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TE D'Es'AGNE. 882,

ANNE'E DE
J. C.

844. Erreurs des Historiens

sur l'année de

883

Clavijo.

845 Déscentes & courses des

La plâpart des Auteurs de l'Histoire d'Espagne, placent en cette année la bataille de Clavijo *, dont il n'elt point fait mention par les Historiens Espagnols, jusqu'à l'Archevêque Don Roderic. Pour moi, je renvois cet événement à l'année, à laquelle il me paroît que vraisemblablement il d'Espagne, doit appartenir.

En cette année, les Normands retournerent dans les la bataille de Etats d’Abderrame, où ils étoient attirés par le riche butin qu'ils avoient fait à Lisbone l'année précédente. Leur Flotte qui étoit considérable, relâcha sur la Côte d'Anda- Normands loufie, & jetta l'ancre à l’Embouchure du Guadalquivir, sur les terres Ils débarquerent aussitôt, & ils allerent droit à Séville, der lui de Place riche & peuplée, dont ils firent le siége. Après avoir demeuré treize jours devant cette Place, ils désespérerent de s'en emparer , à cause des fréquentes & vigoureuses forties que firent les A Miégés, qui y perdirent néanmoins beaucoup de monde, dont les uns fúrent tués, & les autres faits Captifs. Résolus d'aller ailleurs se dédommager du tems qu'ils avoient perdu à ce siége, ils décamperent, après avoir saccagé tous les environs de la Ville, & chargés de butin, ils passerent à Cadiz & à Medina-Sidonia , portant par tout le fer & le feu.

A peine furent-ils partis, que les Mahométans s'étant rassemblés en assez bon nombre, marcherent à eux pour les punir de leur audace ; mais leur aïant livré quelques combats, dans lesquels ils eurent presque toujours du désavan

و

te de Barcelone, qui étoient mêmes te vient de ce que dans la Chartre, il fynonymes. De ceci, l'on peut donc n'eit qualifié que de Marquis, fans marconclure que Sunifred étoit Comte de quer de quel endroit , & il n'est nomBarcelone en 844 puisque, suivant ces mé qu'après Elmerod. La seconde, eft Critiques, il étoit Marquis de Gotie. d'indiquer le tems dans lequel on donna Il ne reste que deux difficultés à lever , le Marquisat de Gorie, & par consépour que l'on puisse embrasser leur opi- || quent le Comté de Barcelone à Aledran, nion préférablement à celle de Ferreras. qu'ils disent avoir succédé à Sunifred. La premiére, eft de sçavoir fi Sunifred En attendant que ces deux Points soient étoit réellement Marquis de Gotie, ou éclaircis par de bonces preuves , il sems'il n'étoit pas plûtôt un Commissaire ble que l'on peu s'en tenir à la conjecnommé par le Roi, pour examiner les ture de Ferreras, & croire qu'immédiaplaintes des Espagnols soumis aux Fran- tement après la mort de Bernard, le çois, ainsi que le devoit être Elmerod, Roi Charles pourvut Aledran du GouComte du Palais , dont il est aussi par- vernement Général de la Septimanie ou lé daos cette même Chartre, & qui Gotie, & en particulier du Comté de étoit chargé des mêmes ordres, quoi- Barcelone. qu'il ne paroisse pas qu'il eût aucun Gou- * C'est d'elle dont il est parlé danş vernement dans la Septimanie. Ce dou- la Note , sous l'année 843.

ANNE'E

DE

PAGNE,

845.

tage, ils s'en retournerent à Séville. Dès qu'ils se furent J. C. éloignés, les Normands allerent à Algezire, & après la- Eest

voir pillée & brûlée , ils saccagerent toutes les Vignes
& tous les Oliviers de ce Territoire. Toujours espris
des richesses de Séville , ils retournerent faire sur cette
Place une nouvelle tentative. Arant rencontré les Ma-
hométans qui s'avançoient vers eux pour les arrêter,
ils les battirent, & les tuerent pour la plūpart. Encouragés
par cet heureux succès, ils s'approcherent de la Ville , &
volurent l'escalader. L'assaut dura un jour & une nuit, &
les Citoïens se défendirent avec tant de valeur, que les Nor-
mands furent enfin repoussés. Ceux-ci perdant alors tout
espoir, se retirerent, après avoir démoli les Fauxbourgs
de la Ville.

