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n'ignoroient pas la démarche indifcrette que Valcourt avoit faite; mais nulle impreffion plus vive ne les ayant troublés, ils fe trouvèrent mutuellement très-aimables, & confervèrent affez de liberté pour fe le faire connoître fans être embarraffés. Sainville même faifit cette occafion de dire à fa nouvelle coufine Clarice, qu'il avoit une grace à lui demander, celle de ménager les bontés de fon père en fa faveur, & d'obtenir ponr le marquis de Villers un moment d'audience le jour qu'il voudroit leur donner pour lui.

Il faut en convenir, le portrait que Valcourt avoit fait de Clarice étoit affez vrai pour qu'elle fe fentît un peu piquée de ce que Sainville ne paroiffoit pas affez ébloui par fes charmes, & qu'il ne marquoit aucun regret. Vous auriez pu, Monfieur, lui dit-elle, apprendre un peu plus tôt l'eftime que mon père a pour vous, & le plaifir qu'il fe fait de vous voir: c'eft un peu tard vous adreffer à moi pour le prévenir de ce que vous avez à lui dire, & j'aurai peu de mérite auprès de vous en me chargeant d'une négociation auffi facile.

Sainville, beaucoup plus occupé de fervir Dorival que de répondre à cette petite agacerie, eut l'air de la reconnoiffance la plus vive. Ses expreffions furent affez animées pour que ceux qui l'écoutoient puffent les prendre pour celles d'un homme paffionné. Cela fuffit à Clarice: elle fe foucioit peu que fon coufin le fût, mais elle étoit jaloufe qu'il parût l'être; elle lui promit de parler le même foir à fon père. Elle lui tint parole; & dès le lendemain matin Sainville reçut un courrier qui lui dit le miniftre l'attendoit : il alla prendre le marquis de Villers, & fe rendit chez lui fur le champ.

que

Le miniftre les reçut avec la plus grande diftinction, & dit beaucoup de chofes flatteufes à Sainville fur fes talens pour la guerre, la guerre, & fur les campagnes brillantes qu'il avoit faites en Italie. Sainville lifant dans fes yeux que fes offres de fervice étoient fincères lui présenta le mémoire qu'il avoit fait en faveur de Dorival, en lui difant, que le marquis de Villers pouvoit attester l'exacte vérité des faits qu'il contenoit. Monfieur, lui dit le miniftre, après avoir lu ce mémoire avec attendriffe

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ment, on ne peut être plus intimement perfuadé que je le fuis de tout ce que je viens de lire. J'aurois dû prévoir la jufte punition du coupable Valcourt, & n'avoir pas la condefcendance pour ses proches de le faire revenir de fon exil. Je plains beaucoup M. Dorival, & fuis fort aife qu'il ait dérobé fa tête à l'arrêt qui la menace; mais, mettez-vous à ma place, Monfieur, puis-je demander au roi la grace d'un homme qui fe trouve maintenant fous le glaive de la justice, convaincu d'un meurtre & d'avoir été l'agreffeur? Je ne peux arrêter à préfent le cours de la procédure, ni retarder fon arrêt; mais le roi peut dans la fuite accorder fa grace, ce qu'il ne pourroit faire à préfent que d'après des faits déshonorans pour la mémoire d'un homme qui tient à toute la France. Laiffez-moi cet écrit, je vais l'apoftiller de ma main; j'efpère m'en fervir avec fuccès dans un temps plus heureux, & rappeler un jour Dorival dans fa patrie.

Le marquis de Villers & Sainville furent obligés de convenir que le miniftre avoit raison, & qu'il ne pouvoit rien faire de plus dans les circonstances

préfentes. Le miniftre finit par combler Sainville de marques d'amitié, le pria de regarder fa maifon comme la fienne, & réitéra la promeffe de faifir le moment d'obtenir la grace de fon ami.

Sainville eut la douleur, peu de jours après, d'apprendre que l'arrêt qui condamnoit Dorival à perdre la tête, avoit été porté tout d'une voix. L'amitié qui les uniffoit étoit trop connue pour qu'il ne prît pas le parti de fe fouftraire pendant quelque temps aux yeux du public. Il partit pour aller paffer quelques mois à son régiment, où le marquis de Villers plaça fes deux enfans, fachant qu'il ne pouvoit les mettre fous les ordres de perfonne qui pût mieux que Sainville les former pour la guerre & pour la fociété. En allant fur la frontière joindre fon régiment, Sainville fe détourna pour aller voir la chère & malheureuse enfant qu'il avoit adoptée; il s'attendrit en l'embraffant, & fentit qu'elle lui devenoit de jour en jour plus chère.

L'attachement que Sainville avoit pour le marquis de Villers, le rendit attentif à la conduite de fes deux fils pendant le temps qu'ils paffèrent au ré

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giment. Il trouva dans tous les deux des fentimens d'honneur, de l'efprit & du zèle pour leur métier; mais il eût bien defiré dans le cadet la même prudence que dans l'aîné. Le chevalier de Villers avoit une très-jolie figure dont il paroiffoit trop occupé ; il étoit léger dans fes propos, recherché dans fa parure, cherchant à plaire à toutes les femmes de fa garnifon, les perfifflant toutes; & Sainville, qui d'ailleurs en étoit très-content, prévoyoit que ces petits défauts ne feroient qu'augmenter Jorfqu'il feroit fur un plus grand théâtre.

Les deux frères repartirent les premiers pour retourner auprès de leur père; & Sainville fut paffer quinze jours dans fon château, quoiqu'il n'y pût être attiré que par le plaifir de voir Zélie. Il la trouva grande, très-embellie, & fut étonné des progrès de fon intelligence. Quoiqu'elle eût la gaîté de fon âge, elle n'en avoit pas la légéreté; il falloit que madame Berrard répondît à toutes fes queftions, qui fouvent n'étoient point celles d'un enfant, & qui faifoient connoître qu'elle commençoit à réfléchir. Sainville jugea que son efprit étoit affez avancé pour commencer

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