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Scalde chantoit déja l'hymne de Mars & de l'Hyménée: fa fille, femblable à Gondula la plus belle des Valkiries (1), tenoit une main de fon amant, qui de l'autre élevoit une hache acérée, lorfque tout-à-coup le cri de combat & de mort le fit entendre à la porte de l'habitation. Hydeltand y fond avec fa fuite, l'épée & le javelot à la main : l'un de fes favoris le devance pour avoir l'honneur de porter les premiers coups. Lejeune époux, fans quitter la main de fon époufe, l'étend d'un coup de hache à fes pieds. Hydeltand, furieux de la perte de fon ami, perce le cœur de 'Iflandois qui ferre la main de fon époufe, la regarde, fourit, & tombe mort. Vainement le refte des guerriers Iflandois portent des coups terribles : ils font maffacrés, La cruelle Hella (2) vole de toutes parts dans cette habitation, qui bientôt eft jonchée de ses victimes. Vainement la fille du vieux Scalde a ramaffé la hache de fon amant, & veut défendre fon père. Hydeltand,

(1) Nymphes du palais Vaxalla, promis par Odin à fes élus.

(2) La mort, en celtique.

frappé légérement par elle, fait une bleffure profonde au vieillard; il la renverfe, la défarme, & le flambeau des furies, plutôt que celui de l'amour, l'embrâfe & lui fait voir qu'il tient dans fes bras la plus belle fille du Nord !....

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O crime! ô férocité que les fiècles futurs auroient peine à croire! O cruel Harald Hydeltand! toi dont je devrois refpecter la mémoire, ne puis-je, ne dois-je donc me la rappeler qu'avec horreur? Ah! reine infortunée, c'est à cet affreux moment que je dois le jour.... Couvert de fang, effrayé de fon affreux forfait, Hydeltand fort de la cabane éperdu, les yeux égarés, & court à fon vaiffeau pour se rembarquer; ses barbares Norvégiens dépouillent l'habitation des préfens de noces, en chantant leur victoire, & élevant le nom d'Hydeltand jufqu'aux cieux. Celle qui devoit me donner le jour, ne revient d'un long évanouiffement que lorfque les barbares font déja loin du rivage. Son premier mouvement eft de vouloir fe donner la mort; mais elle apperçoit fon père dont le fang coule, qui lui tend les bras, & dont la voix mourante l'ap pelle à fon fecours. Un devoir fi cher &

fi facré fufpend fa rage & fa douleur: elle fe traîne près de fon père, arrache fon bandeau nuptial, arrête fon fang, & s'occupe à le rappeler à la vie. Hella s'élève, plane quelques momens fur ces lieux enfanglantés, & les abandonne pour fuivre Hydeltand & porter fes ravages en d'autres contrées.

Le Scalde avoit perdu prefque tout fon fang, & fut près de trois mois entre la vie & la mort. Sa fille, foutenue par l'amour paternel, ne put fe réfoudre à le priver de fes fecours; mais fon défefpoir augmenta, lorfqu'elle s'apperçut de la fuite funefte de l'attentat d'Hydeltand. Donnerai-je le jour, s'écrioitelle quelquefois, au fruit du plus affreux de tous les crimes? Cette exclamation de douleur fut entendue de fon malheureux père pendant une nuit; il frémit d'horreur: mais la religion d'Odin dont il étoit l'un des plus dignes interprètes, lui prefcrivoit de parler avec force à fa fille fur l'inhumanité de punir un malheureux enfant d'un crime qu'elle n'avoit pas partagé. Cet enfant, lui ditil, quoique celui d'un monftre, en a-t-il moins de droits à la vie & à ta tendreffe ?... Qu'Hydeltand privé du Va

xalla & du banquet d'Odin, foit abymé dans les gouffres du pôle, mais laiffemoi la confolation de voir cet enfant repofer fur le fein de ma fille fans tache; conferve-toi pour lui donner ton lait, & pour me fermer les yeux.

Le vieillard continua fon récit, en inftruifant Rigda, de fa naiffance, qui fut fuivie de près de la mort du vieux Scalde, dont les fources de la vie étoient épuisées par le fang qu'il avoit perdu. Ma mère, ajouta-t-il, eût fuccombé lorfqu'elle lui ferma les yeux, fi mes careffes ne l'euffent attendrie fur mon fort. Elle m'éleva comme un enfant abandonné par fes proches, me cacha foigneufement ma naiffance; & lorsque j'eus atteint l'âge de douze ans, elle me plaça dans le collège des Scaldes, pour élever mon ame aux grandes vérités qu'Odin avoit enfeignées, & mon efprit à la poéfie dans laquelle ce dieu du Nord & fon épouse avoient excellé. Je reçus fans peine la haute idée qu'ils me donnèrent d'un Dieu créateur & moteur de l'univers ; & les premiers vers que j'ofai compofer, furent des hymnes d'amour & de reconnoiffance pour cet Être des êtres. Cependant

j'avois peine à me plier aux leçons des Scaldes; un penchant invincible m'entraînoit lorfque j'entendois chanter les grandes actions de Sciold, fils d'Odin, de Frothon le Pacifique, & d'Havar à la main forte. Ce defir d'acquérir de la gloire devint bien plus preffant encore, lorfque des pêcheurs Norvégiens que la tempête avoit obligés de relâcher fur nos côtes, nous apprirent que tout étoit en armes dans le continent boréal, & que le grand Harald Hydeltand convoquoit tous les guerriers de fes vaftes états, pour s'embarquer & le fuivre dans la Grande-Bretagne dont il vouloit achever la conquête. Mon cœur, ému par leur récit, ne me permit pas de balancer. Je m'échappai de la maifon des Scaldes; je volai vers l'habitation de ma mère, que je trouvai pleurant fur le tombeau de fon père. Donne-moi des armes, mère adorée, m'écriai-je, en me jetant entre fes bras. Quel ufage en veux-tu faire, me ditelle en frémiffant ? Combattre, lui répondis-je; obéir à la voix d'Odin, qui crie en mon cœur que je fuis né pour me fignaler fous les drapeaux de mon fouverain, Eh! quel est donc celui que

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