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A tant, fe teut le Normand Philofophe, De fon temps gentil Clerc, ains gaudiffeur juré, Et que pieça, dit-on, aviez pour tout Curé, Mais dont Prônes meshui, ne font pas de l'étoffe,, D'un Pasteur enfepulturé.

Or, s'en partit revoir la quointe bande
D'amis féals qu'en l'autre monde avez;
Ja n'eft métier qu'illec il vous attende::
Si ne dira pourquoi celle legende,
Trop mieux que nous la raison en fçavez.

Que fi dans cinquante ans fans être grain malade,

Force vous eft pourtant à la parfin

Sur lit géfir en piteuse parade,

Et vers les Morts prendre votre chemin,
A donc verrez maint & maint Camarade,
Qui menant fefte & moult joyeux Hutin,
A grand randon vous feront accolade.
Là trouverez Meffire Benferade,
Le Preux Chapelle, & Maître Chapelain,
Les Damoizels, Voiture & Sarrazin,
Et cil, qui Chanfon ne Balade
Onc ne rima fans hanap de bon vin.
Adieu, Seigneur, qui jadis par le monde
Fin ne mettiez d'aimer ou batailler,
Roide Joufteur, & courtois Chevalier,
Affez devant les Guerres de la Fronde;
Si revenez ès bords de la Gironde
En coche clos, & fans vous travailler

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Verrez Chastel fiz à dextre de l'onde,
Qui perron n'a ne fuperbe escalier,
Mais dont Foffez ont eau claire & profonde;
Là demeurons; veuillez ne l'oublier.

Souvenez-vous en donc, s'il vous plaît, Monfieur, fi par hazard l'envie vous prend de revoir votre belle maifon de Semeac. En attendant, trouvez bon que nous finif fions cette longue Lettre; nous avons eu beau changer de ftile & de langage, pour en faire quelque chofe, vous voyez combien nous fommes reftés au-deffous de notre fujet : il faudroit, pour y réüffir, que celui que nos fictions viennent de réfufciter, fût encore parmi les vivans. Mais

Il n'eft plus de Saint Evremont,
Et ce Croniqueur agréable

Du ferieux & de la fable,

Ce Favori du facré Mont,

N'a pu trouver le Cocyte guéable:

Et de ce Fleuve redoutable

Le retour n'eft permis qu'au Comte de Grammont

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LETTRE DE MONSIEUR

de la Chapelle à Monfieur
Hamilton.

Toy qui fur l'helicon voles,
Et qui dans tes efforts divers,
Près des Mufes que tu cajolles,
Sûr de toi, jamais ne te perds:

pervers,

Toi qui dans des aimables Vers;
Maître du fens & des paroles,
Ne connois point les tristes fers,
Sous qui, dans des écrits frivolles,
Que tracent mille autheurs
De notre fiecle les idoles,
Gémit, & marche de travers
La raison, fur des rimes folles
Aprens moi l'art de badiner,
Sans ramper, & fans me géner

De tes cadences acouplées
'Aprens moi l'art miraculeux :
Comment en rimes redoublées,
Vingt fois avec un tour heureux
A nos oreilles rappellées,

Un vers court,
& pourtant nombreux
Enferme un fens noble & nerveux?
Loin des expreffions enflées
On voit dans tes plus fimples yeux

Toutes les graces affemblées.
De ce ftile vif & ferré
Qu'on crût par la parque cruelle
Avec que Chapelle enterré,
L'honneur par toi se renouvelle.
Pour moi qu'une Muse rebelle
A d'un autre vin enyvré,
Si dans une route fi belle
Sur les pas d'un guide fidelle
Je fuivois le chemin montré,
Bien loin d'aller jufqu'à Chapelle,
Dont la voix au fommet t'appelle;
Je ne joindrois pas Bas-Chaumont
Dans les routes du facré Mont.

Les rimes redoublées font de veritables. routes pour moi; fouffrez, Monfieur, que j'en forte, & que je me mette dans le chemin uni de la Profe.

Vous fçavez que les deux Autheurs des rives de la Garonne ne font pas les feuls à qui le hardi deffein d'écrire l'Hiftoire du Comte de Grammont, foit venu dans l'efprit. Libre des occupations ferieuses, auf quelles un devoir plus preffant m'attache, fi j'avois eu

La main qui crayonna L'ame du grand Pompée, & l'efprit de Cinna, j'euffe voulu l'employer à peindre l'inimi table Comte de Grammont.

Je doute
Dans le caractere Romain

En traits excellens fi fertile,

Pour cet autre nouveau deffein :
Se fût trouvée affez habile.

encor que cette main

Les graces naives, les actions fublimes, les merveilles du courage, les vivacités de l'efprit, les foupleffes du courtifan, les hardieffes de l'amant, les entreprises du guerrier, les vûës du politique; le jeu, l'intrigue de la Cour, la galanterie, la guerre, occupations d'une très-longue vie: les fautes & les traverfes, fouvent plus heureuses que les profperitez même, & que la bonne conduite; les défauts auffi admirables que les vertus, un mêlange de qualitez oppofées, & d'avantures extraordinaires, forme dans le Comte deGrammont un caractere rare & fingulier, que je ne crois pas qu'il foit poffible de bien reprefenter,

Vos Auteurs Gafcons ont deliberé fur le choix du ftile, dont il falloit fe fervir pour écrire cette furprenante Hiftoire; pour moi, j'ai fouvent fongé à quel Héros. de l'antiquité on pourroit comparer ce Héros de notre fiecle.

Mecene s'eft quelque fois presenté à mon efprit: l'amitié d'un autre Augufte, plus grand que celui de Rome : l'extraction prefque pareille, & comme Royale

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