Imágenes de páginas
PDF
EPUB

de différens modèles ; un entre autres lui fic beaucoup d'honneur à une exposition du Louvre. Ce modèle représentoir le satyre Marsyas , montrant à jouer de la Sûre à un jeune homme. Notre artiste a toujours regrercé de ne l'avoir

pas

exécuté pour le roi , & Pigalle le regardoit comme une des meilleures productions de fon ami.

Il écois réservé à un des plus grands rois de ce siècle de faire naître , en 1764, une occafion qui mît le sceau à la répuration de Coustou. Le roi de Prusse avoit placé, dans la galerie de fon palais à Berlin, plusicurs ftarues faites par des artistes françois, il ordonna à Coustou celles de Mars & de Vénus. L'honneur de travailler pour un monarque également diftingné, comme César, par la gloire des combars & par celles de les écrire, éleva le génie de l'artiste qui traça l'idée de fon Mars d'après celle que

l'Europe s'étoit faite de ce prince. A l'égard de la Vénus , il lui donna cetre grace & cette douce mollesse des formes élégantes & fenties qui la caractérisene.

Le marquis de Marigny, directeur des bâtimens du Roi , extrêmement content de ces ouvrages , saisit l'occasion de mettre dans tone leur jour les calens de Cousou. La première qui

[ocr errors]

se présenta fue l'entreprise du mausolée de monfieur & de madame la Dauphine. Il falloir que le sujet allégorique indiquât en même temps

la présence du prince inhumé, & le desir qu'avoic marqué la princesse d'être réunie à son époux. Pour remplir ces vues, Coustou imagina de représenter le Temps couvrant d'un voile funéraire l'urne de M. le Dauphin , & de lailler l'autre ouverte. Cette idée allégorique eut la préférence sur plusieurs autres non moins ingénieuses. Madame la Dauphine étant décédée avant l'entière exécution de ce monument, le Sculpteur a couvert la seconde urne. Il en commença le modèle en 1766, & ne négligea rien de ce qui dépendoit de lui pour répondre à la confiance du directeur des bâtimens. Durant le cours de cet ouvrage, le marquis de Marigny lui donna une nouvelle preuve de sa confiance, en lui procurant la statue de Louis XV

que

fa majesté lui avoit permis de placer à Menars. Coustou l’y fit poser en 1775, & dès ce moment il ne pensa plus qu'à mettre la dernière main au monument par lequel il a fi glorieusement terminé la carrière.

Attaqué d'une maladie qui le minoit depuis long-temps, & qui ne se déclara qu'à la fin de

[ocr errors]

1776 , Coustou n'eut pas la consolation de voir assemblé & monté ce dernier ouvrage. M. le comte d'Angivilliers prévit avec douleur la

perte dont les arts étoiene menacés. Il crur donc devoir hâter le moment de la récompense destinée aux travaux de cet habile artiste. Il demanda pour lui au Roi le cordon de S. Michel, avec la permillion de le porter avant la réception. Coustou le reçue de ses mains en préfence de l'Empereur, qui lui témoigna tonte la satisfaction que lui avoit procurée la vue de son ouvrage, & accompagna certe marque de bonté, des complimens les plus facteurs sur la grace qu'il venoit d'obtenir. Coultou fur fi fensible à cette honorable distinction, qu'elle sembla pour quelques jours le rappeler à la vie; mais bientôt le mal reprenant le dessus, il y succomba le 13 Juiller 1777, âgé de soixante un ans, généralement regrerté de la famille & de ses amis.

Cet artiste a vécu dans le célibat, ll a laillé pour héritiers deux feurs & un frère, archirecte du Roi, & inspecteur de ses bâtimens. M. le comte d'Angivilliers a récompensé les talens héréditaires dans sa famille, en obrem nant pour lui le cordon de S. Michel, dont fon frère avoit joui li peu

de

temps.

Parmi les ouvrages de Coustou,

de Coustou, il faut placer le bas-relief en bronze de la Vification, qu'on voit dans la chapelle du Roi à Versailles, a l'autel de la Vierge; à S. Roch, 'la figure en pierre de ce faint dans la croisée ; le bas-relief du fronton de fainte Genevieve; représentant une croix rayonnante adorée par des Anges & des Chérubins, & à Bellevue une Galathée sur les eaux.

Le chceur de la cathédrale de. Sens offre un tombeau ( 2 ) destiné à réunir deux époux qu'une égale tendreffe avoit unis durant leur vie. Du côté qui fait face à l'aurel, la Religion pose sur leurs urnes cinéraires une couronne d'étoiles, symbole des récompenses célestes, destinées aux vertus chrétiennes dont ces augustes époux ont été les modèles. A côté de la Religion paroît l'Immortalicé tenant le cercle & le laurier qui font ses attributs. Le regret causé par la mort du prince, la satisfaction d'enrichir son tombeau du trophée de ses vertins morales , forment sur son visage une expression compliquée très-inté

(1) Mausolée de feu M. le Dauphin & de feue madame la Dauphine ; Description pittoresque par M. Dandré Bardon ,'1777;

ressante. La balance de la Justice, le miroir de la Prudence , le lis de la Candeur enlacés dans les branches du palmier , sont les matériaux du trophée. Les deux figures de ce premier grouppe sont liées par la médiation du génie des sciences & des arts dont ce prince faisoit ses amusemens, Pénétré de la plus vive consternation , il eltuie d'une main fes larmes , & de l'autre tient un compas pour mesurer le globe céleste qui lui sert de foutien.

Dans le second grouppe placé en face de la nef, paroît le Temps ; sa taille est d'une belle proportion, ses formes sont élégantes, ses chairs ont la fermeré de celles d'un bel homme: il dé veloppe sur l'urne de la Dauphine le voile funéraire déjà étendu sur celle du Dáuphin , more le premier. Le Temps s'élève sur les débris d'une superbe architecture, parmi lesquels un riche carquois est confondu. L'Amour conjugal environné des cinq brillantes étoiles que le ciel a conservées

le bonheur de la France, est à la gauche du Temps. Il rient son flambeau éteint ! & regarde avec douleur un enfant qui brise les chaînons d'une chaîne entrelacée de fleurs, fym bole de l'hymen.

pour

Coustou étoit né avec cette candeur & cette

« AnteriorContinuar »