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morceau beaucoup de considération. Il a imaginé , pour produire cet effet , de supposer la prison de forme circulaire , & de l'éclairer par un jour d'en haut.

Anguier exécuta en 1669, pour le grand autel des Filles-Dieu, les figures en pierre de S. Jean & de S. Benoît , de cinq pieds & demi de proportion, & deux anges posés sur le couronnement de l'autel : cet ouvrage que je ne fais qu'indiquer ne soutiendroit pas les regards d'une critique éclairée.

Ce fut en 1674 qu'il commença les Sculptures de la porte Saint-Denis. Sa principale ouverture est accompagnée de deux pyramides engagées, chargées de trophées d'armes, & terminées par deux globes aux armes de France. Au bas de ces pyramides sont deux statues com lofiales , dont l'une représente la Hollande sous la figure d'une femme confternée & afise sur un lion mourant , qui tient dans une de ses pattes sept flèches, emblèmes des sept provincesunies. L'autre ftatue est celle du Rhin, désigné par un fleuve. Ces figures sont du dessin de le Brun. Dans les tympans du cintre on voit deux renommées, au-dessus desquelles est un basrelief qui expose le passage du Rhin devant le fort de Tolhuys. La face de cette porte,

du côté du fauxbourg , est également décorée , à l'exception qu'au lieu de figures, au bas des pyramides, il y a deux lions qui les supportent. Le bas-relief est la prise de Mastrick.

Des travaux aussi considérables avoient altéré la santé d'Anguier; il ne songea donc plus qu'à goûter un paisible repos dans le sein d'une fac mille qui lui procuroit autant de douceurs que d'agrémens. Ses talens empêchèrent l'exécution de ce projet. On lui demanda un crucifix en marbre de sept pieds de proportion, placé au principal autel de l'église de la Sorbonne. C'est le dernier ouvrage qui foit forti de ses mains, & c'eft un des fruits de l'affoiblislement des années. Il ne pouvoir , disoit-il en y travaillant , terminer sa carrière par un morceau plus analogue à ses sentimens.

Il avoit fait autrefois un Christ en bois qu'il 'donna en mourant à S. Roch fa paroisse. Placé aujourd'hui dans la chapelle du calvaire, on peut dire qu'il diffère de celui de la Sorbonne, mais qu'il lui ressemble pour ce qu'il laisse à defirer. La mort d'Anguier arriva en 1686, on l'enterra à S. Roch auprès de son frère aîné, dont nous allons dire un mot,

FRANÇOIS ANGUIER, né dans la ville d'Eu en 1604, montra de bonne heure les mêmes dispositions que Michel pour le deslin & la Sculpa ture. On le plaça à Paris chez un Sculpteur nommé Guillain. Appelé en Angleterre, ses ou. vrages lui procurèrent assez d'aisance

pour

faire le voyage d'Italie. Il acheva d'y perfectionner ses talens durant un séjour de deux ans. Le Pous. fin, Mignard, du Fresnoy & Stella, furent ses intimes amis. Revenu en France, Louis XIII lui donna un logement au Louvre , & la garde de son cabinet des antiques. Un auteur (4) dit qu'il refusa une place à l'Académie de peinture. Il mourut à Paris en 1669.

Dans le nombre des beaux ouvrages qu'il a faits à Paris , on compte le tombeau en marbre du cardinal de Bérule, à l'Oratoire S. Honoré.

Aux Célestins, la pyramide de la maison de Longueville, ornée de trophées , & accompagnée des vertus cardinales en marbre blanc, grandes comme nature , & de deux bas-reliefs de bronze; savoir, le secours d'Arques & la bataille de Senlis, actions mémorables de Henril, duc de Longueville.

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(4) Piganiol, Tom. I, P. 304

Dans la même église , la figure de Henri Chabot, duc de Rohan, avec un génie pleufant qui soutient la tête , & un à ses pieds.

La décoration du tombeau des de Thou à Saint-André-des-arcs, est de François Anguier; il a fait les statuies de Jacques - Auguste de Thou, & de Gasparde de la Chastre sa seconde femme.

On voit à Saint-Jean-de-Latran le tombeau de Jacques Souvré, grand prieur de France. Deux colonnes hermétiques, c'est-à-dire en manière de termes, qui, au lieu de chapiteau, ont une tête d'homme, soutiennent un grand entablement, avec un fronton , sous lequel on voit ce commandeur à demi-couché sur un sarcophage de marbre noir. Il a une cuirasse à ses pieds, & son bras droit est soutenu par un ange. Cette composition singulière, & d'un génie auftère, mérite considération. La Vierge de marbre, placée sur le maître autel de Saint-Jean-de-Latran, est aussi d'Anguier , mais peu digne de lui.

A Moulins , dans l'église des religieuses de Sainte - Marie , est le superbe mausolée de marbre élevé en 1658 à Henri, dernier duc de Montmorency, décapité à Toulouse en 1632,

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Sur un sarcophage, le duc eft représenté à moitié couché & appuyé sur le coude, portant une main sur son casque, & de l'autre tenant son épée. La duchesse fa femme (Marie Félix des Ursins) qui lui a fait construire ce tombeau , est à ses pieds, voilée & en mante. Sur les côtés du farcophage , font deux statues allises, dont l'une représente la Valeur désignée par Hercule , & l'autre la Libéralité. Un portique formé de quatre colonnes, dont deux soutiennent un fronton, enrichillent ce tombeau. Dans les entre-colonnemens on voit les figures de la Noblesse & de la Piété. Au milieu est une urne cinéraire entourée de festons que tiennent deux anges. Deux autres plus grands, sculptés par Poissant, accompagnent les armes de Montmorency, placées audessus du fronton.

THOMAS REGN AULDIN, né à Moulins en 1627, fut élève de François Anguier, & travailla beaucoup pour Louis XIV. Ce prince l'envoya à Rome, & le gratifia d'une pension de 3000 liv. L'Académie se l'incorpora en 1657. Le faire de ce Sculpteur est lourd & maniéré, il avoit pris tout le mauvais de son maître fans en prendre également le bon. Son meilleur ouvrage se voit à Versailles dans les bains d'Apollon; il confifte

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