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ANNE'E

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ERE DES PAGNI. 684

1. Tous ceux qui auront été rébelles & traîtres au Roi & Ds à la Patrie, osant attenter à la vie du Prince & à fa Cou

ronne, & s'adressant pour cet effet aux Etrangers, afin de Ses Canons. se servir de leurs Armes contre la Monarchie des Gots, fe

ront excommuniés pour toute leur vie, & dépouillés de leurs
biens, sans

que

l'on puisse leur donner la Communion, fi ce n'est à l'article de la mort; si c'est un Ecclésiastique, il fera dégradé. On prie même le Roi & les autres Princes de ne contrevenir en rien à ce Décret, & de tenir au contraire la main à fon exécution.

11. Si le Célébrant à la Messe ne peut point pour quelque accident achever le Saint Sacrifice , l'Evêque ou quelque autre Prêtre pourra continuer & suppléer à fon défaut, quoiqu'il ne fût pas alors même à jeûn. Dans toute autre occafion, il ne sera jamais permis à personne de célébrer la Messe qu'à jeûn, ni de la quitter, après l'avoir commencée, sous peine d'excommunication.

III. Les Ecclésiastiques qui s'exempteront d'assister à l'enterrement de l'Evêque, fous prétexte d'un appel au Métropolitain & au futur Synode, on leur interdira pour un an de dire la Mesle & de recevoir la Sainte Communion. Si. les Ecclésiastiques les plus élevés en Dignité dans l'Eglise, dont l'Evêque sera sur le point de mourir, ou même mort, n'avertissent point, soit par malice, soit par négligence, l'Evêque voisin, afin qu'il vienne faire les funérailles de son Confrere, ils seront enfermés un an dans des Monastéres, pour y faire pénitence.

IV. Sur les plaintes que faifoient les Prêtres des Paroisfes de la Province de Galice contre les exactions de leurs Evêques, qui se faisissoient de toutes les rentes des Eglises, qu'ils réduisoient par-là à une extrême misére, il est défendu à tout Evêque de prendre désormais plus de deux sols d'or de chaque Eglise , & rien des Monaltéres. Il est aush enjoint à tous les Evêques, de faire ensorte de n'être point à charge dans leurs Visites , par un Cortége trop nombreux, & il leur est ordonné de ne rester qu'un jour en chaque Eglise.

V. On laissera vivre tranquilles les Moines', qui dans leurs Célulles & dans leurs rétraites travaillent à acquérir de la perfection ; mais les Evêques renfermeront dans des Monastéres, pour remplir leur profeflion & leurs devoirs,

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ceux qui étant ignorans & de mauvaises meurs, en seront Ens d'Es

sortis & coureront le Païs, sous prétexte d'enseigner les au-
tres & de travailler au salut d'autrui, ou qui se feront re-
tirés dans quelque Hermitage à leur choix, quoiqu'ils n'euf-
sent même communication avec personne. A l'avenir, l'on
ne permettra de professer la Vie Monaitique, qu'à ceux qui
auront vécu dans les Monastéres pour apprendre leur Ré-
gle, dont ils montreront la pratique dans leurs actions, &
pour s'instruire dans les Saintes Ecritures.

VI. En considération du Roi & de fa Cour, & pour leur
consolation & celle du Métropolitain de Toléde , les Evê-
ques voisins de cette Ville feront obligés d'y résider un
mois chaque année, pourvû que ce ne soit point dans le
tems de la Moisson ni des Vendanges. On termina ensuite
le Concile, tous les Peres rendant graces à Dieu & au Roi
Chindafuinthe, qu'ils prierent la Majesté Suprême de com-
bler de prospérité dans cette vie & dans l'autre (A).

Saint Fructueux, Abbé & Fondateur du Monastére de Monastére de
Complute sur le Territoire du Vierze, ainsi nommé pour Complute,
avoir été dédié aux Saints Enfans Juste & Pasteur, Martyrs Fru&uoux.

fondé par S.
de Complute , qui est aujourd'hui Alcala de Henares , de-
manda au Roi Chindafuinthe son Privilége pour la sûreté
des Pâtis & des limites de son Monastére , qu'il avoit fon-
dé de ses propres biens. Chindafuinthe le lui accorda & lui
fit même pour son Monastére quelques présens, dont il est
parlé dans le Privilége, daté du 15. des Calendes de No-
vembre, c'est-à-dire du 18. d'Octobre de cette année, &
signé du même Roi, de la Reine Riciberge, d'Eugêne Mé-
tropolitain de Toléde , de Candidat Evêque d’Astorga , de
Vasconius Evêque de Lugo & de tous les Abbés & Pala-
tins qui souscrivirent au Concile VIII. de Toléde. C'est
ce qu'il paroît par un Privilége que l'on trouve dans l'Egli- Privilege
se d'Astorga , & qui est inséré dans un autre expédié en produit en fa
confirmation

par

le Roi Don Ramire III. d'où Sandoval dit
l'avoir tiré fidélement.

