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fon béricagepour en acquiter une partie. Mais

que

le creancier impitoyable n'étant pas encore entierement payé, l'avoit fait trainer en prison avec deux de ses enfans; que pour l'obliger à accélérer le payement de ce qui reftoit dû, il l'avoit livré à fes ef. D. H, 1.6, elaves, qui par son ordre lui avoient déchiré le corps : en même temps il se découvrit & montra fon dos encore tout sanglant des coups de fouer qu'il avoit reçus.

Le Peuple déja en mouvement, & touché d'un traitement li barbare, poussa mille cris d'indignation contre les Pacriciens. Ce bruit fe répandit en un instant dans toute la ville, & on äccouruc de tous côtez dans la place. Ceux qu’un pareil fort retenoit dans les chaines de leurs créanciers, écha. pent; il se trouve bien-tôt des chefs & des partisans de la sédition. On ne reconnoit plus l'autorité des Magiftraes ; & les Confuls qui étoient accourus pour arrêter ce désordre par leur présenee, encourez du peuple en fureur,

ne trouvent plus ni respect ni obéissance dans le citoyen.

Appius odieux à la multitude, alloit être insulté, s'il n'eût écha

la faveur du tumulte. Servi. lius, quoi que plus agréable au peuple, se vit réduit à quitter sa Tobe Consulaire ; & sans aucune marque de la dignité il se jette dans la foule, caresse, embrasse les plus mutins, & les conjure les larmes aux yeux, d'appaifer ce défordre. Il s'engage d'assembler incessamment le Sénar, & il leur promer d'y prendre les intérêts du peuple avec autant de zéle & d'affection que pourroit faire un Plébéien ; & pour preuves de la promesse, il fait publier par un Héraut défense d'arrêter pour dettes aucun citoyen, jusqu'à ce que le Sénat

у eût pourvû par un nouYeau Reglement.

Le Peuple sur sa parole se sépara, le Sénat s'assembla aussi-tôt. Servilius exposa la disposicion des esprits, & la néceslité dans une pareille conjoncture , de relâchec quelque chose de la séyérité des Loix. Appius au contraire toujours invariable dans ses premiers sentimens , s'y opposa constamment. La diversité d'avis fic naitre de l'aigreur entre eux : Appius qui ne pouvoit s'empêcher de joindre à l'utilité de ses confeils l'austerité de son caractére & la dureté de ses manieres, traite publiquement son Collegue de flateur & d'esclave du peuple. Servilius de son côté lui reproche sa fierté, son orgueil, & l'animofité qu'il faisoit paroître contre les Plébéiens. Le Sénat se partage entre ces deux grands hommes; chacun prend parti suivant fa dispoligion ou ses intérêts. La différence des avis & l'opposition des sentimens excitent de grands crisdans l'Assemblée. Pendant ce tumulte, arrivent à toute bride des Cavaliers qui rapportent qu'une armée de Volsques marchoit droit à Rome.

Cette nouvelle fut reçûë bien différemment par le Sénat & par le Peuple. Les Sénateurs leurs Cliens, & les plus riches d'entre le peuple prirent les armes. Mais ceux qui étoient chargez de dettes, montrant leurs chaînes, dea mandoient avec un souris amer, si de pareils ornemens méritoient qu'ils exposassent leurs vies pour les conserver:& tous ces Plébeiens refuserent opiniâtrément de donner leurs noms pour se faire enrôler.

La Ville étoit dans cette agitarion qui précede ordinairement les plus grandes révolutions; les Consuls divisez ; le peuple désobéïlfant à ses Magistrats, & les Volfques aux portes de Rome. Le Sér nat qui craignoit presqu'également le citoyen & l'ennemi, engagea Appius à se charger de la défense de la Ville , dans la vûë que le peuple suivroit plus volontiers fon Collegue en campagne, Servilius étant destiné

pour s'opposer aux ennemis , conjure le peuple de ne le pas abandonner dans cette expédition; & pour l'obliger à prendre les armes, il fait publier une nouvelle défense de Tetenir en prison aucun Citoyen Romain qui voudroit le suivre en campagne, ni d'arrêter ses enfans . ou de saisir son bien:& par le même Edit il s'engage au nom du Sénatz de donner au peuple à son retour toute satisfaction au sujet des dettes.

Cette Déclaration n'eut pas été plûtôt publiée , que le peuple courut en foule se faire enrôler, les uns par affection pour le Conful qu'ils sçavoient leur être favorable, & les autres pour ne pas refter dans Rome sous le gouvernement sévére & impérieux d’Appius Mais de tous les Plébéïens. il n'y en eut point qui se fissent enrôler plus volontairement ,ni qui montrassent plus de courage con: tre l'ennemi, que ceux même qui avoient eu le plus de part au dernier tumulte. Les Voliques furent défaiçs, & le Consul pour récompenser le Soldat de la valeur qu'il avoit fait paroître, lui abandonna le pillage du camp ennemi dont il s'étoit rendu maître , fans en rien réserver, suivant l'usage , pour le Trésor public.

Le peuple à son retour le reçut

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