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dans les bains d'Apollon. Un de ces chevaux baisse la tête en serrant les oreilles , & mord la croupe de l'autre qui plie les jambes de derrière , fe cabre, dresse les oreilles, & semble hennir. Un Triton porte une grande coquille qui renferme l'ambrosie, nourriture des che vaux du Soleil, suivant les poëtes. Les quatre figures dont ce grouppe est composé ont différentes actions qui contrastent très-agréablement. Quel feu de composition, quelle finesse & quelle élégance de ciseau ! la housse qu’un Triton jetre für un des chevaux indique seule la supériorité du travail des Marfy fur celui de Guérin qui a fait l'autre grouppe. Ce sont ces chevaux qu'a chantés Ovide. (Met, lib. 2).

Corripuêre viam, pedibu sque per aëra motis,
Obftantes findunt nebulas , pennisque levati,
Precereunt ortos ifdem de partibus Euros.

Auffi-tôt que Thétis, hors des gouffres de l'onde,
Eut ouvert à leurs yeux. la carrière du monde,
Dans les champs de l'espace ils volent à grands pasa
Des nuages errans leurs pieds fendent l'amas;
Ils font jaillir au loin de vives éțincelles,
Et dévancent bientôt, secondes de leurs ailes,
Les yents partis comme eux des bouts de l'horison.

M. DE SAINT-ANGE,

Dans l'appartement du roi les Marsy travaillèrent aux ouvrages de ftuc qui ornent les plafonds & les deffus de portes des salles d'Apollon, de Mars & de Vénus. A la face du château qui regarde le canal, ils firent quelques masques', & huit figures en pierre.

Leur dernier ouvrage se voit à Saint-Germaindes-Prés : c'est le tombeau de Jean Casimir, roi de Pologne, offrant à Dieu sa couronne & fon fceptre. Ils ne se séparèrent qu'après y avoir mis la dernière main. Marfy le cadet abandonna la Sculpture, on en ignore le motif, on présume qu'il lui préféra son repos , & le plaisir de jouir de la fortune. Voici les ouvrages auxquels l'aîné travailla tout seul.

Le Midi figuré par Vénus, accompagnée de l'Amour qui s'élève sur le bout de ses pieds pour arracher à sa mère ce qu'elle semble lui refuser.

Le Point du jour ayant pour symbole une étoile sur la tête & un coq à ses pieds. • L’Afrique, figure de sept pieds. Toutes les trois font en marbre , placées dans les jardins de Versailles , & le Brun en a donné le dessin.

Mars en pierre au cadran du château , & deux autres figures au-dessus de l'eptablement,

A la grille de l'avant-cour , la Victoire avec un aigle à ses pieds , pour représenter les progrès des armes du roi en Allemagne.

Encelade accablé fous des rochers, & poufi fant en l'air un gros jet d'eau; figure de bronze qu'on voit dans le bosquer de ce nom.

Dans l'appartement de Sceaux, au rez-dechaussée, la Vigilance en marbre.

A Saint-Denis, les figures de la Valeur & de la Libéralité au tombeau de Turenne; celle-ci, plongée dans la douleur, a divers fymboles; un autel, des livres, & un vafe d'où sorrent

quantité de pièces d'argent monnoyé. La première est étonnée de la mort imprévue de ce héros.

Gafpard a aussi exécuté à la porte Saint-Martin un bas-relief du côté du fauxbourg, c'est celui où Mars est représenté portant l'écu de France, & poursuivant un aigle.

On peut regarder, comme la dernière entre prise, le grouppe de l'enlèvement de la nymphe Orythie par le vent Borée, qu'on voic aux Tuileries. La mort accoucumée à interrompre les travaux des hommes, empêcha la perfection de cet ouvrage.

Les connoisseurs qui admirent les productions de ces deux célèbres Sculpteurs, pensent que

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celles de Gaspard seul sont d'une plus petite manière, & beaucoup moins terminées que les ouvrages auxquels ils ont travaillé en commun.

Gaspard fut reçu à l'Académie en 1657, & nommé professeur en 1659. Il donna pour fa réception un ecce homo dans un médaillon de marbre. Son peu d'assiduité lui attira une citation de la part de l'Académie, le 30 Août 1659. Il quitta la place de professeur sur la mutation & au gré du corps en 1660. Une nouvelle élection le rétablit en 1669, & il fut adjoint à recteur en 1675. Devenu très-aslidu aux fonctions de l'Académie, il y fit lecture de deux conférences, l'une sur l'examen du torse, & l'autre sur la théorie de la peinture & de la Sculpture. Sa mort arriva à l'âge de cinquante-six ans, en 1681.

Balthasar avoit été admis à l'Académie en 1673, & élu adjoint à professeur en la même séance. Il mouruç l'année suivante âgé de quarante-six ans.

On voit de lui, dans les salles de l'Académie, un buste de marbre qui exprime une belle femme plongée dans la douleur. On ne dit point qu'il ait fait d'élèves. Son frère en a formé plufieurs qui ont eu quelque nom, entre autres :

ANSELMI

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ANSELME FLAMEN, né à Saint-Omer en 1647, & mort en 1717. Il osa porter la main sur le dernier ouvrage de son maître, & exercer à son égard ce que les romains appeloient cenforia vira gula. Reçu à l'Académie en 1681, il lui donna un médaillon représentant S. Jérôme affoibli par les travaux de la pénitence.

FRANÇOIS GIRARDON (1).

Cet artiste

que la Fontaine appeloit le Phidias de son siècle, est un de ces hommes dont la gloire croît à mesure qu'il devient ancien à notre égard, semblable à Malherbe, sur la tête duquel le temps accumule chaque jour des lautiers. Il naquit en 1630, à Troyes en Charrpagne, de Nicolas Girardon, fondeur. Son père, après lui avoir donné une très bonne éducation, le plaça chez un procureur, pour lui faire embrasser un étar qu'il croyoit plus distingué que le fien. Le jeune homme ne voyoit que les défagrémens d'une profession dont il étoit

peu

ca pable de sentir les avantages; 'il s'y livra néan

(1) Mém. partic.

Tome II.

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