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tes ou Ordonnances du peuple ; n'avoient force de Loi qu'autant qu'elles étoient autorisées par un Sénatus-Consulte , Valerius publia une Loi toute contraire , qui permettoit de porter devant les Affemblées du Peuple, l'appel du jugement des Confuls. Par cette nouvelle Loi il étendit les droits du peuple ; & la puissance Consulaire fe trouva affoiblie dès son origine.

Il ordonna en même temps qu'on séparât les haches des faisceaux que les Li&eurs portoienc devant les Consuls, comme pour entendre que ces Magistrats n'avoient

point le droit de glaive, fymbole Plut. in de la souveraine puissance : & Poplic, dans une Assemblée du Peuple,

la multitude apperçut avec plaisir, qu'il avoit fait baisser les faisceaux de ses Liceurs, comme un hom; mage tacite qu'il rendoit à la fouveraineté du Peuple Romain.Pour éloigner le soupçon qu'il fûc capable d'affecter la tyrannie, il fit publier une autre Loi qui permettoit de tuer sans aucune formalité précédente, celui qui aspireroit à

se rendre maitre de la liberté de
ses concitoyens. Il étoit porté par
cette Loi, que l'Alfaffin feroit dé-
claré absous de ce meurtre , pour-
vû qu'il apportât des preuves des
mauvais desseins de celui qu'il
auroir tué. Ce fut par le même
principe de modération, qu'il ne
voulut point être chargé du dé-
pôt de l'argent public qui se levoit
pour fournir aux frais de la guerre;
on le porta dans le temple de Sa-
turne, & le Peuple par son con- Publiu Ve
seil élut deux Sénateurs qu'on ap- curius, Mi-
pella depuis Questeurs, qui furent nurius Mar
chargez des deniers publics. Il

Ulpian.
déclara ensuite Lucretius pere de digeft, l. I.
Lucrece, fon Collegue au Consu- tit. 13.
lat ; & il lui céda même , à cause Tacit. 1, 11,
qu'il étoit plus âgé, l'honneur de
faire porter devant lui les fail-
ceaux de verges, & toutes les mar-
ques de la souveraine puissance.

Uneconduite si pleine de modétation , & des Loix fi favorables au peuple, firent donner à un Patricien le nom de Publicola , ou de Populaire ; & ce fut moins pour mériter ce titre, que pour attacher plus étroitement le peuple à la

cus.

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me 245.

défense de la liberté publique,qu'il relâcha de son autorité par ces différens reglemens.

Le Sénat animé du même esprit, & qui comprenoit de quelle consequence il lui étoit d'interesser le peuple à la conservation de la République, eut grand soin de fa sub

fistance pendant la guerre & le An. de Ro. siege de Rome. Il enyoya en dif

ferens endroits de la Campanie, & jusqu'à Cumes, chercher du bled qu'on distribua au peuple à vil prix, de peur que s'il manquoit de pain, il ne fût tenté d'en acheter aux dépens de la liberté commune, & qu'il n'ouvrît les portes de Rome à Tarquin.

Le Sénat voulut même que le peuple ne payât aucun impôt pendant la guerre. Ces fages Sénateurs se taxerent eux-mêmes plus haụt que les autres, & il sortit de cette illustre Compagnie , cette maxime fi genereuse & li pleine d'équité, » Que le peuple payoit » un assez grand tribut à la Répu

blique, en élevant des enfar 3 qui pussent un jour la défendre Mais une si juste condescendan.

ce pour les besoins du peuple, ne dura qu'autant que durerent le Gege de Rome, & la crainte des armes de Tarquin. A peine la fortune de la République parut-elle affermie par

la levée de ce siege, qu'on vit éclater l'ambition des Patriciens : & le Sénat fit bien-tôt sentir qu'en substituant deux Consuls tirez de son corps, en la place du Prince, le peuple n'avoit fais que changer de maîtres, & que c'étoit toûjours la même autorité, quoi que fous des noms différens. La Royauté étoit à la vérité abolie, mais l'esprit de la Royauté n'étoit pas éteint ; il étoit passé parmi les Patriciens. Le Sénat dé. livré de la puissance Royale qui le tenoit en respect , voulut réünir dans son corps toute l'autorité du Gouvernement. Il possedoit dans les dignitez civiles & militaires attachées à cet Ordre, la puissance, & même les richesses qui en sont une suite : & le premier objet de fa politique fut de tenir toûjours le peuple dans l'abaissement & dans l'indigence. Ce peuple dont les suffrages és

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toient recherchez l ambitieuses ment dans les élections & dans les assemblées públiques, tomboio dans le mépris hors des Comices. La multitude en corps éroit ménagée avec de grands égards, mais le Plébeïen particulier étoit peu confideré; aucun n'étoit admis dans l'ailiance des Patriciens. La pauvreté réduisit bien-tôt le peuple à des emprunts qui le jetterent dans une dépendance serviledes riches; ensuite vint l'usure, reméde encore plus cruel que le mal ; enfin la naissance , les dignitez & les richesses mirent une trop grande inégalité parmi les citoyens d'une même République.

Les vûës de ces deux Ordres de vinrent bien-tôt opposées. LesPatriciens pleins de valeur, accou.. tumez au commandement, vouloient toujours faire la guerre, & ils ne cherchoient qu'à étendre la puissance de la République au dehors; mais le peuple vouloit Rome libre au dedans , & il se plaignoit que pendant qu'il expoloit sa vie pour subjuguer les peuples yoilins, il tomboit fouvent lui,

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