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lequel il place en l'année 710. de Jesus-Christ. Croïane donc que le Comte Don Julien a eu besoin de tout ce qui resta de cette année, après l'affront qu'il reçut du Roi Don Rodrigue , pour cabaler contre ce Prince , qui il vouloit faire éprouver tout fon ressentiment, & que l'année 7 i 1. s'écoula avec les mesures que prit Muza

par

ordre du Calife, pour tenter la conquêre de l'Espagne , & avec les expéditions que Tarif fit dans ce Païs, où il avoit été envoïé pour effaïer la fortune ; il fe persuade que la ruine de la Monarchie Gotique appartient nécessairement à l'année 712. de Jesus-Chrift &750. de l'Ere. Quoique ces réflexions paroissent fi fenfées, l'Abbé de Vayrac s'est éloigné de son sentiment, sous prétexte que dans l'intervale de tems qui se trouva entre le ravislement de la fille du Comte Don Julien & la fin de l'année cela pouvoit se faire fans peine à caufe de la proximité des lieux. Non content d'en faire encore de même à l'égard du mois & du jour de la bataille , il lui reproche d'avoir adopté l'erreur de Mariana sur l'interprétation des prétendues Ides du mois Schevval des Arabes. Mais quelques observations prouveront qu'il auroic beaucoup mieux fait de s'être conformé à Fer

711, tout

reras.

1°. Son reproche est très-mal fondé, car Ferreras n'a point du tout suivi Roderic de Toléde , d'où l'on peut conclure qu'il ne s'est nullement trouvé dans le cas d'expliquer son ve des Ides du mois Schevdal. Ferreras indique à la vérité de même que Mariana le 11. de Novembre pour le jour de la bataille décisive, mais comme, fuivant son opinion, il s'agit alors de l'année 94. de l'Hégire , qui de son propre aveu com

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niença le 7. d'Octobre ; il est évident qu'il est question du second mois de cette Hégire, nommé Suphar, lequel s'écoula depuis le 6. de Novembre jusqu'au s. inclusivement de Décembre suivant, & dont le 6. par conséquent tomba avec le 11. du premier de ces deux mois de l'année Chrétienne. Ainsi reprocher à Ferreras d'avoir donné en cette occasion dans l'erreur de Mariana, c'est chercher à s'exposer soi-même à la Critique.

2°. Quand il seroit vrai que l'intervale de tems qu'il y eut entre le ravissement de la fille du Comte Don Julien, & la fin de l'année 711. auroit pû suffire, pour que les Maures parvinssent à détruire les forces des Gots; ce qui paroîtra toujours très-douteux, principalement si l'on accorde à l'Abbé de Vayrac tous les voïages qu'il fait faire au Comte ; il est faux, suivant le systeme de cet Ecrivain , que le Comte & les Infidéles aïent eu tout ce tems, puisque quelques pages plus haut, ce Moderne prétend, dit-il, d'après le Célébre Abbé de Longuerue, que le combat avec lequel périt la Monarchie Gotique, le donna le 28. du mois que les Arabes appellent Ramadhan , qui répond, marque-t-il, au 26. de Juillet; de forte qu'il s'en falloit plus de cinq mois que l'année ne fût à la fin. A la vérité, il ne seroit pas trop facile de décider de quel mois de Juillet il entend parler , si on vouloit le trouver par

le mois Arabe qu'il nomme; car ou il prend le commencement de la premiére année de l'Hégire au 15. de Juillet de l'an 622, de Jesus Christ, de même

que l'ont fait Alfraganus, Albategnius , & d'autres que Ducange a suivis, ou il le place un jour plûcard, comme je l'ai fait sur l'autorité de Scaliger,

du P.

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du P. Pétau, de Riccioli & d'autres. Dans l'un & dans l'autre

cas, on ne trouvera point que le 26. de Juillec de l'an 711. ou même 712. de Jesus-Christ , ait pû répondre au 28. du mois Ramadhan des Arabes. On {çait que ce inois-ci est toujours le neuviéme de l'année Arabique; ainsi pour sçavoir auquel de nos mois il doit avoir du rapport, il n'y a qu'à sçavoir en quel tems a commencé l'année à laquelle il appartient , & observer que des huit mois Arabes qui le précédent, quatre font de 30. jours & les

quatre autres de 29, lesquels réunis ensemble font 236. jours. Cela posé, suivant Ducange & ceux qui lui ont servi de Guides, l'Hégire 92. a commencé le 28, & selon Scaliger, le P. Pétau, Riccioli & beaucoup d'autres , le 29. d'Octobre de l'an 710. de Jesus-Christ. Or, en comptant de fuite, depuis ce 2.8o. Ou 29€, d'Octobre inclusivement, les 236. de nos jours répondants à pareil nombre compris dans les huit premiers mois de chaque année de l'Hégire, on trouvera que le mois Ramadhan des Arabes de l'Hégire 92. a commencé avec le 21. Qu 22. de Juin de l'an 711. de Jesus-Christ; de sorte que

son 28. est tombé avec le 18. ou le 19. de Juillet suivant. L'Hégire 93. a commencé, suivant la premiére opinion, le 18. d'Octobre de l'an 711. de Jesus-Christ, ou selon la seconde, le 19. du même mois, parce que l'Hégire 92. fut abondante. Faisant

