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PAGNE, 799.

J. C. 761.

Monastéres. Ainsi, je n'ai dans cette occasion aucun égard
Ere n'es à ce que marque
Sandoval, parce que les Priviléges ne peu-

ANNE'E DE
vent faire foi qu'autant qu'ils s'accordent avec les Histoi-
res les plus sûres & tenues pour

telles. Cependant Abderrame avoit deux choses également à Les Mahocæur, l'une d'avoir sa revanche de la perte qu'il avoit fai- métans battus

par Don Froi, te en Galice, & l'autre de châtier les Audacieux, qui avoient pas osé prendre les Armes contre lui. L'on croit que pour la premiére, il envoïa un Corps de Troupes, que Don Froila alla recevoir avec les siennes , & qui ne pouvant tenir contre la bravoure des Chrétiens , eut le même sort

que l'Armée de l'année précédente (A):

A l'égard des Rébelles qui étoient dans les Parties Orientales de l'Espagne, & dans la Partie Occidentale où est la Ville de Béja, il paroît qu'il marcha en personne contre eux avec de plus grandes forces. D'abord, il tourna ses pas du côté de Béja *, & étant entré dans le Portugal à la tête de ses Troupes, il soumit tout le Païs, & il donna aux Rébelles tout lieu de se repentir de leur révolte. N'aïant plus rien à faire ni à craindre dans cette Contrée, il

porta

ses Armes dans les Alpujarras & dans le Roiaume de Murcie ; où elles eurent bien-tôt le même succès. Il pasla ensuite dans le Roïaume de Valence , où il assiégea & prit la Ville de même nom, quoiqu'elle se défendît pendant quelque tems. Satisfait d'avoir remis tous ces Païs fous son obéissance, & d'avoir sévérement puni les personnes qui les avoient fait soulever, il cessa les hostilités (B).

Le Gouverneur de Saragosse, & celui de Barcelone, appellé Silonoan ou Suleiman, qui s'étoit rendu Vassal, soumet la Vila comme je l'ai déja dit, de Pépin Roi de France, avoient le de Saragospris parti dans le soulevement. Abderrame, qui vouloit réu- fe & tout l'A, nir ces Provinces à la Couronne , fe remit en Campagne avec son Armée, dès que la saison le lui permit. Il alla droit à Saragosse, & aussi heureux cette année que la précédente , il paroît qu'il n'eut pas beaucoup de peine à mettre cette Ville & tout l'Aragon sous sa Domination. Pour(A) Don AlfonsE le Grand. qu'on pût les croire, il faudroit qu'ils

(B) Don RODERIC , Histoire des eussent marqué ce qui détermina Don Arabes.

Froila à secourir cette Ville qui ne lui * Mariana & le P. d'Orléans assúrent étoit , ni soumise, ni alliée, puisque qu'il assiégea cette Place, & que Don l'Histoire n'en fournit aucune preuve. Froila lui fit lever le fiége. Or, pour

800.

762.

ragon,

PAGNI.
Soa

762,

Saint Jean

Hermite.

fuivant fa marche par les Montagnes d'Aragon, il trouva

ERE D'EsANNEE. DE proche de Jaca quelques Chrétiens qui s'étoient retranchés

sur le Mont - Panus. Aussi - tôt, il détacha des Troupes
d'élite , sous les ordres d'Abdelmélich Iben Keatan, qui
monta la Montagne, fit main basse sur tous les Chrétiens
qui étoient dans ce lieu en trop petit nombre pour lui rési-
sler , & ruina tous leurs travaux (A).

De ceci, l'on peut conjecturer que le digne Hermite d'Atares, Saint Jean d'Atares, qui s'étoit retiré dans cette Caverne de Saint Jean de la Pegna, étoit déja

mort. Il y avoit vécu inconnu des Hommes, & il laissa fa mémoire écrite sur une Pierre triangulaire, que Saint Votus trouva depuis, & qui a été long-tems conservée dans le Monastére de Saint Jean de la Pegna (B).

Abderrame aïant conquis tout l'Aragon, mit à Saragosse un Gouverneur, dont la fidélité ne lui étoit pas suspecte, & l'on est fondé à croire , sur ce que je dirai par la suite, que celui qui y étoit , alla chercher azile dans les Pyrénées, ou fit fa paix avec le Roi Mahométan.

Dans cette année 763. ce Prince passa avec son Armée La Catalo- dans la Catalogne, où l'on croit qu'il eut le même succès, par Abderra- que dans la Province de Saragosse ; parce que Pépin occu

pé dans ses Etats par des guerres intestines, ne put point,
ou ne voulut

pas secourir Suléiman fon Vassal (o).
Je m'imagine que dans cette année, Abderramé retour-
nant victorieux de Catalogne, voulut en personne tenter

fortune contre Don Froila, & qu'étant entré dans la Cafpaix,

tille comme dans le Pais le plus proche, il y commit de
grands désordres & toutes fortes d'hostilités. Don Froila
assembla ausi-tôt fes Soldats & invita ses Sujets à fe joindre
à lui, pour s'opposer à l'Ennemi. Quoique les Galiciens
réfuferent de lui obéir & même se révolterent, il ne laissa
pas que

d'aller avec les Troupes qu'il pue ramasser, cher-
cher les Mahométans, qu'il défit dans une bataille. Cette
victoire consterna Abderrame, qui rebuté de la difficulté
de pénétrer dans les Etats des Chrétiens, à cause des Mon-
tagnes dont ils étoient couverts, & des pertes considéra-

763.

