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de ne

n'est point où je suis de tragique où l'on pleure. Jouez-vous tous les jours ?

LE SECOND COMÉDIEN.

Oui, monsieur.
ÉS OPE.

A quelle heure ?
LE PREMIER COMÉDIEN.
Dans une heure au plus tard nous allons commencer,

ÉS OPE, Voilà le vrai mogen pas

m'annoncer. Messieurs, pour aujourd'hui je retiens une loge.

LE PREMIER COMÉDIEN.
On n'aura pas le temps de faire votre éloge.

ÉS OPE.
Et m'en peut-on faire un, à moins qu'il ne soit faux?
Que l'on n'ait pas le temps de compter mes défauts,
Cela suffit.

LE SECOND COMÉDIEN.
El quoi ! vous êtes inflexible ?

ÉS OPE.
A vous servir ailleurs je ferai mon possible.
Adieu... Je vois des gens que j'ai mis en courroux,
Que je veux debaucher pour les mener chez vous.

(Les deux comédiens sortent. }

SCÈNE V. LÉARQUE, EUPHROSINE, AGÉNOR, DORIS,

ÉSOPE.

ÉS OPE.
O çà, je suis ravi de nous voir tous ensemble:
Parlons de bonne foi sur ce qui nous assemble.
Monsieur le gouverneur , quel est votre dessein?

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LÉARQUE. De vous donner ma fille.

ÉS OPE.

Et quand ?
LÉARQUE.

Demain.

EUPHROSINE.

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Demain! Mon père, à mon égard montrez-vous moins sévère:

à
Monsieur en use mieux, il consent qu'on diffère ;
Ma prière le touche et rien ne vous émeut!

ÉS OPE.
Eh bien donc ! à demain , puisque monsieur le veut,

AGÉNOR.
Ne vous en flattez point, si vous n'avez envie
De m'arracher ensemble Euphrosine et la vie.
Je vois où je m'expose, et sais votre crédit;
Il n'est rien là-dessus que je ne me sois dit.
Crésus ne voit, n'entend, n'agit que par vous-même;
Mais qu'ai-je à redouter si je perds ce que j'aime ?
Et que peut-il me faire, avec tout son pouvoir,
Qui soit pis que ma rage et que mon désespoir ?
Monsieur le gouverneur m'a promis Euphrosine;
Et ce n'est plus à lui le bien qu'il vous destine.
J'ai reçu sa parole, et je m'y suis fié.

LÉARQUÉ.
Il est vrai, mais monsieur est privilégié.

ÉS OPE.
Voyons donc, s'il vous plaît, quel est mon privilège.
Suis-je plus beau, mieux fait, noble, riche, enfin ? qu'ai-je?
Parlez.

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LÉARQUE.
N'êtes-vous

pas

favori de Crésus?

ÉS OPE. Peut-être que demain je ne le serai plus; Et comme la faveur n'est qu'un éclair qui brille , Qui passe rarement dans la même famille, Elle a, quand elle change, un retour si cuisant , Que la faveur passée est un malheur présent. Agenor est bien fait, et votre fille est belle; L'un est né gentilhomme, et l'autre demoiselle. J'ai fait de leur amour un sévère examen: Ce sont les plus beaux feux que puisse unir l'hymen; El je n'ai feint d'aimer et de nuire à leur flamme, Que pour approfondir ce qu'ils avoient dans l'âme. Il me feroit beau voir, chargé comme un Atlas, Faire le soupirant pour de jeunes appas! Le seul âge inégal rend l'hymen' misérable, Et si vous en doutez, écoutez cette fable,

L'HOMME, ET LES DEUX FEMMES.

?

FABLE.
Un homme des plus insensés,
A quarante-cinq ans, le coeur rempli de flammes,

S'avisa d'épouser deux femmes :
Pour le faire enrager une c'étoit assez.
L'une avoit soixante ans, et l'autre vingt et quatre :
Toutes deux à l'envi le vouloient à leur goût;

Et souvent c'étoit à se battre
A qui mieux en viendroit à bout.
Pour le faire à leur badinage

L'une et l'autre n'oublioit rien :
La vieille souhaitoit qu'il parût de son age,

La jeune auroit voulu qu'il eût été du sien.

Tous les matins, sous un prétexte hounete
De montrer leur amour par de petits devoirs,
Chacune, en le peignant, arrachoit de sa tête,
L'une les cheveux blancs, l'autre les cheveux noirs.
Enfin, chauve et pelé, sa présence importune

Le rendit partout odieux.
Pour combler un hymen de joie et de fartune,

Il faut l'assortir un peu mieux :
Il étoit trop jeune pour l'une,
Et

pour l'autre il étoit trop vieux.
Monsieur le gouverneur , vous me devez entendre.

LÉARQUE.
J'accepte avec plaisir Agénor powu mon gendre :
Votre approbation en augmente le prix.

A GÉNOR.
Je ne puis dire un mot, tant vous m'avez surpris !
Monsieur, c'est justement que chacun vous renomme :
Je doute que la terre ait un plus honnête homme. ?

EUPHROSINE, à Ésope.
Vous voyez mes raisons pour ne vous point aimer;
Mais je n'en ai pas moins pour vous bien estimer :
Je m'en fais un devoir que rien ne peut enfreindre.

ÉS OPE, à Doris,
Vous qui du chat-huant n'avez plus rien à craindre....

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DORIS.

Oh! monsieur, contre moi n'ayez point de courroux;
Tout le monde eût pensé ce que j'ai dit de vous.

ÉS OPE.
Fort bien ! c'est s'excuser d'une belle manière!
N'importe, oublions tout : rendons la joie entière.

(Aux deux amants.) Loin de mettre un obstacle à vos justes désirs, Je veux faire aux chagrins succéder les plaisirs : C'est en ami sincère à quoi je m'étudie. Commençons dès ce soir par voir la comédie; Et pendant la faveur dont m'honore le roi Qu'aucun, avec raison, ne se plaigne de moi.

FIN D'ÉSOPE A LA VILLE.

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