Imágenes de páginas
PDF
EPUB

dont toute l'action est violente, il fit différentes études tendantes à exprimer dans le pied de Milon , & l'impression de la douleur , & les efforts de ce malheureux athlète pour se dégager. Peu satisfait de ces études, il rendit son pied à un de ses élèves dans un mouvement de dépit , se le fit modeler , & trouva ainsi dans lui-même ce qu'il avoit inutilement cherché dans les autres.

Cette figure de Milon plut généralement à la cour. Le furintendant des finances fir écrire à l'auteur que le roi souhaitoit qu'il s'occupât d'un autre grouppe pour l'accompagner. Puget acheva donc l'Enlèvement d'Audromede

, a:quel il avoit travaillé cinq années en divers remps , & son fils le présenta au roi en 1685. Sa majesté dit en le voyant : Puget n'est pas seum lement un grand Sculpteur, mais il est inimitable.

Quelques années après, Tournefort(4) pallant à Marseille , dit à notre savant Sculpteur qu'on trouvoit la figure d'Andromede trop petite , & que Persée paroissoit un peu vieux pour un jeune héros. Puget répondit qu'un de ses élèves nommé

par Persée

(4) Tournefort, Voyag. du Levant T. I, p. 9 & Luiv.

fut pas

Veyrier avoir un peu trop raccourci la figure d'Andromède en l'ébauchant, que néanmoins on y trouveroit les mêmes proportions que dans la Vénus de Médicis. A l'égard de Persée, ajoutat-il en riant, le coton qu'il a sur les joues marque plutôt sa tendre jeunesse qu’un áge plus avancé.

Louis XIV charmé des grouppes de Puget, voulut décider lequel méritoit la préférence ; il se déclara

pour l'Andromède. Le Sculpteur ne

du même avis. Il est vrai, dit-il, que le marbre d'Andromède est plus beau , mais la figure de Milon est plus achevée.

Dans le temps qu'il se disposoit à son voyage de Paris, la ville de Marseille demanda au roi la permission de lui ériger une statue équestre. Puger fut choisi pour ce magnifique ouvrage , dont il fit un modèle en cire; il s'occupa aussi des dessins de la Place-Royale. Il est fâcheux que ces beaux projets n'aient point eu d'exécution,

En 1688, notre artiste se rendit à Fontainebleau & fut présenté au roi , qui lui répéta en présence de toute la cour les mêmes choses qu'il avoit dites à son fils, & lui fit présent d'une médaille d'or avec ce revers, felicitas publica. Malgré cette gracieuse réception, Puget fut très-mécong tent du prix dont le ministre avoit payé ses ouvrages. Après un séjour de sept ou huit mois à Paris , il reprit le chemin de Marseille. La jalousie fut, dit:on, cause en partie de son départ.

Le Brun, ce génie si fécond, li universel, donnoit alors tous les deflins des statues destinées au roi. Comme il avoit trouvé cette foumision dans plusieurs habiles artistes, il voulut assujettir Puget à ne travailler que d'après ses idées ; mais celui-ci refusa de captiver ainsi fes talens. Le mérite supérieur n'est point incompatible avec une honnête fierté qui dédaigne la seconde place, lorsqu'elle a droit de prétendre à la première.

De retour à Marseille, Puget fit bâtir une maison proche la porte de Rome, dans une vigne située sur une colline. On aperçoit d'abord une petite chapelle, dont la façade est de marbre blanc, avec un portique & un dôme. Vous montez ensuite par un vignoble, jusqu'à un bassin entouré d'un fer à cheval qui conduit à la maison. Elle n'a qu'un étage , & est en forme d'un petit palais d'un très-bon goût. Puget avoit déjà élevé une autre maison à l'entrée de la rue de Rome, sur le haut de laquelle est placée une tête du Sauveur, & une troisième d'un goûtsin

gulier

[ocr errors]

gulier à Toulon, près de l'Hôtel-de-Ville. On assure aufli qu'il a donné plusieurs dessins d'église. Celle des Capucins de Marseille est de lui, jufqu'à la corniche seulement; l'église de la Charité de la même ville a été bâtie d'après ses plans, & achevée par son fils.

Le portail des Chartreux réunit un air degrandeur à une noble simplicité. Deux ordres d'architeđure le composent ; le premier, qui est ionique , forme un péristile orné de huit colonnes de front, à l'aplomb desquelles font autant de piédestaux destinés à recevoir des figures d'apôtres. Ce péristile a treize toises quatre pieds & demi de long. L'ordre supérieur qui n'a que huic toises cinq pieds de largeur , est décoré de quatre pilastres corinthiens , avec une grande fenêtre cintrée au milieu , & un fronton triangulaire couronne l'ouvrage.En qualité de peintre, notre artiste a orné l'église de plusieurs morceaux de peinture , parmi lesquels on distingue un saint Bruno.

La chapelle de S. Louis, roi de France, dans l'église de l'Annonciade à Gênes , est magnifique, & un de ses ouvrages.

Puget mit enfin la dernière main à son base relief d'Alexandre , & l'envoya à Paris ; mais Tome II.

N

194

étudié cet

ses ennemis eurent le crédit d'empêcher qu'il ne fût placé. Il est encore aujourd'hui dans la salle des antiques au Louvre. Les curieux ne font pas

moins admirateurs de sa beauté, qu'afAigés du peu de cas qu'on a paru en faire. La manière dont le cheval d'Alexandre est traité, fait juger que le Sculpteur avoit peu animal.

Son dernier ouvrage, qu'il n'a pu finir entièrement, est un bas-relief de marbre, où la peste de Milan est représentée d'une manière fi touchante, qu'elle excite la pitié en même temps qu'elle infpire l'horreur. Ce morceau est, dit-on, travaillé avec goût , mais il est incorrect, mal dessiné, & se ressent de la vieillesse de l'artiste. Les intendans de la Santé à Marseille le conservent dans leur chapelle située à l'entrée du

port. Puget, épuisé de fatigues & de travail, mourut dans sa patrie, en 1694, âgé de soixantedouze ans. Marié deux fois, il avoit eu de fa première femme un fils appelé François , qui s'appliqua toute sa vie à peindre le portrait : disciple du Benedette, il mourut en 1707 à l'âge de cinquante ans. Pierre-Paul son fils a vécu julqu'en 1773, & a atteint fa quatre-vingt-quatorzième année.

« AnteriorContinuar »