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SCÈNE VI.

LE ROI, ZACORIN.

LE R01, dans sa folie.
001, le sceptre me pėse, il faut que je le quitte;
Il traîne trop de soins, trop d'ennuis à sa suite.
Oui, je le quitterai , tous vos efforts sont vains ;
Mais je le veux du moins remettre en bonnes mains,
Choisir pour successeur un prince débonnaire,
Sage, bien fait, prudent. Ah! voici mon affaire.

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SCÈNE VII.

LE ROI, ZACORIN, GUILLOT.

LE ROI, « Guillot. SEIGNEUR, montez au trône, et commandez ici.

GUILLOT.

Connoissez-vous Guillot, pour lui parler ainsi ?

ZACORIN.

Je ne m'attendois pas à ce truit de folie:
Mais il faut l'appuyer.

LE ROI.

Allons donc, je vous prie, Régnez, je vous remets mon trône et mes États.

GUILLOT.

Vous vous gaussez de moi, je ne les prendrai pas.

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ZACONIN.

Quoi! tu peux refuser l'offre d'une couronne?

GUILLOT.

C'est pour se goberger, morgué, qu'il me la donne.
Théâtre. Com. en vers. 4.

23

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ZACORIN.
Non vraiment, c'est le sort qui décide pour

toi. Chacun dans ce pays à son tour devient roi, Voilà ton tour venu.

GUILLOT.

Ça pourroit-il bien être ?
Mais dès demain possible on va m'envoyer paître.

ZACORIN
Et quand cela seroit, que t'importe, innocent?
Il est beau de régner, ne fût-ce qu'un instant.

GUILLOT.

Morgué ce trône est haut, et j'en crains fort la chute: Ne me faites pas faire au moins la culebute.

ZACORIN.

Votre seule vertu vous y fait parvenir,
Et nous mettrons nos soins à vous

y

maintenir. LE ROI, 6!ant sa couronne. Cette couronne est due à votre auguste tête.

GUILLOT.

Ah! mon auguste tėte est, sire, toute prête.
Morgué, boutez dessus.

LE ROI.

Prenez ce sceptre en main,

GUILLOT.

Fort bien, me voilà donc à présent souverain?

Z ACORIN, ôtant le manteau du roi. Quand ce manteau royal sera sur vos épaules.

GUILLOT.

Cette cérémonie est morgue des plus drôles;
Jamais si plaisamment je ne fus habillé.
A quel jeu jouons-nous ?

ZACORIN.

C'est au roi dépouillé.

LE ROI.

Que parlez-vous de jeu ? vous croyez qu'on se raille?
Montez, montez au trône.
GUILLOT, montant sur le trône,

vaille

que

vaille.

Allons,

ZACORIN.

2

Ce monarque est bien fou, mais je trouve aujourd'hui Que le pauvre Guillot est aussi fou

que

lui.

LE ROI.

Votre nom?

GUILLOT.
C'est Guillot! sire, à yotre service!

LE ROI.

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Que de ce nom fameux Cocagne retentisse,
Et qu'au son de la trompe on entende crier :
Vive le roi Guillot! vive Guillot premier !

GUILLOT, sur le trône:
Vous souhaitez qu'il vive, eh bien! à la bonne heure.
Et moi je tâcherai d'empêcher qu'il ne meure,
Morgué, que de plaisir ! te voilà roi, Guillot,
Tu vas boire parguenne en tirelarigot;
Tu dormiras trois jours si tu veux tout de suite,
Personne n'aura rien à voir à ta conduite ;
Drès que tu parleras, comme t'as de l'esprit,
Tout chacun s'écriera , morgué que c'est bian dit!
Droits comme des piquets, campés dans ton passage,
Les courtisans flatteux viendront te rendre hommage.
Les beautés de la cour s'en vont être à ton choix,
Tu n'auras qu'à chifler et remuer les doigts ,

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Tretoutes s'en viendront sans 'faire les rétives...'
Morguenne, que les rois ont de prerogatives !

SCÈNE VIII.
LE ROI, RIPAILLE, ZACORIN, GUILLOT.

RIPAILLE.

SEIGNEUR, que m'apprend-on, et qu'est-ce que je voi?
Vous voulez nous donner un paysan pour roi?
D'un si bizarre choix que pouvez-vous attendre?

GUILLOT.

Gardes, qu'on le saisisse , et qu'on me l'aille pendre.

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ZACORIN.

Marchez.

RIPAILLE.
Comment?

GUILLOT.

Oh dame! on m'obéit ici.
Ce ne sont pas des jeux d'enfants que tout ceci;
Apprenez qu'à présent je suis votre monarque.

LE ROI.
Sire, à votre pouvoir il manquoit cette marque.
Tenez, vous, mettez-lui ce diamant au doigt.

RIPAILLE.
Non, non, ne croyez pas que jamais cela soit.
Je garde cette bague , et ma main ne la donne
Qu'au prince à qui l'État remettra la couronne.

LE ROI, dans son bon sens:
Dites-moi, dans ces lieux qui vous assemble tous ?
Quel dessein est le vôtre ? et

que demandez-vous ? On ne me répond point, il semble que l'on craigne. Que fais-tu là, maroud , sur mon tróne?

GUILLOT.

Je règne.

LE ROI.

Tu règnes, et sur qui ?

GUILLOT.

Sur les Cocagniens, Autrefois vos sujets, et maintenant les miens.

LE ROI.

Que tout ce que je vois m'étourdit et m'étonne!
Quoi! mon manteau royal, mon sceptre, ma couronne?
Ripaille, vous plaît-il de m'éclaircir ceci?

RIPAILLE.

Apparemment, seigneur, cela vous plaît ainsi.

LE ROI.

Ils ont perdu l'esprit. Approchez-vous, Bombance.

SCÈNE IX.

LE ROI, BOMBANCE, RIPAILLE, ZACORIN,

GUILLOT.

BOMBANCE.

Mon roi, dans cet état que faut-il que je pense ?
Un autre revêtu du souverain pouvoir !

LE ROI.

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Ma foi, je le demande, et ne le puis savoir.

GUILLOT.
Paix-là, messieurs, paix-là, s'il vous plaît, qu'on se taise,
Et qu'on me laisse ici régner tout à mon aise.

BOMBARCE,
Je vois qu'ici chacun extravague à son tour,
C'est un sort que l'on a jeté sur votre cour.

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