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devint la fienne dans des morceaux dignes de l'approbation générale. Le maître charmé de ce talent précoce, en parla à l'archiduc Ferdinand, qui témoigna beaucoup d'envie de le connoître. Francaville avoir l'esprit fort orné, & sa conversation sur des matières intéressantes charına l'archiduc.

Notre artiste resta lix ans à Inspruck, au bout desquels il partit pour Rome avec l'agrément du prince. On devine assez l'objet de ce voyage. L'archiduc lui avoit donné des lettres de recommandation

pour

Florence, adressées à Bologna, qui le reçur à bras ouverts. Il n'oublia rien

pour le mettre en état de se distinguer dans son arth Ce fut un grand avantage pour lui de trouver en cette école plusieurs jeunes gens, la plupart flamands , occupés uniquement des arts & des mathématiques ; c'est ce qui lui donna une fi grande affection pour la ville de Florence. Il disoit à ce sujet , qu'il n'en avoit trouvé aucune aussi remplie d'excellens sujets en tout genre.

Un noble florentin nommé l'abbé Antoine Bracci, amateur des arts, possédoit, en 1974, une maison de campagne à deux lieues de cette ville. Il vouloit l'orner de statues faites par un

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attiste habile & jaloux de sa gloire, qui les entreprit moyennant une honnête récompense. Il en parla à Bologna; celui-ci engagea Francaville à accepter les propositions de l'abbé : elles le furent moins par l'amour du gain que de la gloire. Cet amour lui inspira une ardeur inconcevable avec laquelle il fit pour le jardin de Bracci un grand nombre de figures, telles que le Soleil & la Lune, Cérès & Bacchus, Flore & Zephir , Vertunne & Pomone , Pan & Syrinx. Dans la maison du même abbé à Florence, on voit une belle statue de la Nature; une Vénus de quatre brasses & demie, tenant dans la main droite un petit Satyre , symbole du plaisir, & dans fa' gauche une femme qui désigne la Génération ; Protée représenté par l'Art qui aide la Nature. Ces ouvrages sont si considérables, qu'ils auroient pu occuper la vie de plusieurs artistes célèbres. Baldinucci les avoit vus , & aflure avoir admiré le feu & la légè. reté qui les caractérisent.

Cette entreprise étant achevée, Francaville résolut de retourner à Rome. Il y palla plusieurs mois, appliqué à la pratique du modèle & du dessin, & occupé à se remplir la tête des grandes idées des anciens & des modernes. Peu

de

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de temps avant son voyage , le grand duc avoit chargé Bologna du grouppe des Sabines & d'Hercule avec le Centaure. Il le trouva à son retour livré à ces travaux. Son maître l'y associa, & les têtes des deux statues qu'il se contenta de retoucher , furent l'ouvrage de l'élève.

Nous avons dit qu'en 1580, Luc Grimaldi appela Bologna à Gênes. Francaville l'y suivit, & il fculpta pour la cour de la maison les figures en marbre de Jupiter & de Junon. La chapelle de Matthieu Senarega, placée dans la cathédrale de cette ville , reçut aussi par ses soins de nouveaux embellissemens. On fait qu'elle pofsède un fameux tableau du Baroche. A la vue de ce chef d'euvre le génie de notre artiste s'enflamma, il fit avec beaucoup d'art six statues de marbre; savoir, les quatre Evangélistes, saint Etienne & S. Ambroise. Ces figures sont d'une beauté & d'une finelle singulières.

Après avoir laissé à Gênes un monument de sa gloire, il retourna à Florence avec son maître. Son premier ouvrage dans cette ville décore une chapelle de Sainte-Croix ; il consiste en cinq ftatues de bon goût & fort estimées, qui représentent Moïse, Aaron, l'Humilité, la Virginité & la Prudence. Tome II,

R

Bologna avoit entrepris, comme on l'a vu, d'orner la chapelle dépositaire du corps de saint Antoine, dans l'église des Dominicains. D'après les modèles de ce statuaire , Francaville sculpra six grandes statues de marbre; savoir, S. Dominique, S. Jean-Baptiste , S. Thomas d’Aguin, S. Antoine, S. Philippe , & S. Edouard. Ces figures, ouvrage de l'élève, ne sont pas moins belles que si elles étoient du maître; il pourra même arriver que leur mérite les lui fasse attribuer , ainsi que d'autres qui ne lui appartiennent pas davantage.

La même année 1589 fut remarquable par l'entrée folennelle de Christine de Lorraine, femme du grand duc Ferdinand. Francaville, sans cesse occupé de grands ouvrages, décora la façade de la cathédrale de six colosses de terre, de plâtre & de stuc, parmi lesquels on distinguoit S. Zanobi & S. Poggio, tous deux évêques de Florence , & S. Miniat , qui furent depuis placés dans cette église , où l'on les voit encore aujourd'hui.

Legrand duc Ferdinand chargea ensuite notre artiste de faire la fontaine qui est à Pise, sur la place des Chevaliers, avec la statue de Cômel, fondateur de l'ordre de Saint-Etienne. Il lui de

manda aussi un plan pour le palais des prieurs de cet ordre, situé sur la même place. Dans cette ville Francaville sculpta en marbre la figure de Ferdinand I, au pied de laquelle sont une femme & de petits enfans qui représentent la ville de Pise sur le point d'être secourue par ce prince. Elle fut placée sur les bords de l'Arno, vis àvis le palais. Ces ouvrages le fixèrent plusieurs années à Pise: on y donnoit des leçons publiques fur les arts & les sciences, & en particulier sur l'anatomie, qu'il suivit fort exactement. Après l'avoir bien étudiée, il s'occupa à faire des modèles en terre cuite de l'homme & de la femme dans différentes attitudes & proportions. En considération de ses talens & de fes excellentes

qualités, les pisans, dont il avoit gagné l'estime & l'affection , lui accordèrent le droit de bourgeoisie. Enfin, il retourna à Florence , où il sculpta deux figures de Mercure pour des particuliers.

Dans le même temps , Barthélemi Corsini, riche gentilhomme Aorentin , forma le dessein d'orner une grande chapelle dans l'église des Carmes , pour recevoir le corps de S. André Corsini, religieux de cet ordre & son parent. Francaville , à qui cette entreprise fut confiée,

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