Il y a néanmoins plusieurs raisons qui donnent lieu de Sa Faufleté
douter de la réalité de ce Privilége. Premiérement , sa da- & fa suppoli-
te est du même jour que l'on commença de célébrer le Con-
cile. Or, il ne paroît pas vraisemblable qu'on l'eût expé-
dié dans un jour que l'on avoit tant d'autres occupations.
(A) Actes de ce Concile.

faveur.

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DE

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L'on s'efforce en vain de soutenir que Saint Fructueux ac-
compagna au Concile l'Evêque Candidat, il n'est pas

dif.
ficile de sentir, par l'observation que je ferai plus bas, que
ce n'est qu'un subterfuge, à cause de la nécessité indispen-
sable où l'on est de dire, que ce Privilége a été donné à
Toléde, où le Roi étoit ce jour-là. En second lieu, le Roi
qualifie Saint Fructueux du Tître de très-Saint, ce qui ne
paroît pas s'accorder avec le simple nom d'Abbé qu'il lui
donne au commencement ; à quoi l'on peut ajoûter que
l’Epithéte bienheureuses donnée aux mains de Saint Fruc-
tueux, est de quelque personne qui a vénéré ce Saint après
sa mort. Troisiémement, le Privilége n'est signé que des
trois Evêques mentionnés ci-dessus, sans que l'on entrevoie
aucune raison pour laquelle tous les autres Evêques qui af-
fifterent au Concile , se seroient exemptés de donner leur
signature. Mais ce qui prouve évidemment la fausseté de cer
Acte, est que Candidat Evêque d'Astorga n'aslista point à
ce Concile, puisque Paul Prêtre, son Vicaire , y fouscrivit
pour lui, comme je l'ai marqué plus haut : par conséqueno
l'Evêque Candidat n'étoit point à Toléde, & n'a pû y signer
ce Privilége qui a dû nécessairement être expédié dans cette
Ville, parce que le jour de fa date, le Roi Chindafuinthe &
Eugêne Métropolitain de Toléde, dont les noms sont au
bas, le trouvoient dans cette Place.

Lorsque j'ai parlé de Saint Conantius Evêque de Palence, je n'ai fait qu'une légére mention du Glorieux Sains Fructueux, quoiqu'il soit né sur l'Evêché d'Astorga, où j'ai aussi pris naissance, & que je fois pour cette raison dans une espéce d'obligation de m'étendre sur ce qui le regarde ; mais je n'ai pû me dispenser d'en agir ainsi, parce que Saint Valére qui a écrit fa Vie, & qui vivoit proche du Monastére de Complute, n'a observé aucun ordre Chronologique. dans le récit de ses actions. C'est aussi ce qui fait, qu'a l'occasion du prétendu Privilége du Roi Chindasuinthe, je vais raconter en peu de mois le principal de fa Vie, fans chercher à rien placer dans un tems déterminé, puisqu'il

n'est pas poffible de le faire. Abrégé de

Saint Fructueux étoit né sur le Territoire du Vierze, au la Vie de S. Diocèse d'Astorga, & islu du plus illustre Sang des Gois, Cructueux.

puisque Saint Valére marque qu'il étoit du Sang Roial, ce
qui étoit facile alors, parce que le Roïaume des Gots étant

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pere fut

fut mort

électif, il suffisoit, pour que l'on dît qu'une personne étoit ERE v’Es de Race Rorale, que quelqu'un de la Famille fût monté

sur le Trône. Allant avec son pere examiner les Troupeaux,
il prenoit plaisir à considérer combien ces lieux sauvages
étoient propres à la retraite. Dès que

son

il se fit couper les cheveux, & il s'attacha à Saint Conantius Evêque de Palence, sur la haute réputation de ses grandes vertus, afin de s'instruire dans la science des Saints. Sous la conduite d'un Maître si habile , il fit des progrès fi grands & fi rapides, qu'il s'en retourna bien-tôt dans son Païs natal, où il emploïa la meilleure partie de son bien à la Fondation d'un Monastére qui prit le nom de Complute, parce qu'il étoit dédié aux Saints Juste & Pasteur, Martyrs de cette Ville.