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و

me.

Don Froila contraint Abderrame de faire la

(A) L'ANONYME de S. Jeande la IL & de S. Felix Hermites, & les HillePegna, dans le P. D'ABARCA, & Ac

riens d'Aragon. tes des Saiars du mois de Mai au 29. (B) Histoire de ce Monaftére. de ce mois, dans la vie de S, Yotus (c) Tiré de ce que l'on dira par la suite.

ANNE'E DE

PAGNE 801.

J. C. 763

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ne doit

bles qu'il avoit faites dans toutes ses tentatives, où il avoit ERE D'ES

toujours échoué, prit le parti de faire la paix avec un En-
nemi si rédoutable. Don Froila s'y étant prêté volontiers,
afin de pouvoir dompter les Galiciens, elle fut conclue au
gré des deux Puissances (A).

En 778. Pampelune étoit fous la Domination des Maho-
métans, & avoit été auparavant sous celle du Roi Don Al-
fonse, & comme Don Froila se trouva l'année suivante oc-
cupé à réduire les Galiciens , il falloit qu'il n'eût rien à
craindre d'Abderrame, parce qu'il n'étoit pas assez puissant
pour pouvoir soutenir deux guerres dans un même tems,
C'est ce qui me détermine à parler de plusieurs déroutes
d'Abderrame par

Don Froila , & à marquer que ces deux Princes firent enfin la paix. D'ailleurs Don Alfonse le Grand, de la Chronique d'Albayda, disent que Don Froila gagna plusieurs victoires sur Abderrame, Monarque des Mahométans. Or, il a fallu pour cet effet que Don Froila en soit venu aux mains avec lui plusieurs fois ; de forte

que

l'on pas être surpris, si je dis qu'en cette année & dans la précédente, les Chrétiens défirent les Armées Mahométanes.

Le Roi Don Froila débarrassé de la guerre avec Abderrame, rassembla toutes ses Troupes pour châtier les châtie les Ga

Don Froila Galiciens qui s'étoient soulevés. Etant entré dans la salice, liciens, & s'al: il y fit de grands ravages, pour jetter par cout l'effroi, & liéne les efdonner aux Habitans tout sujet de fe repencir de leur au- de révérité. dace. Il paroît qu'il se faifir des principaux Chefs de la révolte, & qu'il les fix mourir, traitant les autres, conformément à leurs fautes. Dans cette action, il montra tant de sévérité, que les esprits s’aigrirent, & que tous s’indile. poserent contre lui (B).

En cette année 76.5. Don Froila eut un fils, qu'il nomma 7656 Alfonfe, en mémoire de son Aïeul, & qui étant par la suite Abderrame

fait alliance monté fúr le Trône, eut un long Régne, comme nous le ver- avec Pépio: rons. La difficulté qu'il y avoit pour les Mahométans à reconquérir la Gaule Gotique sur un Prince aussi puissant que Pépin, à qui toute la France étoit soumise, fit qu'Abdcrrame, Roi de Cordouë , rechercha l'alliance de ce Monarque, afin de s'assører la possession de tout ce qu'il avoit en El (A) Fil de l'Histoire.

Moine de Silos , Don RODERIG, Doa (B) Doa: ALFONSE le Grand , IE

|

LUCAS & d'autres

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764.

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80%

Anne'e DE

J. C. 765.

ERE D'ES
PAGNE.

803

767.

805

Foila.

pagne, & lui envoïa pour cet effet une Ambassade avec
de riches présens. Ses Ambassadeurs eurent tout lieu d'être
contens de Pépin, qui répondit obligeamment aux désirs
de leur Maître, & les congédia, après les avoir aussi chargé
de'présens magnifiques (A). Ce qui est marqué des Ambaffa.
deurs Sarazins dans l’Appendice II, de Fredegaire, regarde
ceux du Calife de Damas, pour les circonstances qui y sont
rapportées, lesquelles ne conviennent point à ceux d'Ab-
derrame , quoique l'Auteur s'efforce de le faire enten-
dre (B).

