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PIER

Obiit magnus ille Doctor XI. Cal. RE ABE'- Maii, M. C. XLII. anno fuo cli

LARD.

materico. Heloïffa verò XVI. Cal. Jun. an. M. C. LXIII. Creditur enim XX. annis & amplius marito Supervixiffe. [a]

La pieuse & conftante Heloife n'épargna rien pour rendre les derniers devoirs à fon cher Abélard. Elle employa tout pour en affurer le falut elle eut même recours à l'Abbé de Cluni, & lui demanda une Abfolution authentique dont je donne la copie. On jugera de la valeur de cette Piece: elle eft conçûë en ces termes.

Ego Petrus Cluniacenfis, Abbas qui Petrum Abaelardum in Monachum Cluniacenfem recepi, & corpus ejus furtim delatum Heloïflæ Abbati & Monialibus Paracleti conceffi authoritate Omnipotentis Dei & omnium Sanctorum, abfolvo eum pre officio ab omnibus peccatis fuis.

Cette abfolution étoit une devotion de ce temps-là. L'écrit étoit figné & fcellé, on l'attachoit au

(a) M. Gervaise veut qu'elle foit morte en 1164. à 63. ans le 17. Mai.

tombeau du défunt, & l'on regar. PIERdoit cela comme fuffrage de confe- RE ABE'quence pour ce monde-ci & pour LARD. Pautre. [a]

M. Gervaise donne à fon Heros tous les éloges imaginables. Il étoit Grammairien, Orateur, Poëte, ́Muficien, Philofophe, Théologien, Mathematicien, Aftrono. me, Jurifconfulte, jouoit des Inftrumens, fçavoit cinq ou fix Langues, & n'ignoroit rien de l'Hiftoire facrée & profane. » Quel eft » le fiecle [ s'écrie ce Panegyrifte] qui a produit un homme qui » fçût tant de chofes & oferoitfe » on promettre d'en trouver un » dans la fuite des temps dont la science foit d'une étenduë fi pro

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[a] Olearius p.154. du Voyage de Mofcve, édi 1656. donne la copie d'un Paffeport pour l'autre monde,que le Confeffeur accorde à fon Pénitent en Mofcovie. Je fouffigné Evêque & Prêtre.... certifie par ces Prefentes que N. Porteur defdites Lettres, s'eft confeffé & a reçu l'abfolution &c.En témoin de quoi Nous lui avons expedié le prefent Certificat, afin que S. Pierre en le voyant lui ouvre la porte à la vie éternelle.

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EARD..

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PIER-» digieufe? Ces termes paroiffent RE ABE'- Outrez & hyperboliques à beaucoup de perfonnes. Jamais Oraifon funebre n'a pouffé les chofes fi loin, & n'a moins ménagé les termes. Pour moi, fans entrer dans la difcuffion de tous ces titres fpé-cicux qu'on applique à Abelard je crois qu'il n'a jamais été Jurifconfulte, quoique François d'Amboife & après beaucoup d'autres M. de la Monnoye foient de ce fentiment. Bayle [a] détruit toutes leurs conjectures en montrant par Pauthorité de Pierre Crinitus quec'eft fean Balard, & non pas Pier. re Abélard qui a parlé de la Loi quinque pedum.[b]D'ailleurs l'étudedes loix Romaines ne faifoit que de naître du temps d'Abélard. Irnerius [c] eft le premier qui les pro

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[a] Bayle Dict. Crit. art. ABELARD,

note Y.

[b] Cod. lib. 3. tit. 39, Finium Re-gundor. I. s.

[c] Jean Fichard p. 126. vita Jurif-confult. fait mourir Irnerius vers 1190. D'autres mettent fa mort à Boulogne en ́ 1150. Cafimir Oudin t. 2. Commentar: he Scriptor. Eccles, Col. 878. prouve par

feffa & qui tacha de donner du PIER goût pour elles. On ne cherchoit RE ABE'pas encore à éclaircir en France la LARD. loi qu'on prétend qu'Abélard a expliquée. De quel ufage pouvoitelle être? Elle avoit été faite pour décider un point qui regardoit une ancienne loi des douze Tables. Cela ne nous convenoit pas, & l'ordre veut qu'on commence par les loix les plus utiles, on peut enfuite s'exercer fur celles qui le font

moins.

Bien des perfonnes prétendent que les femmes font les arbitres de: la réputation, & que c'est à ellesà la diftribuer. Cela eft vrai dans plufieurs circonstances, & je fuis l'autorité de laChronique d'Usberg écrite vers 1215. qu'Irnerius eft mort vers l'an 1140. Henri Brenchmanni Jurifconfulte & Académicien de Florence, a prouvé. fans replique que ce ne fut qu'en 1135-dans le pillage d'Amalphi par Lotaire: & par les habitans de Pife, que ceux-ci emporterent les Pandectes. V. la Differ-tation Latine de cet Auteur, de Republica Amalphitana p. 65. édit. in 48. 1722.à la fin de fon Hiftoria Pandectarum &c. p.-31. de cette Hiftoire. V. Herman Coring. De origine Juris Germ ani, c. 255.

PIER- perfuadé que quelque merite qu'ARE ABE'- bélard ait eû du côté de l'efprit & LARD. du côté de la science, on parleroit moins de lui fans l'intrigue galante qu'il a eûë avec la belle & fçavante Heloife. La beauté finguliere de cette fille, l'étendue de fon genie, fa connoiffance de l'Hebreu, du Grec & du Latin, fa pénetration dans les fecrets les plus fublimes de l'Ecriture & de la Théologie, la haute Nobleffe des Montmorenci dont on prétend qu'elle tiroit fon origine. [a] Tout cela donnoit avec raifon du relief à un homme pour qui elle s'étoit déclarée. Eftce là une petite reffource pour la renommée ? Il eft fûr en un mot qu'on auroit moins parlé d'Abélard fi fon Hiftoire n'étoit pas étroitement liée avec celle d'He

[a] V. Prafat. Apologet. Amboefii pro Abaelardo. Il eft vrai que d'Amboise n'a employé aucun titre pour prouver cette Généalogie, & que du Chefne dans fon Hiftoire de la Maifon de Montmorenci n'en fait aucune mention. Ce qui fuffit pour montrer que cette Nobleffe d'Heleife ne fert qu'à embelir l'Hiftoire galante d'Abélard.

loïfe.

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