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de Sainte Marthe on ne connoît per-
fonne qui ait entrepris d'imiter en vers
le Zodiaque de la vie humaine, ou de
le traduire en profe. Il eft pourtant vrai Mon.
qu'il en parut en 1619. in-8°. à Paris
une imitation en vers François par M.
de Riviere, Confeiller du Roi en fa Cour
de Parlement de Rennes : & Colletet en
parle dans fon difcours de la poësie
morale où il fe rétracte des louanges
qu'il avoit données à cette imitation.
Quoiqu'il femble, dit-il, qu'en ma «<<
jeunesse j'aye fort estimé cet ouvra, «
ge, comme on le peut voir par plu- «<
fieurs vers de ma façon qui paroiffent
au frontispice; fi eft-ce qu'ayant ac- «
quis avec l'âge & avec le travail un «
peu plus d'expérience de notre art, «<
j'avoue ingénument que je fais ici bien «
plus d'état de la noble intention que «<
l'Auteur eut de bien faire, que de «e
l'exécution d'un fi hardi & fi pénible <<<
deffein. »

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Colletet pouvoit néanmoins se vanter d'avoir approuvé cet ouvrage en affez bonne compagnie. Il n'eft pas en effet le feul dont on voye les vers au commencement & à la fin du livre. La plupart des Poëtes Latins & François de ce tems-là femblerent s'être ligués pour

TRADUC

TIONS DES
POET. LAT

TIONS DES

:

accabler l'Auteur & fon livre de leurs TRADUC- éloges. L'ouvrage a pour titre, le ZoPOET. LAT. diaque poëtique, ou la Philofophie de la MOD... vie humaine. M. de Riviere l'appelle fon livre, comme s'il étoit de fon invention. Mais il s'explique dans fon avis au lecteur, où il veut bien que l'on fçache qu'il l'a compofé fur le patron du Zo» diaque de Marcelle Palingene grant >> Poëte & Philofophe Latin, docte, » fublime, & fententieux plus que ne » fut oncques aucun Poëte Grec, La, tin, ni François, fans faire tort à » perfonne. Il confesse qu'il en a pris » librement toute la philofophie, hor» mis ce qui eft erroné & injurieux.... » qu'il en a trié les pierres précieuses, » & qu'il les a mifes & enchâffées en >> notre poësie. »,

"

Ils'eft donné une autre liberté, c'est d'ajouter beaucoup au poëme de Palingene, pour réfuter les opinions de Christophe Gamon qui dans fa Semaine de la création du Monde, en vers, imprimée en 1609. & qui eft une critique, fouvent fort aigre, de la Semaine de Sallufte du Bartas,» avoit remis fus quelques vieilles > erreurs des anciens, foutenant opi»niâtrement qu'il n'y a autres cieux →ne firmament que l'air, & n'être

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TRADUCTIONS DES

qu'une même chofe: que les cieux «< font immobiles, & que les aftres vo- «< guent parmi les airs fans être fixes. » POET. LAT.. C'eft principalement dans le onzième MOD. & dans le douziéme livre que M. de Riviere entreprend de réfuter Chriftophe de Gamon. It l'attaque à armes égales, comme il le dit, c'eft-à dire en vers: Car, ajoute-t'il, de combattre les opinions d'un Poëte en profe, le combat ne feroit ni égal, ni raisonnable.

La poëfie de M. de Riviere n'est pas même une profe supportable. On rencontre plufieurs fois dans une même page des expreffions forgées, obfcures, furannées. Cet Ecrivain viole partout les regles les plus indifpenfables de notre verfification. Mais l'on voit par plufieurs de fes notes marginales qu'il étoit bon François, & très-attaché aux maximes de la morale la plus exacte. If montre ailleurs un grand éloignement 1 pour les fables, & une jufte averlion des poëfies licentieuses. Il étoit de Paris, puifqu'il appelle cette ville fa patrie, dans fon Epître dédicatoire à Charles de Coffé, Comte de Briffac Maréchal de France, qu'il louë principalement d'avoir remis en 1594. la ville de Paris entre les mains de Henri i

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POET. LAT.

IV. Il mourut fubitement dans la mê TRADUC- me ville le cinquiéme de Novembre de TIONS DES l'an 1618. âgé de cinquante-fept ans, MOD. comme on l'apprend de fon épitaphe composée en vers Latins par RenéMichel de la Rochemaillet qui étoit fils de fa fœur. Ainfi il n'eut pas la fatisfaction de voir paroître fon ouvrage qui ne fut imprimé que l'année fuivan-te. J'ai oublié de vous faire remarquer qu'il étoit en vers héroïques.

M. de la Monnerie n'a pas reçu tant d'éloges que M. de Riviere de fa traduction en profe du même poëme imprimée à la Haye en 1731. Mais cette traduction a été plus luë, & mérite plus de l'être. Si elle ne met point en état ceux qui ignorent le Latin de juger par eux-mêmes du ftyle & de la verfification de Palingene, elle leur procure la facilité de juger au moins du fond de fon ouvrage. C'est la feule traduction de ce poëme que l'on puiffe lire avec quelque fatisfaction. Elle a été faite fur l'édition de Roterdam de 1722. qui paffe pour la plus correcte, & qui eft auffi la plus belle. M. de la Monnerie a mis des argumens à la tête de chaque livre, & ils paroiffent faits avec foin. Ces argumens ne font point inu

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tiles pour
réunir en quelque forte
les idées d'un Auteur qui ne paroît pas
toujours le fuivre, qui au contraire s'a-
bandonne à bien des écarts, & qui dans MOD.
le deffein de ne rien omettre lorsqu'il
entreprend de traiter un fujet, touche
tout ce qui peut le concerner de loin
comme de près.

La préface qui précede cette traduction, & que l'on veut faire paffer pour être d'une autre plume que de celle du Traducteur, eft une apologie continuelle des fentimens répandus dans le poëme de Palingene. L'Auteur quel qu'il foit, s'y attache principalement à louer le Poëte fur ce qui l'a fait le plus cenfurer. Il lui fait même un mérite de l'exceffive vivacité avec laquelle il a attaqué ce que notre Auteur appelle les fuperftitions du tems où le Poëte vivoit. Mais il n'a pas voulu faire attention que s'il est toujours louable de condamner la fuperftition, & d'empêcher les autres de la prendre pour la vérité, il est au moins dangereux de parler de cette matiere avec un ton de Satyrique, & que pour détruire des abus il faut des raifons & non des déclamations aigres & emportées; excès dans lequel tombe plus d'une fois Pa

TRADUC

DES

TIONS
POET. LAT.

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