, pour les huit premiers mois de l'Hégire 93. la même opération que pour ceux de sa précédente; il est évident que le premier jour de son neuviéme mois, appellé Ramadhan échut avec le 10. ou le 11. de Juin de l'année 712. de Jesus-Christ, le mois de Février de celle-ci aïant eu un jour intercalaire, &

Tome II,

donc,

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que

le 28. du même mois Arabe se passa avec notre 7€. ou 8. de Juillet suivant. Par conséquent, il n'est pas

facile de décider de quel mois de Juillet parle l'Abbé de Vayrac , en le cherchant par celui des Arabes qu'il nomme, puisque le 28. de celui-ci n'a pas pû tomber avec le 26. de l'autre , comme il le marque , ni en 711. ni en 712. de Jesus-Christ.

Heureusement quelques pages après, cet Ecrivain nous tire de cet embarras. Aïant raconté comment le Comte Don Julien apprit l'affront qu'il avoit reçu en la personne de sa fille , les mouvemens que ce Seigneur se donna pour se venger, la descente qu'il fie avec Tarif sur les Côtes d'Andalousie, il ajoûte tout de suite. » Qu'incontinent après, il alla rendre comp>> te à Muza du succès de son entreprise ; qu'il fe

rembarqua sur le champ avec Taric, & que peu »» de tems après la bataille fe donna. Or , poursuit-il, » dans l'intervale de tems qui se trouve entre le ra.

vissement de sa fille & la fin de l'année 771. tout » ce que nous venons de dire pouvoit se faire sans

peine, à cause de la proximité des lieux, ni aïant » que le Détroit de Gibraltar à passer. « Par ce raisonnement, l'on sent que l'Abbé de Vayrac entend que

la bataille s'est donnée avant la fin de l'année 711. de Jesus-Christ , puisqu'il la lie avec tont ce qu'il dit avoir. pû être fait sans peine dans l'intervale de tems, entre le ravissement de la fille du Comte & la fan de cette année. Il affûre ailleurs, comme on la vû, que cette action se passa le 26. de Juillet ; par consequent ce fut donc, selon lui, dans le mois de Juillet de 711. Mais j'ai prouvé d'un côté, qu'en cette année, le 26. de Juillet n'a pas pû répondre au 28.

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tre, que

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(du mois Ramadhan des Arabes ; j'ai observé d'un au

si le combat se fût livré le jour qu'il indique, le Comte n'auroit pas eu jusqu'à la fin de l'année 711, comme il le dit , pour porter à faire la guerre à Don Rodrigue, ni ceux-ci pour tenter fortune, & détruire enfin les forces des Gots. Donc, l'Abbé de Vayrac a donné une fausse date pour le jour de la défaite de Don Rodrigue, & se contredit lui-même en traitant du tems de cet événement; & s'il a copié fidélement l'Abbé de Longuerue , c'est à tort qu'il témoigne de la farprise, de ce que Ferreras n'a point adopté le même système. D'ailleurs , il fait faire à Isidore de Béja une faute considérable contre la Chronologie, pour appuïer son opinion. Prévenu avec raison, que la meilleure par. tie de l'Hégire 92. des Arabes s'écoula avec plus des neuf premiers mois de l'année 711. de Jesus-Christ, il aflûre qu'Isidore de Béja a marqué cette Hégi. re pour Epoque de la ruîne des Gots; mais, comme il déclare en même tems, que le même Auteur indique aussi l'an 7so. de l'Ere; qu'on sçait d'ailleurs

que cette année s'est écoulée avec celle de 712. de JesusChrift, & qu'il est sûr que la meilleure partie de celleci à répondu directement à la meilleure partie de la 93. de l'Hégire, puisque cette derniére commença le 19. d'Octobre de l'année 711, du Calcul Chrétien-; il est clair qu'au lieu de l'Hégire 92. il auroit dû marquer l'Hégire 93. qu'on lit en effet dans Isidore de Béja , ainti que je l'ai fait voir précédemment.

Tout ce qui pourroit favoriser la Critique de l'abbé de Vayrac, c'est qu'en 711. de Jesus - Christ, le 26. de Juillet étoit un Dimanche, & que Roderic de

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