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Notre artiste eftimé pour fa piété, fa fageffe & fa fcience, mourut à Paris étant profeffeur en 1670, à l'âge de cinquante-fix ans.

JEAN THEODON.

LA France a eu l'avantage d'être la patrie de cet artiste, mais elle n'a pas eu celui de le pofféder dans fon fein & de jouir de fes travaux. Un peu de jalousie contre fes confrères, le chagrin de n'être point employé, portèrent Théodon à s'expatrier il s'en alla à Rome. Les Italiens lui rendirent plus de justice, goûtèrent fa manière, & occupèrent fes talens. La belle figure de S. Jean-de-Latran faite en concurrence du Bernin, un autel aux Carmes déchauffés, en face de celui de fainte Thérèfe, fculpté par le même artiste, juftifièrent leur choix.

Lorfque les Jéfuites firent élever l'autel de S. Ignace dans l'églife du Jéfus, ils mirent au concours deux grouppes de cinq figures de marbre qui devoient accompagner ce monument. Les plus habiles Sculpteurs d'Italie exposèrent des modèles, & la voix publique fe décida pour ceux de deux artiftes françois, le Gros & Théo

don; ce dernier étoit alors Sculpteur de la fabrique de Saint-Pierre. Ils firent donc les deux grouppes qui font cités aujourd'hui parmi les chefs-d'œuvres de la Rome moderne. L'ouvrage de notre artiste repréfente la Foi qui foudroie les monftres de l'Idolatrie exprimés par une figure humaine terminée en ferpent, près de laquelle le roi de Bungo au Japon fe foumet à la Foi.

On voit de lui, au mont de Piété, un basrelief qui offre les enfans de Jacob trouvés coupables par Jofeph, à l'occafion de la coupe d'or; & à S. Pierre, au tombeau de la reine Christine de Suède, un bas-relief qu'Innocent XII lui fit faire.

Théodon avoit commencé à Rome un grouppe repréfentant Arrie & Pœtus, lorfqu'il étoit penfionnaire du roi. Ce grouppe refté imparfait, n'est venu à Paris qu'après la morr, où il a été terminé par le Pautre. On peut préfumer que fr la main qui l'a ébauché l'eût conduir à la perfection, elle auroit donné plus de légèreté aux figures & aux draperies.

Les bofquets de Verfailles renferment deux termes, l'un de l'hiver & l'autre de l'été. Théodon mourut à Paris vers 1680.

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PIERRE-PAUL PUGET(1).

'AUTEUR de l'Abrégé de la Vie des Peintres, a qui le public eft redevable du portrait de ce grand homme, a cru ne pouvoir mieux le caractérifer qu'en l'appelant le Michel - Ange de la France. Semblable en effet à cet artiste, mais plus naturel & plus délicat, Puget ne s'est pas contenté d'animer le marbre & de le rendre auffi flexible que la chair, il a de plus élevé, avec beaucoup de fuccès, différens édifices à Marfeille. D'autres fois il a peint des tableaux qui ne font pas indignes de l'attention des amateurs; il a donc mérité les trois grandes couronnes des arts, & l'on auroit pu décorer fon tombeau comme celui de Michel-Ange.

Cet homme univerfel, né à Marseille en 1622, étoit le troisième fils de Simon Puget, architecte & Sculpteur. Mais qui parleroit de Tydée fans Diomède? Il montra dès fon enfance des difpofitions peu communes pour les arts qui dé

(1) Ratti. Mém. pour fervir à l'Hiftoire de plufieurs hommes illuftres de Provence, par le P. Bougerel, Oratorien, 1752.

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pendent du génie. A l'âge de quatorze ans, placé chez Roman, Sculpteur médiocre, & conftructeur de galères, il l'engagea bientôt, par fes rapides progrès, à lui confier la construction & la Sculpture d'an de fes bâtimens.

Puget, que , que fon génie appeloit à de plus nobles entreprises, fentit bientôt la néceffité d'aller en (2) Italie. Pietre de Cortone, qui y étoit alors en grande réputation, lui donnoit une louable envie de voir fes ouvrages. Il partic donc,'& s'arrêta à Florence pour s'y procurer quelques fecours. A quinze ans Puget fe trouve dans un pays étranger, fans reffource, fans travail, rebuté par des artiftes au jugement defquels il eft incapable de donner un coup de cifeau. Réduit à cette extrémité, il trouva un vieux Sculpteur en bois qui, touché de fon état, le préfenta au premier Sculpteur du grand duc, & le lui recommanda. On lui donna d'abord à faire un petit cartouche en bois, mais il demanda la permiffion de travailler à un scabellon, ainfi que les autres élèves. Le fuccès de ce tra

(2) L'auteur des Réflexions critiques fur les différentes Ecoles de peinture, fe trompe lorfqu'il dit que Puget n'a jamais été en Italie.

vail engage le maître à lui confier l'invention de ceux qui reftoient à faire. Il y excelle, on l'admire, on le diftingue, on lui donne occafion d'efpérer mieux de la fortune.

La complaifance pour fon bienfaiteur le retint une année entière à Florence. Il fe difpofa enfin au voyage de Rome. Son maître, en l'engageant au retour, lui remit une lettre de recommandation pour un fameux Sculpteur en bois, intime ami du Cortone, qui fe chargea de le pré. fenter à ce grand peintre. Celui-ci, à la vue seule de fes deffins, lui fit un accueil des plus gra cieux, & l'invita à venir le voir fouvent. La peinture devint alors la principale occupation de Puget; il étudia la manière de Cortone, qui vit fans jaloufie un jeune homme tromper les connoiffeurs, au point de leur faire prendre le change fur les ouvrages.

L'Italie voulut s'approprier un mérite auffi diftingué : on offrit des établissemens à Puget, mais l'amour de la patrie fut plus fort, il revint à Marseille en 1643, âgé de vingt-un ans. Sur le récit que firent, au duc de Brezé, amiral de France, quelques officiers qui virent fes deffins, ce duc le manda à Toulon, & lui ordonna de faire le modèle du plus beau vaiffeau qu'on pour

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