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Esope sur le pré seroit un beau spectacle !
Éloignons son hymen, formons-y quelque obstacle;
C'est à quoi maintenant il s'agit de penser,
Et non, par vos éclats, à le faire avancer.
Monsieur le gouverneur est dans sa galerie :
Voyez-le, parlez lui; sa fille vous en prie.
Il est seul. Son grand vice est d'être un peu tétu;
Mais vous ne serez pas éconduit et battu:
Tâchez à remuer ses entrailles de père :
S'il ne rompt cet hymen, faites qu'il le diffère.
J'aurois, si j'étois homme, ou du moins je le croi,
Plus de virilité que je ne vous en voi.
Courez. Quand le temps presse, il est bon qu'on galoppe.
Allez le voir.

A GÉNOR.

J'y vais, et de-là voir Ésope.
Pour peu qu'il soit contraire à mes intentions,
Je sens à le brusquer des dispositions.
Je sais tout ce qu'il est, et tout ce qu'il peut être :
Mais de mon désespoir je ne suis pas le maître.

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DORIS.

Gardez-vous..

A GÉNOR.
Je ferai tout ce que je te di.

DORIS.

Eh! mön I sieu! croyez-moi, point de coup d'étourdi! De quoi sert la raison, à moins qu'on ne raisonne... Je vois vi anir quelqu'un. Songez à vous.

(Agenor sort.)

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MA bonne,
Je viens près d'Euphrosine implorer votre appui :
Lientôt femme d'Ésope, elle peut tout sur lui.

DORIS

L'infaillible moyen de tout obtenir d'elle,
C'est de lui bien vanter sa conquête nouvelle.

ALBIONE.
Esope m'a mandé de l'attendre en ce lieu;
En sortant d'avec lui, j'irai la voir.

DORIS.

Adieu. Je vais la disposer à remplir votre attente. í Ésope vient.

(Elle sort.) SCÈNE III.

ÉSOPE, ALBIONE.

ALBIONE.

MOXSIEUR, je suis votre servante:
Ce n'est point compliment, c'est pūre vérité.

ÉS OPE.
Je vous en garantis autant de mon côté.
li ne tiendra qu'à vous de me mettre à l'épreuve,
Madame.

ALBIONE.

Savez-vous, Monsieur, que je suis veuve ? : Non,

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ÉS OPE. vraiment.

ALBIONE.

Je le suis depuis près de cinq ans, Et défùnt mon mari m'a laissé quatre enfants.

ÉS OPE.
A voir cet air brillant et ce riche équipage,
Vous allez convoler en second mariage ?
Apparemment quelqu'un de vos yeux est blessés

ALBIONE.
Pardonnez-moi, monsieur , mon bon temps est passé.

É S OPE.
Tant pis!

ALBIONE.
La propreté de tout temps fut permise ;
Et si vous me voyez passablement bien mise,
Il ne faut pas, monsieur, vous en émerveiller:
L'époux dont je suis veuve étant mort conseiller,
Je suis dans un étage à paroître plus grande,
Ou qu'une procureuse ou bien qu'une marchande.
Rien ne m'est plus fächeux que de m'encanailler.

ÉS OPE.
Et de quel acabit étoit-il conseiller ?
Étoit-ce en robe longue, en robe courte, en botte?

ALBIONE.
Non, monsieur, il étoit conseiller garde-note.

ÉS OPE.
La peste! N'est-ce pas ce que vulgairement
On dit tabellion, ou notaire autrement?

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ALBIONE.

Qui,

monsieur

ÉS OPE.
Vertubleu! c'est un grade sublime.

ALBIONE.
J'ai fait ce que j'ai pu pour le mettre en estime.
Conseillère à la cour, présidente à mortier
Faisoient moins de fracas que moi dans mon quartier.
Poyant à mon époux une somme assez grosse,
Je voulus avoir chaise, et puis après carrosse;
Et tous les chevaux noirs n'ayant pas de grands airs,
J'en eus de pommelés comme les ducs et pairs.
Pour mon appartement cinq chambres parquetées,
A force de miroirs sembloieni etre enchantées ;
Et ce qui m'en plaisoit, on n'y pouvoit marcher
Que l'on ne se mirat encor dans le plancher.
Ayant vu par basard, dont je fus bien contente,
De gros chenets d'argent chez une présidente,
Je priai mon mari de m'en donner d'égaux,
Et quatre jours après j'en eus de bien plus beaux.
Je fus même à la foire où j'eus la hardiesse,
Voyant un cabinet qu’aimoit une duchesse,
Pendant qu'à marchander elle se dépeçoit,
De le prendre à sa barbe au prix qu'on le laissoit.
Pour ne pas abuser de votre patience,
On parloit en tous lieux de ma magnificence,
Quand pour un inventaire où mon mari courut,
d s'échauffa si fort qu'en trois jours il mourut.

ÉS OP E.
Avez-vous achevé votre histoire modeste?

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ALBIONE.

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J'en ai dit tout le beau, j'en vais dire le reste.
Dion époux étant mort, ces miroirs, ces chenets,
Ces chevaux, ce carrosse et ces beaux cabinets,

Tout cela s'en alla chez qui les voulut prendre:
Je perdis les deux tiers quand je les fis revendre.
Enfin pour nous tenir toujours sur le bon bout,
Je n'ai rien ménagé, j'ai presque vendıı tout;
Si bien que ce matin ayant su qu'à des filles
Qui doivent leur naissance à d'honnêtes familles,
Crésus donne une dot pour les bien allier,
Je vous en offre deux prêtes à marier.
J'attends qu'en leur faveur votre bouche prononce:
Voilà ce qui m'amène.

ÉS OPE.
Et voici ma réponse.

LA GRENOUILLE ET LE BOEUF,

FABLE,

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La grenouille dans un pré,
Voyant paître le bauf, considère sa taille;

Et la trouvant à son gré,
S'enfle, sue,

et se travaille
Pour faire aller la sienne en un même degré.

Sa fille, qui la voit faire,
Lui remontre sagement
Qu'un dessein si téméraire
Va jusqu'à l'aveuglement;

Que l'appas qui la chatouille
Lui cache le péril de ce qu'elle entreprend,
Et que depuis le bouf jusques à la grenouille ,

C'est un intervalle trop grand.
Mais contre ces raisons son orgueil se soulève :
A s'enfler encor plus elle applique ses soins,
Fait de si grands efforts qu'à la fin elle crève;
Et sa témérité ne méritoit

pas

moins.

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