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sembloit que la réunion du peuple avec les Patriciens fûc fincere & durable. Mais le feu de la divi. sion caché au fond des coeurs, ne tarda gueres à se rallumer. Une

Orofius 1.2 famine qui survint l'année suivante , sous le Consulat de T. Gega- An de Rod nius, & de P. Minucius , feryit de me 261, prétexte aux Tribuns pour se déchaîner de nouveau contre les Grands & le Sénat. Sp. Icilius é

D.H.I. 73 toit cette année le premier des Tribuns ; & Brutus & Sicinius pour demeurer toûjours à la tête des affaires, étoient passez du Tribunat à la Charge d'Ediles. Ces séditieux dont le credit ne fubfiftoit que par la mes-intelligence qu'ils entretenoient entre les deux Ordres de la République, publioient avec malignité que les Patriciens ayant leurs greniers remplis de grains, avoient procuré, la disette publique,

, pour se dédommager par le prix excessif qu'ils les vendroient, de l'abolition des dettes; que c'étoit une nouvelle forte d'ufure inventée par ces tyrans pour avoir à vil prix le peu de terres qui restoient aux pauvres Plébéïens.

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Cependant ces Tribuns ne pouvoient ignorer que c'étoit le peuple même, & la désertion sur le Mont Sacré dans la saison qu'on feme les bleds, qui avoient causé cette disette, parce que dans ce désordre general où la plupart des mécontens fongeoient à s'établir ailleurs, les terres étoient demeurées incultes & sans être enfemencées. Mais ces artisans de discorde ne cherchoient que des prétextes. Ils sçavoient bien que

les moins yrai - semblables étoient toûjours des raisons solides pour une populace qui manquoit de pain, & ils ne décrioient le gouvernement que pour s'en rendre les maîtres , ou du moins pour le

changer suivant leurs intérêts. D. H. 1. 7.

Le Sénat n'opposoit à ces inP. 417. vectives

que

des soins constans & genereux, & une application continuelle à pourvoir aux necessitez du peuple. Il faisoit acheter du bled de tous côtez; & parce que les peuples voisins de Rome & jaloux de son agrandissement, refufoient d'en fournir, on fut obligé d'en envoyer chercher jusqu'en

Sicile

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Sicile. P. Valerius fils du fameux
Publicola, & L. Geganius frere du
Consul furent chargez de cette
commission.

Cependant comme les Tribuns continuoient à répandre des bruits désavantageux à la conduite du Sénat pour câcher de soulever le peuple, les Consuls convoquerent une Assemblée du peuple pour le détromper, & pour lui faire voir par les soins qu'on avoir pris de la subsistance,

l'injustice & la malignité de ses Tribuns. Ceux-cileur disputerent la parole ; & comme dans cette concurrence les uns & les autres parloient en même temps , aucun n'étoit entendu.On réprésenta en vain aux Tribuns qu'ils n'avoient aucun pouvoir de traiter directement avec le peuple, & que leurs fonctions se bornoient au seul droit d'opposition, quand même on auroit fait au peuple quelque proposition contraire à ses interêts. Ceux-ci renvoyoient les Consuls à l'Assemblée du Senat, comme au seul endroit où ils pouvoient présider; mais ils foutenoient avec opiniâtreté , qu'il Tome I.

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leur appartenoic par préference Id. P. 420.

aux autres Magiftrats, de prendre la parole dans les Assemblées du peuple.

Ces prétentions reciproques augmenterenc le cumulte : la dispute s'échauffoit insensiblement, & les plus emportez de chaque parti étoient prêts d'en venir aux mains, lorsque Brutus qui n'étoit cette année qu'Edile, comme nous l'avons dit , crut à la faveur de ce desordre'pouvoir étendre

l'autorité des Tribuns; & s'adressant aux deux Consuls, il leur promit d'appaiser la sédition s'ils vouloient bien lui permettre de parler en public.

Les Confuls qui trouvoient dans cette permission que leur demandoit un Plébéïen en présence de fes Tribuns, une nouvelle preuve du droit qu'ils avoient de présider à toute assemblée du peuple Romain, consentirent qu'il pûr dire librement son avis , ne dourant pas que comme il sçavoit que fous le nom d'assemblée du peuple, on comprenoit également les Sénateurs & les Chevaliers aufli bien

que les Plébéiens, il ne portât les Tribuns à fe défifter de leurs prétentions, Mais Brutus avoit une vûë bien differente, & au lieu d'adresser la parole au peuple ou aux Tribuns, il se courna vers le Consul Geganius qui avoit été un des Commissaires que le Sénat avoir envoyez sur le Mont Sacré. „Vous souvenez-vous,

lui dit-il, que se dans le temps que nous travail- « lions de concert à la réünion des deux Ordres de la République, aucun Patricien n'interrom-ce pit ceux qui étoient chargez des e intérêts du peuple, & qu'on en « convint même exprès, afin que ce chaque parti pût exposer ses rai-ss fons avec plus d'ordre & de tran- « quillité ? Je m'en souviens fort bien, répondit Geganius. Pour-c quoi donc, continua Brutus, in- cc terrompez-vous aujourd'hui nos os Tribuns, dont la personne est os facrée, & revêtue d'une Magistrature publique ? Nous les in- c terrompons avec justice, repar- se tic Geganius, parce qu'ayant ce convoqué nous-même l'Ariem- . blée, suivant le privilege de no.«

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