Après qu'il eut fondé ce Monastére, où l'odeur de få Sainteté attira en peu de tems une foule de Moines , qui vivoient dans une grande retraite & en vrais Pénitens, son beau-frere porta contre lui des plaintes au Roi, s'efforçant de lui faire entendre que les biens qui appartenoient à la femme, avoient été emploiés dans cet ouvrage pieux. Le Roi, dont la Religion fut surprise par de fausses dépositions, ne put refuser à celui qui lui paroissoit lézé, la justice qu'on Tui demandoit. Ainsi il délivra au beau-frere un ordre , pour rentrer en possession des biens qu'il répétoit, & pour en dépouiller le Monaftére. Saint Fructueux en asant été averti, fit sur le champ ôter & cacher tous les Oracmens des Autels, & tout ce qui servoit au Culte Divin, & redoubla en même tems ses priéres & ses jeûnes, pour obtenir du Ciel d'embrasser la défense de sa cause, qui étoit celle du Monastére & des Moines. Dieu eut égard à la demande, &permit que l'injuste beau-frere mourût sans enfans, avant

que

de. s'être faisi des biens du Monastére, ce qui mit fin à cette tempête, que le Pere des Enfans du Siécle avoit suscitée contre ceux qui l'avoient abandonné sous la direction du. Saint. Cependant la grande réputation de Saint Fructueux,

Plafieurs

Monaftéres dont la Majesté Divine faisoit connoître la Sainteté

par doivent leur grand nombre de miracles, étoit cause que l'on s'empref- origine à cake soit de toutes parts d'aller le voir. Le Saint Abbé fatigué Saint. de ce grand nombre de visites, se retiroit quelquefois dans le Défert , afin de pouvoir plus librement se livrer tout en-tier à Dieu dans la solitude. Voïant que le nombre de ceux

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qui accouroient pour se mettre sous sa conduite dans la Vie ANNEE. DE Monastique, étoit fi considérable, que le Monaltére de Com- ERT D'ES

plute ne pouvoit les contenir tous, il résolut de bâtir de
nouveaux Monastéres. Il en fonda un, appellé Monasterium
Rufinianenfe dans l'endroit de ces Montagnes le plus incul-
te & le plus escarpé. Proche de là, il fit un Hermitage, où
il vêcut quelque tems entre quatre murailles ; mais les
Moines se sentant de l'absence d'un si aimable Pere, alle-
rent l'en tirer & l'obliger par une pieuse violence, de re-
tourner au Monastére de Complute. Quelque tems après, il
bâtit fur les Confins de la Galice & du Vierze un autre Mo-
nastére qui prit le nom de Monasterium Vifumense. Dans la
suite, il en construisit un autre dans une petite Isle de Gali-
ce, afin d'être plus écarté de toutes les personnes qui vou-
loient le voir. Mais ses vertus faisoient tant de bruit par
tout, qu'il ne pouvoit être caché en aucun endroit, quantité
de personnes de la premiére Noblesse des Gots allant le
chercher pour renoncer au Monde. Le Monasterium Rufia-
mense elt celui de Saint Pierre des Monts dans le Vierze, le-
quel est à présent de l'Ordre de Saint Benoît. Il paroît que
celui nommé Vifumense étoit vers Villafranca & Cacabé-
los, & le dernier dans une des Illes de Rodondela.

Le digne Fondateur forma dans ces Monastéres de grands
Saints, dont plusieurs furent Evêques des Eglises d'Espa-
gne, & entre autres Théudiféle qui bâtit le Monastére de
Castro-Léon, où il demeura toute sa vie. J'ignore le motif
pour lequel le Saint, après avoir fait ces fondations, pasla
par le Portugal, en Andalousie , séjourna à Séville, & conf-
truisit un Monaftére dans l'Isle de Cadiz. Par la suite, il
fonda dans une Solitude retirée & affreuse, à neuf milles de
la Mer, un autre grand Monastére, appellé None. Dans ce
même tems, une fille Noble, nommée Bénédicte , qui étoit
promise en mariage au fils du Gouverneur de ce Territoire,
s'enfuit de ses parens, & s'enfonça dans ces Déserts, cher-
chant Saint Fructueux, pour le prier de prendre soin d'elle,
& de la guider dans le chemin de la perfection. Le Saint
pénétré de joïe de voir avec quelle ardeur & quel zéle cette
jeune personne vouloit s'adonner au Service de Dieu, ac-
quiefça volontiers à ce qu'elle désiroit, la tenant dans un
lieu séparé du Monastére, d'où il lui envoioit à manger.
Beaucoup d'autres femmes animées du même désir, étant

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