffe. Ce fut à deux perfonnes de

sobe fe ruine en procès; qu'un financier mérite d'être pendu, qu'une jolie femme fans reffource fe faffe entretenir, & qu'un jeune homme aimable & riche devienne le meilleur ami du mari & le foutien de la maifon ? Les gens légers, préfens à cette converfation, fe mirent à rire la plus grande partie murmura de cette méchanceté; l'homme en place fronça le fourcil, imposa durement filence à Valcourt, & fe retira dans fon cabinet.

Valcourt fe garda bien de rendre compte en entier de la fcène qui s'étoit paffée; il n'en rapporta que ce qui pouvoit feconder fes vues, & redoubler la confiance qu'Arifte & cette femme avoient pour lui. Il fe contenta de dire que le feul nom de Sainville avoit excité l'approbation générale de fes parens, & que le chef de la famille avoit dit hautement qu'il devroit de la reconnoiffance à celui qui lui procureroit un pareil gendre.

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Trois jours à peine s'étoient écoulés depuis cette double fcène, lorfque Sainville, preffé plus que jamais de hâter fon retour par un courrier de fon oncle, partit en pofte & arriva le

même jour à Paris. Dès le matin, il courut embraffer cet oncle qui n'eut pas le temps de lui parler, Sainville, qui craignoit les explications qu'il pouvoit exiger fur fon long féjour à la campagne, les ayant remifes à fon retour, & l'affurant qu'il n'avoit pas un inftant à perdre pour arriver au lever du roi. Sainville y parut en effet; il fut honoré par un mot obligeant de fon maître; & la jeuneffe brillante de la cour, dont Sainville étoit également aimé & eftimé, lui fit un accueil dont it dut être flatté,

Lorfque le roi fut paffé pour aller à la meffe, l'un des officiers généraux que Sainville honoroit le plus, ayant été de fa divifion pendant la dernière campagne, & l'ayant reconnu pour être auffi galant homme que valeureux, ce maréchal de camp, nommé le marquis de Villers, qui fe trouvoit être l'un des parens de l'homme en place, & préfent à la converfation qu'il avoit eue avec Valcourt, ne put s'empêcher de le tirer à part dans l'embrafure d'une fenêtre. Vous connoiffer, mon cher Sainville, lui dit-il, le fond de mon cœur & ma fincérité; permettez-moi de vous

parler comme un homme qui vous eftime, vous aime, & qui defire vivement ferrer de plus en plus les liens qui m'attachent à vous. A ces mots, il lui fit part des fentimens que fon parent avoit montrés pour lui, lorfque Valcourt avoit dit. affez légérement dans la conversation, qu'il regardoit M. le marquis de Sainville comme un des partis les plus fortables pour fa fille. Sainville reçut avec la plus grande reconnoiffance l'ouverture que le marquis de Villers lui faifoit. Ah! dit celui-ci, puifque vous aviez des vues fur ma parente, pourquoi ne m'avez-vous pas choifi pour m'ouvrir votre cœur, plutôt qu'un homme auquel fa conduite & fon peu de décence & de jugement ôtent toute espèce de confidération? Sainville lui protefta que Valcourt eût été le dernier homme qu'il eût employé pour parler de lui s'il avoit eu des projets; il lui jura de même que, s'il avoit ofé prétendre à recevoir la main de fa coufine, c'est à lui qu'il fe feroit adreffé, comme à celui de la famille pour lequel il avoit le plus d'attachement, & qui pouvoit rendre le compte le plus fidèle de fa conduite pendant la der

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