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fur les bords de la Seine, de la
Marne & de la Loire, adoucit un
peu lá férocité de leur caractère.
Ils ceffèrent bientôt de boire l'hy-
dromel & la bière dans le crâne
de leurs ennemis. Une coupe pleine
de vin d'A
ou de Pomard, pré-
fentée par une jeune & jolie Gau-
loife, fit tomber la hache de leur
main; & les délices de la France,
ainfi qu'une religion nouvelle qui
leur prescrivoit l'humanité, chan-
gèrent dans leurs mœurs ce qu'el-
les avoient de trop barbare. Mais
rien ne put détruire le fond des
principes qu'ils avoient apportés
de leur pays, & le caractère al-
tier qui leur conferva leur fupério-
rité dans les armes. Ils restèrent
toujours implacables contre les
ennemis qui les avoient offenfés ;
leurs différends continuèrent à fe
terminer dans Paris, comme dans
Odenfée, par le fort des armes.

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Ils firent plier à cette coutume chérie, jusqu'à la religion qu'ils avoient embraffée. Les combats feul à feul continuèrent à s'appeler le jugement de Dieu, & les juges du camp s'y conformoient aux anciennes lois que Frothon avoit établies dans le Nord. Les grandes églifes, les grands monaftères furent même forcés, pour les feigneuries qu'ils poffédoient, à tenir des lices ouvertes à ces espèces de combats. La loi cruelle & illufoire des épreuves fubfifta toujours : l'honneur, ce sentiment fi pur, fi facré, ce mot qui retentit fans ceffe dans le coeur d'un vrai François, fut fouvent profané par les fauffes interprétations qu'on lui donna; l'efprit d'Odin fembla long-temps planer fur les descendans de fes difciples, & paroît même y planer encore quelquefois.

L'émigration de la Scythie du temps d'Odin, la néceffité de n'avoir pour fujets que des combattans, qui regardoient la mort comme un premier moment de félicité; des chefs qui, frappés à mort, rioient en rendant le dernier foupir; les prestiges, l'ignorance, les idées extravagantes que les peuples du nord s'étoient faites des dieux & des démons, & qui bientôt fe communiquèrent aux Scythes, le merveilleux étant toujours reçu par une multitude avide de tout ce qui lui paroît furnaturel; la mythologie de l'Edda & de la Volufpa, qui faifoit plus d'impreffion que la morale du difcours fublime; les lettres Runiques, dont l'habile Odin fut obligé d'exagérer le pouvoir pour fe prêter à la folle croyance des habitans du nord, & leur faire craindre la fupériorité que ces lettrès

magiques lui donnoient fur leurs enchantemens voilà quelle eft en grande partie l'origine des premiers Romans Européens; & les émigrations des Scythes jufqu'aux extrémités de l'Afie, ont été bien vraisemblablement auffi l'origine des contes & des fables orientales. Mais tout ce que je viens de dire ne fuffiroit pas pour donner une idée jufte de l'origine des Romans, dont l'amour est presque toujours le mobile, & qui feul peut y porter les charmes & l'intérêt qui nous attache & nous les fait aimer, fi je ne peignois auffi le fond des mœurs des Scythes dans le nord, & fi je ne parlois pas de la façon dont ils vivoient avec un fexe qui, fans égaler fa force, partageoit fon caractère altier & fon courage. Le plus grand refpect, l'amour le plus fidèle & le plus foumis, enchaî

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noient le Scythe du nord aux pieds de l'objet aimé. Les poéfies Danoifes, les poéfies Iflandoifes, celles des Scaldes, refpirent le pur amour mais ce n'étoit point un amour efféminé ni coupable; la fière habitante du nord en eût été révoltée, & l'eût méprisé : l'amant qui defiroit plaire, devoit être le plus courageux & le plus irréprochable des guerriers.

Le feul préfent qui fût digne de paroître aux pieds d'une maîtreffe adorée, c'étoit les dépouilles fanglantes d'un monftre des forêts, ou d'un ennemi terraffé. Si dans leurs chanfons ces héros du nord fe plaignoient de la cruauté de leur maîtreffe, s'ils effayoient de la rendre plus fenfible, ce n'étoit point fes charmes qu'ils célébroient ; ce n'étoit point de leur amour, de leurs defirs qu'ils ofoient parler; ils n'élevoient leurs voix

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