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un amateur ( 3 ) qui l'occupa dans son château de Vaudreuil en Normandie; il

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fir deux figures de pierre de huit pieds de haut , repréfentant Hercule , & la Terre avec un Janus qu'elle couronne d'olivier. Le Pautre qui les vit, les admira, & conseilla à Nicolas Fouquet d’employer un aussi habile homme aux ouvrages de Sculpture de Vaux-le-Vicomte. Ce ministre l'envoya auparavant à Gênes pour choisir les blocs de marbre nécessaires. Puger se rendit à Marseille, où il donna les dessins de l'embellissement du cours qui, malgré sa beauté, auroit encore été plus magnifique, s'ils eussent été exactement suivis. Il partit ensuite pour Gênes ; & tandis qu'il s'occupoit à faire charger des blocs de marbre sur trois bâtimens, il fit, pour Guillaume des Noyers, l'Hercule gaulois, ce bel ornement des jardins de Sceaux ; il est à demi-couché, se reposant sur la massue, & appuyé sur un bouclier où les lis de France sont exprimés.

Cet ouvrage lui acquie une grande réputalion. Fouquet fut digracié durant son séjour à Gênes; on saisit cet événement pour l'y arrêter ,

(3) M. Girardin,

& on lui confia plusieurs ouvrages importans. De ce nombre font les deux ftatues en marbre de treize pieds de haut, de S. Sébastien, & du bienheureux Alexandre Saoli, placées dans des niches sous la coupole de Notre-Dame de Ca-, rignan. Le plus bel éloge qu'on puisse en faire c'est de dire que le sujet seul empêche de les prendre pour des antiques.

Après ces figures, notre artiste s'occupa d'un grouppe pour l'église du grand hôpital. Il avoit déjà fait le modèle d'une troisième statue représentant fainte Madeleine pénitente pour Notres Dame de Carignan , & il fe difposoit à l'exécuter, lorsqu'un soir il fut rencontré par la gardes l'épée au côté; il étoit défendu d'en

porter

deux heures après le coucher du soleil. Arrêté & mis en prison , il en informa le signor Saoli, qui différa jusqu'au lendemain son élargissement. Puget piqué de ce délai, vouloit partir sur le champ, & s'en retourner dans sa patrie. Les nobles firent lears efforts pour le retenir; ils n'obtinrent de lui la prolongation de son séjour , que jusqu'à ce qu'il eut terminé des ouvrages commencés à Gênes.

Ensuite il entrepric un bas-relief de l'Assomption pour le duc de Mantone, & le lui envoya.

Le cavalier Bernin qui venoit en France en enrendit parler; il se rendit exprès à Mantoue pour le voir , & convint que c'étoit un ouvrage d'une près – grande beauté. Le duc souhaitoit depuis long-temps d'attirer Puget dans ses états; il envoya à Gênes deux de ses gentilshommes qui lui promirent une récompense digne de lui. Mais fa prompte mort rompir tous ses projets.

Il paroît que notre artiste étoit un peu ferme & entier dans ses résolutions. Son aventute avec un noble génois marque un caractère qui n'aimoit guère à plier. Ce gentilhomme lui avoit commandé une statue de marbre, fans convenir de prix. Lorsqu'elle fut achevée, le Sculpteur la fit conduire dans une barque sur le bord de la

mer , au bout du fauxbourg de Saint-Pierre d'Arène où il demeuroit. Le noble s'y rendit. On tire la figure de la barque, il l'admire , & en paroît très-fatisfait; mais il refuse au Sculpteur le prix qu'il en demande. Celui-ci fait fur le champ replacer la statue dans la barque, fous prétexte d'y retoucher quelque chofe , s'embarque avec elle, & à vingt pas du noble génois la met en pièces , & lui crie de toute sa force : quelque noble que vous soyez, je le suis encore plus que vous, puisque le prix de mon tra

France par

vail me touche fi peu ; & vous, vous n'avez pas allez de noblele pour acquérir une belle chose avec yotre argent.

Cependant Colbert, sur le récit que le Bernin lui fit du rare mérite de Puget , le rappela en

par un ordre du roi qui le gratifioit d'une pension de douze cents écus, en qualité de Sculpteur & de directeur des ouvrages concernant les ornemens des vaisseaux. Il se disposa donc à partir , malgré les avantages considérables qu'il trouvoit à Gênes, après y avoir travaillé huio ou neuf ans de suite. Il arriva à Toulon en 1669, & y fit un grand nombre de dessins de marines sur vélin, lavés , & d'un extrême fini, supérieurs à ceux qu'on avoit inventés jusqu'à

ils font recherchés des curieux avec beaucoup d'empressement.

Malgré ces occupations, Puger commença pour le roi un bas-relief de dix pieds de haut, qu'il n'acheva qu'à la fin de ses jours; son fujet est Alexandre visitant Diogène. Il termina pour Gênes deux ouvrages ; l'un est le modèle, de treize à quatorze pieds de haut, de l'église de l'Annonciade, qui n'a point eu d'exécution. On le voit dans l'arrière-facristie de ce temple. L'autre est un baldaquin pour le maître autel

lui;

A

de l'église de Carignan ; cet ouvrage , conservé à Marseille, est une preuve, ainsi que

le premier, de ses connoissances en architecture. Il a dit plusieurs fois qu'il lui seroit facile d'ajouter un cinquième ordre à cet art, & que s'il avoit eu le bonheur d'être architecte du roi, il auroit égalé tout ce que l'antiquité a produit de plus beau.

Dans ce temps-là, plusieurs blocs de marbre de Gênes qu'on devoit embarquer pour le Havrea de-Grace arrivèrent à Toulon. Puget pria Colbert de lui en laisser trois, ce qui lui fut accordé. D'une de ces pièces il fit le Milon, le premier de ses ouvrages qui parut à Versailles : cette figure est haute de huit à neuf pieds. Ses envieux la firent d'abord placer dans un endroit des plus détournés du parc ; mais le roi qui en connoisloit tout le mérite, ordonna qu’on la posât à l'entrée de l’allée royale. L'effroi, la rage & le désespoir sont admirablement exprimés sur le visage de cet athlète ; tous les muscles de son corps marquent ses efforts pour dégager sa main prise dans le tronc d'un arbre qu'il avoit voulu fendre , tandis que de l'autre il arrache la langue à un lion qui le mordoit par derrière. On dit qu’occupé de cette figure,

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