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Pun & l'autre doivent éprouver dans les secours réciproques que les talens peuvent se commuRiquer ! Un tel commerce, dont l'amitié fait la base, n'est troublé par aucune rivalité, &

pro• duit de grands effets, dans deux artistes surtour qui ne professent pas le même état. · Durant son séjour à Rome, Sarazin interrompit fréquemment les ouvrages, pour étudier ceux de Michel-Ange qu'il se faisoit gloire d'appeler' son maître. Il ne l'a cependant jamais imité, & leur manière n'offre aucune espèce de rapport. Après un séjour de dix-huie ans à Rome; il eut envie de revenir à Paris, & s'arrêra à Flos rênce. L'Académie de deslin de cette ville l'invita de prendte séance dans ses assemblées, 88 le grand duc lui fit présent d'une chaine d'or qai portoit la médaille. Il séjourna quelque temps à Lyon , fculpta pour la Chartreuse de cette ville un S. Jean-Baptiste & un S. Bruno, & ne revint à Paris que vers 1628.

Arrivé en cette capitale , il débuta par les quatre anges de ftuc , placés au maître autel de S. Nicolas-des-Champs, ouvrage qui a été le germe de fa réputation. On y admiré une belle compofition, beaucoup de fineffe & d'élégance: Dès que ces figures eurent été pofées, le cardinal de Richelieu & plusieurs grands seigneurs occupèrent le ciseau de Sarazin.

En 1630, le maréchal d'Effiat l'employa aux Sculprures de son château de Chilly. Sarazin y connut Vouet , regardé alors comme le meilleur peintre; ce maître qui travailloit dans ce château, conçut pour lui la plus grande estime, & lui donna une de ses nièces en mariage. Sarazin s'avouoit disciple de Vouer, il avoit adopté fa manière , & quoiqu'il l'ait épurée & rectifiée, on reconnoît toujours dans fes productions que c'est elle qui l'a formé, & qu'il lui doit ce qu'il a été.

Guillaume des Noyers, secrétaire d'état, l'occupa à son retour aux modèles des figures qui ornent le grand pavillon du Louvre du côté de la cour : ce sont huit (2) Cariatides grouppées qui, quoique colossales, sont néanmoins aufli {veltes que légères. Louis XIII en fut si satisfait, qu'il donna à l'auteur une pension avec un loge ment aux galeries du Louvre.

La reine Anne d'Autriche lui procura bientôt après une belle occalion, de se signaler. Enceinte de son premier enfant, qui fuț depuis Louis XIV,

(2) Elles ont été sculptées par Guerin & Buyster.

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elle fit veu de donner à Notre-Dame de Lorette un enfant d'or du même poids que celui qu'elle portoit dans son sein, au cas que ce fût un prince. L'événement fur tel qu'elle le souhaitoit , & pour s'acquitter de ce veu, Sarazin eut ordre de jeter en fonte un ange d'argent de trois pieds & demi de haut , lequel présente à la sainte Vierge un enfant représentant le dauphin, qui fut mis dans une balance, & pesa douze marcs, ou fix livres d'or.

Par ordre de la même princesse , il exécuta le portrait en buste du roi son fils dans son enfance, & il fut jeté en bronze. Elle lui fit de plus modeler, en 1643 , les deux anges qui portent lecæur de Louis XIII. Ils sont placés dans l'église de S. Louis, rue Saint Antoine , sous le cintre d'une arcade du sanctuaire. L'art avec lequel le Sculpteur a caché les barres de fer qui les soutiennent, rend leur composicion fi ingénieuse, qu'ils paroissent suspendus en l'air. On remarque la légèreté de leurs proportions, & la belle disposition des plis de leurs draperies. Ces anges, jetés en argent, ont nécessairement perdu quelque chose

par

la fonte : ils sont néanmoins supérieurs aux bas-reliefs qui ornent les jambages intérieurs de l'arcade.

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Le tombeau en marbre du cardinal de Bérule se voit aux Carmelites , rue saint Jacques. La

figure du prélat est à genoux, dans une attitude pleine de confiance en la bonté divine. Sa tête & ses mains sont touchées de chair , & le travail varié des draperies exprime parfaitement la différence des étoffes. Les bas-reliefs du piédestal représentent le facrifice de Noé au sortir de l'arche, celui de la mesle, & les armes du prélat soutenues par deux Renommées. Le travail de cet ouvrage est légèr , & le plus grand éloge qu'on puisse en faire, c'est qu'il ne fent point du tout le marbre.

En 1640, Sarazin exécuta le grouppe de deux enfans & d'une chevre , placé à Marly; un des enfans eft aflis , & donne à manger des raisins à la chevre, l'autre à cheval sur cet animal accroupi, eft couronné de pampres, & tient une tasse. Ces deux figures sont la chair même, un peu maniérées, & ont beaucoup du goût des enfans qu'a peints Vouer. Le Sculpteur a été causli heureux à représenter la chevre, dont le poil n'a pas été manié avec moins de vérité

que de légèreté.

Ce fut environ vers ce temps-là que Sarazin, Charnois, Juste d'Egmont & Corneille , con

çurent le projet de former l'Académie , & que de concert avec le Brun & les deux Teftelin ils en obtinrent l'établissement. Notre artiste fuc mis au nombre des douze anciens, & ensuite élevé au grade de recteur, quand cette place fut créée en 1655. On ne voit point dans les salles de l'Académie de morceau fait pour fa réception, parce que les fondateurs de cette compagnie furent exempts de cette loi. Le Christ, plus grand que nature qu'elle possède, est un présent de son frère Pierre, reçu Académicien en 1655 , & mort en 1679 à l'âge de soixantedix-sept ans.

La dernière entreprise de Sarazin n'est pas moins un chef-d'oeuvre d'ensemble & de détail , qu’un témoignage de la reconnoissance & de l'attachement rare du président Perrault qui en a fait tous les frais ( 3 ). Se veux parler du mausolée de Henri de Bourbon , prince de Condé, mort en 1646. Sa décoration présente une grande idée. Tout y a été exécuré comme il a été pensé, toutes les parties sont faites les unes pour les autres, & concourent à la perfection de l'éne

(3) Il a coûté plus de deux cents mille francs au préfio : dent Perrault qui avoit été intendant du prince de Condé.

KN

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