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moins quelques mois

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obéissance. La nature reprit bientôt ses droits. Girardon ne s'occupoit qu'à barbouiller de ses prétendus deslins , tout le papier de la maison. Le père essaya de nouveau de lui démontrer les douceurs de l'état qu'il refusoir. Il étoit bien opposé au père de Lucien, pauvre , & d'une condition médiocre, qui voulut faire apprendre à son fils l'art de la Sculpture, comme très-lacratif; le jeune homme y fit si peu de progrès, qu'il le quitta pour se livrer à l'étude des belles-lettres, vers laquelle le portoit son inclination naturelle:

Lorsque Girardon vit son fils constamment indifférent aux exhortations & aux menaces, il le mie chez Baudesson, menuisier-Sculpteur, fon ami, qu'il conjura de ne l'employer qu'à des ouvrages capables de le dégoûter de sa nouvelle profession; mais la contrainte à laquelle il étoit aflujetti, forrifa de plus en plus fon goût pour les arts, & ses occupations, quelque grofsières qu'elles fussent, le conduisirent en quelque forte à créer. Aussi le menuisier, frappé des dispositions de son élève, pria le père instamment de le laisser chez. lui. Girardon dégagé, dès ce moment, des entraves mises à son génie, tarda peu à rendre avec goût ses idées, par le moyen

du deflin, & à l'âge de quinze ans il osa peindre la vie de fainte Jule dans une chapelle fituée près d'une porte de Troyes.

A mesure que fon goût se formoit , le jeune artiste sentit l'insuffisance des lumières de fon maître

pour

fon ávancement. Il y suppléa par une érude constante & méditée des beaux morceaux de Sculpture qui ornent les 'églises de Troyes. Ces morceaux, dont le nombre passe deux cents, ont ouvert le génie & formé le goût des artistes célèbres que cette ville à vu naître sous le règne de Louis XIV. On les doit à François Gentil, né à Troyes , & à Messer Dome nico Florentin , amené en France par

le Rosso, & qui a beaucoup travaillé à Fontainebleau sous la conduite du Primatice ( 2 ).

- Nourri par les études qu'il avoit faites d'après tës deux grands hommes, Girardon hafarda

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(2) Ces artistes, uniquement connus par leurs ouvrages, floriffoient au milieu du XVI fiècle. L'inspection des sculptures du Gentil fait présumer qu'il avoit été en Italie. Le goût qui y règne ne s'acquiert que par l'étude de l'antique & des ouvrages des grands maîtres modernes. A l'égard du Domenico, on conjecture que le Primatice avoit été son maître, & qu'il s'étoit établi à Troyes, après l'avoir suivi dans fon abbaye de Saint-Martin.

quelques ouvrages de Sculpture. On conserve encore dans sa famille une Vierge en pierre d'un pied & demi de hauteur , distinguée par

fon dellin hardi & affez correct , & par ses draperies fines & légères.'

Nous voici au inoment où Girardon va prendre un vol rapide que n’annonçoient point ses travajıx actuels. A quatre lieues de Troyes est le château de S. Liébaut , appartenant alors au chancelier Séguier. Baudelson appelé pour y travailler, mena avec lui-fon élève. Le chancelier qui avoit le coup d'æil le plus juste , le remarqua, le' fit parler , & lại trouva autant de viva-. cité dans l'esprit , que d'amour pour son art. Charmé de ses heureuses dispotitions , il le fut encore plus des bons, témoignages de fa conduite & de son application. C'en fut assez pour l'engager à l'envoyer à Rome, & fuppléec aux foibles secours que Girardon recevoir de la fa- . mille. Ce jeune Sculpteur , né souple & complaisant pour ceux qui pouvoient lui être utiles, se fic des amis à Rome, & ménagea extrêmement Pierre Mignard, auprès duquel les talens d'un artiste, fon compatriote , furent très bien accueillis.

Avec d'aussi puissans secours il employa tour

son temps à l'étude. Arrivé à Paris en 1652, le chancelier le reçut avec bonté, lui donna une pension sur le sceau, & voulut bien l'honorer de sa recommandation auprès de le Brun, qui l'aida de ses idées & de ses avis en lui conseillant de travailler chez les Anguier. Girardon artentif à saisir tout ce qui pouvoit être favorable à ses intérêts , ne se lassa point de suivre les conseils de le Brun & de lui faire fa cour. Bientôt il eut fa part des ouvrages, puisque des l'année 1653 on lui confia deux statues grandes comme nature, pour la chapelle de Notre-Dame de la paix, aux Capucins Saint-Honoré. Lorsque le Brun fur devenu premier peintre du roi, & parvint à la fortune, dont il commença à jouir en 1662, la complaisance de Girardon dégénéra presque en une aveugle soumission.

L'Académie royale de peinture qui se l'étoit incorporé en 1657, en reçut un bas - relief, dont le sujet est la Vierge âgée, dans un état de foumission aux souffrances

que

Siméon lui avoit prédites.

Elle le chargea de faire le buste en marbre du président de Lamoignon, dont elle vouloit faire présent à ce magistrat , en reconnoissance de ce que M. de Basville son fils l'avoic puif

famment secourue dans une affaire intérel

sante.

Deux ans après, l'Académie l'éleva au grade de professeur , & il parcourut toutes les dignités de ce corps , jusqu'à celle de chancelier , où il fut nommé en 1695. On a vu quelquefois des artistes devoir leurs places distinguées, moins à leurs talens, qu'au hasard des circonftances. Il n'en fut pas de même de Girardon, ce furent fes ouvrages publics qui le placèrent à la tête de l'Académie.

Ce Sculpteur fit une perte irréparable , en 1671, par la mort du chancelier Séguier. Il étoic dans la Heur de son âge, aspiroit aux grands ouvrages , & pouvoit tout attendre de la

pro. tection de cet illustre magistrat , qui l'honoroit d'une bienveillance particulière. Siquelque chose put calmer fa douleur, ce fut l'attachement qu'il avoit voué à le Brun, & que l'arrivée de Puger à Paris, en 1666, ne fir qu'augmenter. Représenter notre artiste presque déconcerté à

des
ouvrages

de

ce grand Sculpteur, c’elt faire fon éloge; mais lui imputer les sujers de discorde qui, en obligeant l'artiste provençal de retourner à Marfeille , l'avoient perdu dans l'espric de le Brun, celt l'accuser d'une noire &

la vue

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