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fes, fi j'ose ainsi m'exprimer, qui Liv.IV. paffent de l'Empire des Indes 1739. dans celui de Perfe, eft un événement tout-à-fait indifférent au refte du monde. Voici le fondement de la queftion qui en fera, je crois réfolution.

en même tems la

Il y a long-tems que l'on dit, que l'Indoftan eft l'abîme de tous les tréfors de l'Uni vers: tout l'or & tout l'argent que fournit l'Amérique, après avoir circulé quelque tems en Europe, vient aboutir dans le Mogol pour n'en plus fortir. Les Indiens peuvent fe paffer aifément de toutes les productions du refte de la terre : le fol de leur pays produit abondamment en ris, en blé, en fruits tout ce qui eft nécessaire à la vie; l'induftrie des habitans fuffit pour fournir à toutes les commodités & à la plus grande opulence : joignez-y encore ces riches dons

de la nature, ces Mines intarif-
fables de diamans & de pierre. Liv.IV.
ries, ces productions immenfes 1739.
de foye, de coton, d'indigo, &
vous trouverez que les Indiens
befoin du fecours des

ont peu
autres Nations; au lieu

que l'on vient aux Indes de toutes les Nations du monde, pour y chercher ce qui leur manque. Il s'enfuit de-là que l'argent de l'Univers trouve mille voyes pour entrer dans l'Indoftan, & n'a prefque aucune iffue pour en fortir; d'autant mieux que les denrées & marchandises que l'on y apporte des pays étrangers ne fe payent jamais qu'en échange de celles du pays, & celles-ci au contraire dont il fe fait infiniment plus de consommation, ne s'acquierent qu'avec de l'argent. Or cet argent que devient-il? Les Empe reurs Mogols par je ne fçais quel le politique qui ne s'accorde O olj

Liv.IV. guéres avec leurs véritables intérêts, ont foin d'attirer à euxtout l'argent que produit le commerce des Indes

1739.

, pour l'amonçeler & l'enfouir dans de vastes fouterrains dont peu de gens ont connoiffance, & d'où ils ne le tirent, prefque jamais que dans Les néceffités les plus urgentes; & encore préferent-ils alors d'accabler les peuples d'impôts, plûtôt que de faire voir le jour à leurs tréfors. A leur exemple les Grands font le même ufage des richeffes qu'ils ne confomment point; les Peuples eux-mêmes confient au fein de la terre l'argent qu'ils ont pû amaffer; à quoi ils font portés par une créance fuperftitieufe, s'imaginant qu'après la mort leurs ames repassent dans d'autres corps, & qu'alors ils trouveront au tems de leur indigence une ressource dans les richeffes qu'ils auront cachées,

Voilà donc à quoi aboutiffent toutes les peines, que l'on prend l'on prend Liv.IV de tirer l'or & l'argent du fein de 1739la terre en Amérique, pour l'y faire retourner en Asie.

Cela fuppofé, fi de fiécle en fiécle, ou peut-être plus fouvent, on pouvoit exiger des Mogols des contributions pareilles à celles que Thamas Kouli-Kan en a tirées, on ne leur feroit pas grand tort puifqu'il y a fi peu de différence entre ne point ufer de fes richeffes & n'en point avoir : & il en reviendroit un très-grand bien au refte du monde où la circulation de l'argent a lieu, s'il eft vrai pourtant que les grandes richesses foient un bien.

Une autre queftion à faire fur cette énorme quantité de richeffes que l'on fait emporter des Indes à Schah Nadir, eft-elle poffible? Eft-elle croyable? Pour y répondre continuons de copier la

relation des Miffionnaires. » Ce

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Liv.IV.» la paroîtra, dit-on, incroyable 1739. » aux Européans qui n'ont qu'une connoiffance fuperficielle de l'Empire Mogol, mais ceux qui » y ont vêcu long-tems ou qui y » ont voyagé, particulierement fur la côte de la pêcherie & » dans le Royaume de Golconde, fçavent quelle quantité de perles & de diamans on tranfporte chaque année à la Cour. On peut juger des richeffes de >> cet Empire par le tribut annuel » que la Province de Bengale qui n'eft pas des plus grandes » de l'Empire, envoye tous les ans à l'Empereur. Ce font qua» tre cens boeufs chargés de roupies d'or & d'argent: or il y a trente-deux Provinces dans cet Empire, dont quelques-unes » font auffi étendues la Fran

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La grandeur & la puissance de

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