Le Roi Don Froila avoit un frere, appellé Don Wimaran, bare de bon jeune Prince respectable par ses grandes qualités, & ausí

affable & généreux, que Don Froila étoit sévére & intraita-
ble. La grande douceur de Don Wimaran lui avoit gagné
le cæur des principaux Seigneurs du Païs, qui s'empref-
foient à lui faire leur cour , tandis qu'ils ne rendoient à son
frere , que les devoirs dont ils ne pouvoient se dispenser.
Il n'en fallut pas davantage à Don Froila pour le lui ren-
dre suspect, & pour lui faire croire qu'il cherchoit à se ré-
volter & à lui enlever la Couronne. Le Roi, pour se déli-
vrer de cette crainte qui augmentoit de jour en jour, ré-
solut de lui ôter la vie, & n'eut point horreur de tremper
fes
propres

mains dans le sang de son frere, qu'il poignar-
da lui-même dans son Palais. La mort de cet Infant jetta
la consternation dans les esprits, & causa de plus grandes
méfiances à toutes les personnes de la Famille Roiale, qui
ne se crurent plus à l'abri des caprices d'un Roi si cruel (C).

Les principaux Seigneurs , à qui le caractére dur de FroiIl est poi- la donnoit de plus en plus de l'ombrage, prirent le parti de goardé,

se défaire d'un si méchant Prince, tant pour ne pas devenir
les victimes de sa cruauté, que pour venger le sang inno-
cent de Don Wimaran. Aiant fait une conspiration avec
beaucoup de secret , ils épierent une occasion favorable
pour

l'exécuter. L'aïant trouvée, ils la saisirent; de forte
qu'ils assassinerent à Cangas ce Roi cruel & dénaturé. Ainsi
finit ce Prince, à qui la dureté du caractére , & les foupçons
mal fondés, qui lui firent commettre un fratricide, procure-
rent la mort, après avoir tenu le Sceptre pendant onze ans &

768.

806.

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(4) SISEeert dans la Chronique. Il Chronique d'ALBAYDA, 16 MOINE (B) PAGE

de Silos, Don RODERIC & Don Lu(C) Doa ALFONSE le Grand, la

CAS.

1

DE

B06.

sa place.

le la paix avec

trois mois *. Au reste, ce fut un Prince Religieux & magnaE D'Es

ANNE'E AGNE.nime, comme on le connoîtroit plus amplement, s'il s'étoit

J. C. rencontré quelqu'un qui eût décrit toutes ses actions. Il fut 768. enterré dans l'Eglise d'Oviédo qu'il avoit fait bâtir (A).

Après sa mort, les Seigneurs s'assemblerent pour lui élire Don Auréle un Successeur, & tous voïant que Don Alfonse son fils étoit est élu Roi er trop jeune pour être assis sur le Trône, proclamerent Roi, Don Auréle, cousin Germain du défunt * * étant fils de Don Froila, frere de Don Alfonse le Catholique, & petitfils, comme lui , du côté de son pere , de Don Pédre, Duc

de Cantabrie (B). 807. Il y a apparence que Don Auréle proposa à Abderrame

769. de renouveller la Tréve & la paix conclues avec son Pré- Il renouvel décesseur, & que le Roi Mahometan

у

consentit volon- Abderrame. tiers, persuadé qu'elle lui étoit nécessaire, pour mettre ordre aux affaires de fa nouvelle Monarchie : c'est ce qui a fait que pendant tout le tems de fon Régne, il n'a point eu guerre avec les Infidéles (C). En cette année, une Dame appellée Munia Bella, fon

Monaftére da proche de Belorado, le Monastère de Saint Michel de Pe. fondé par Mudroso, où elle se voua avec plusieurs autres au Service de femme d'imDieu, sous l'Habit de Religion (D).

portance. Par la Chartre de fa Fondation, il est constant que Valentin EValentin étoit alors Evêque d'Auca , aujourd'hui Oca, vêque d'Ocao d'où l'on transféra le Siege Episcopal à Burgos ; parce que, quoique la principale Eglise fût détruite, le Diocèse fubsista toujours , & eut toujours un Evêque : l'on en doit croire autant de la plūpart des Territoires qui composoient les Etats des Chrétiens.

(A) Don ALFONSE le Grand, la ** Le P. d'Orléans ne convient point:
Chronique d'ALBAYDA; Le Moine de de ce dégré de parenté , puisqu'il pré-
Silos , l'Histoire de COMPOSTELLE,

Don Auréle étoit propre frere
Don RODERIC, Don Lucas & autres. de Don Froila , & Mariana paroît vou-

.tend

que

(B) Don AL FONSE le Grand, la loir laisser la chose indécise. Suivant: Chronique d’ALBAYD'A & autres. néanmoins la Généalogie de ce Prince, (C) Don ALFONSE le Grand & d'au- rapportée par Ferreras, il est évident

que le premier s'est trompé, & que le(D) Chartre de la Fondation de ce second a eu tort de laiff'r du doute sur Monaftére dans PELLICER & ailleurs. ce point. Au reste , l'un & l'autre accu

* On voit dans Mariana & dans le fent Don Auréle de s'étre fait Chef de P. d'Orléans, qu'il laissa en mourant, la Conjuration qui fit périr Don Froila, outre son fils Don Alfonse, une fille , Ferreras n'en dit rien, faute d'avoir nommée par le premier Dona Ximénes, trouvé sans doute , ce fait attesté par & par le second Chiméne : l'on marque- des Ecrivains , sur la. foi desquels on na ailleurs ce que l'on doit en penser. puille se reposer.

tres.

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