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ses poin

CHAP. VII. s'il cherche hors de vous la paix &

le bonheur, il ne trouvera qu’affli.

tion & misere. Plus il s'appuiera sur
une autre main que la vôtre, plus le
foible roseau qu'il choisira pour fon
appui lui percera
percera la main

par
tes aiguës en se brifant. Plus il vou-
dra se reposer en lui-même, plus il
fe deviendra infupportable. Plus il
cherchera dans des biens étrangers
celui qu'il n'a pas , plus il augmente-
ra son indigence, en augmentant son
agitation. IÌ n'y a par tout , hors de
vous , Seigneur , qu'une vaine appa-
rence de felicité, qui cache aux im-
prudens un vuide affreux, & une réel-
le misere. L'homme injuste fuit son
bonheur, en vous fuiant. Il celle de
Je chercher , en ceffant de vous aimer.
Il le cherche foiblement, en vous ai-
mant foiblement.

:: 3. Il ressemble à un malade qui
connoiffant

peu

sa maladie, en accu-
fe sa situation. Il en change à tout
moinent. Il se faic transporter d'un
e lit à un autre , d'un appartement à un

aurre. Il prend toutes sortes de figures.
Il se place dans tous les sens où il ef-
pere trouver quelque relâche. Il fe

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tourmente & s'inquiete, & fácigue CHAP. VII.
ceux qui le servent, par des ordres
contraires. Mais rien ne change fon
état. Toutes les situations font dures
& pénibles : & foit qu'il fe couche
fur le côté, sur le dos, sur la poi-
trine , soit qu'il invente d'autres ina-
nieres de se mettre , tour le blefle &
tout le repousse. Malheur à l'ame in-
fidéle & présomptueuse, ô mon Dieu,
qui espere , en s'éloignant de vous
trouver quelque chofe de plus con-
folant & de plus doux ! Qu'elle s'a-
gire , qu'elle se tourne, qu'elle varie
fes objets & ses desirs, elle éprouvera
que tout se convertit en affliction &
en amertume pour

elle , & que vous
feul pouvez être son repos. Ve ani- Aug. l. 6.
ma audaci , quæ fperavit, fi à'te recef- Conf.c.26.h ago
fiet , fe aliquid melius habituram. Verfa
& reversa in tergum, in latera , & in
ventrem, dura funt omnia, in foe
kus requies.

4. C'est une justice que cela foit ainfi , & que le mauvais choix qu'on fair d'un autre objet , soit puni à l'inftant par une amertume qui deviendroit un remede , fi l'on sçavoit en profiter. Il est mêine de la bonté &

CHAP. VNI de la miséricorde de Dieu , de trous

bler le faux repos qu’on cherche hors de lui , dans les créatures qui n'ont que ce qu'il leur a donné , & qui sont incapables, quand elles seroient toules réunies, de tenir lieu de lui , & de consoler le coeur de son absence.

s. Où courez - vous à travers des lieux escarpés, nous dit la Sagesse éternelle, par la bouche de saint Auguftin? Où courez-vous ? Ne voiez --vous pas que le bien que vous poursuivez n'a que ce que Dieu lui a donné; qu'il n'est qu'une foible participation de la bonté & de la beauté, 80 qn’il en dépend totalement ? Les perfections qu'il en a reçues sont réelles, mais très bornées ; elles n'ont aucune proportion avec vos desirs qui font infinis. Elles en ont encore moins avec le bien souverain que vous abandonnez. N'est-il pas jufte , fi vous persévérez dans une fi injuste préférence , que la créature vange le créateur par

la tristelle & par l'amertume', .dont Aug. Confil. votre méprise sera suivie ? Quo itis in 4.6.19.n. 1. afpera? Quo itis ? Bonum quod amatis,

ab illo eft. Sed quantum eft ad illum? Bonum eft 6 (naves fed amarum erit:

juftè, juftè , quia injuftè amatur , deferto illo, Chap. VIII. quidquid ab illo eft.

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Si un tel amour fans partage ne

nous étoit pas commandé par la
loi, nous devrions souhaiter
qu'il nous fût permis , parce
que lui seul peut nous rendre
heureux.

1. S'il étoit donc possible que le commandement indispensable d'aimer Dieu de tout notre cæur ne nous imposât pas cette heureuse nécessité, nous devrions pour notre propre. interêt desirer qu'un tel amour nous fût permis. Car la vie de notre cæur étant l'amour , & notre cæur étant comme la vie de notre ame, nous serions toujours indigens & toujours malheureux, fi nous écions contraints d'errer de biens particuliers en biens particuliers, fans pouvoir nous fixer dans aucun, parce qu'aucun n'a les mêmes caracteres que nos desirs, qui sont immenses & infinis, & que rien ne peut les satisPartie 1.

Bb

Char. VIII. faire , s'il n'est le bien universel, le

bien même dans la fource, le bien par essence & par état.

2. Quelque injustes & quelque aveugles que nous foions, notre injustice & notre erreur ne changent ni nous, ni les biens. Nous n'avons rien de moins , & les biens n'ont rien de plus. La disproportion entre eux & nous subsiste malgré nous. Nos pensées & nos passions peuvent nous tromper avant l'expérience & l'essai : mais l'expérience & l'essai nous dé

que nous puissions en empêcher l'effer.

Nous accusons alors notre méprise, ou l'objet ; mais avec espérance de mieux réussir , faisant autre choix. Et ce nouveau choix causé

par la même illusion , est puni par

le même repentir. Nous sommes ainsi toujours occupés de la recher. che, & toujours trompés. Ne serions-nous pas bien malheureux , si cette inquiétude & cette continuelle méprise étoient sans remede? Et n'estce pas pour nous une grace d'un prix infini , qu'il nous soit permis ( car je mets à part le commandement ) de

trompent, sans

en

lin

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