Cependant Abderrame instruit de ce qui se passoit, avoit
assemblé une nombreuse Armée contre les Normands. Un
de ses plus habiles Généraux, à qui il en donna le Com-
mandement, la conduisit aux Ennemis , ausquels il présenta
aussi-tôt la bataille, que les Normands accepterent volon-
tiers. On montra de part & d'autre dans cette action tant
de valeur & d'acharnement, qu'il n'y eut que la nuit ou la
lasitude qui put faire séparer les Combattans, sans que
la Victoire se fût déclarée d'aucun côté. Après ce combat,
les Normands entrerent dans Tablada, où les meilleures
Troupes d'Abderrame fondirent sur eux, leur tuerent qua-
tre cens hommes, & les forcerent de se retirer. Sur ces
entrefaites les Normands apprirent qu'Abderrame levoit
contre eux de nouvelles Troupes, & armoit quinze Vaif-
seaux de guerre. Cette nouvelle fut cause, qu'après avoir
fait beaucoup de dégâts par tout où ils purent, ils rega-
gnerent leur Flotte, & ils leverent l'ancre. Etant allés à
Lisbone , ils rencontrerent dans ce Parage d'autres Vais-
feaux de leur Païs, avec lesquels ils firent voile vers leurs

Ports (A).
Confpiration Pendant que les Normands désoloient ainsi l'Andalou-
Ramire , de-

sie, Aldroite , Comte du Palais du Roi Don Ramire, mé

& ditoit les moïens de s'asseoir sur le Trône des Asturies. Pour punie. cet effet, il trama contre son Prince une conspiration avec

quelques-uns de ses Amis ; mais l'affaire ne pût pas être te-
nue fi secrette, qu'elle ne transpirât, & que Don Ramire n'en

(4) Don RODERIC dans l'Histoire des Arabes.

contre Don fie, Aldroite,

couverte

AGNE. 383.

J. C.

Suite du

eût connoissance. Sur le champ, l'Audacieux Comte fut D'Es arrêté ; & après qu'on l'eut convaincu de son crime, le Roi ANNE'E DE lui fit arracher les yeux, & le fit enfermer, à ce que l'on

845. croit, dans un Monastére (A).

A la vûe des difficultés & des dangers qu'il y avoir de passer en France, le Glorieux Saint Euloge, après avoir voïage de S. resté pendant tout l'Hyver à Pampelune auprès du Vénéra- Fuloge dans

l'Efpagae. ble Evêque Villesind, prit le parti de retourner auprès de sa mere & de ses fours, afin de les tirer d'inquiétude. Résolu néanmoins d'aller auparavant visiter & voir les Monastéres de cette Contrée, il demanda à l'Evêque Villesind des Lettres, avec lesquelles il se mit en route. Il commença d'abord

par

le Monastére de Saint Sauveur de Léire, qui
fubsiste encore aujourd'hui, où Fortunius , qui en étoit Ab-
bé, lui donna avec zéle l’hofpitalité. De-là, il passa au
Monastére de Cella, gouverné par l'Abbé Attilius , à celui
de Seraza, qui avoit pour Abbé Odoaire, à celui de Saint
Vincent d’Isgual, dont Séhemene étoit Abbé, & à celui de
Burdasped , dont l'Abbé fe nommoit Dadilan. Etant allé
ensuite au Monastére de Saint Zacharie, où il y avoit en-
viron cent cinquante Moines , qui travailloient avec ar-
deur à s'avancer dans la voie du Salut , sous la conduite de:
l'Abbé Odoaire, homme également excellent en vertu &
en science, il y séjournạ quelque tems : ce Monastére étoit
situé proche de la fource de la Riviére d'Arga. Le Saint
Vorageur trouvant beaucoup de Livres dans cette Maison
Religieuse , en demanda quelques-uns qu'on lui donna, ou
qu'on lui copia. Enfin, voulant partir pour Cordoué, il
retourna prendre congé de l'Evêque Villesind , qui le pria
instamment de lui envoïer , dès qu'il serait arrivé dans cette:
Ville, quelque Relique du Glorieux Martyr Saint Zoile..

Saint Euloge fut à peine sorti de Pampelune, qu'il eut
avis que ses freres étoient à Saragosse avec d'autres Mars
chands ; de forte qu'il prit le chemin de cette Ville, où il
apprit seulement qu'ils demeuroient à Mayence. Après
avoir visité l'Evêque de Saragosse, qui se nommoit Senior;
il continua la route, & paffa par Siguença, où il
pour Evêque Sisenand, dont il.loue beaucoup la pruden-
ce ; par Alcala dont l'Evêque. Venerius le reçut avec de:
(4) Don ALFONSE le Grand, la de Silos & d'autres,

d' , ||

y avoit

PAGNE

845.

Infideles.

grandes marques d’estime, & le retint cinq jours ; & par
Anne'. DE
J. C.

Toléde, où il demeura quelque tems auprès du Saint Vieil- ERE d'Es:
lard Wistremir. De cette derniére Ville, dans laquelle il 883
laissa une haute idée de ses grandes vertus & de fa science,
il se rendit à Cordouë, où fa mere & ses fæurs le revirent

avec beaucoup de joie (A).
846. En 846. Abderrame s'étant imaginé que le Roi Don Ra-

8847 Don Ram:- mire avoit beaucoup contribué aux ravages que les Norvictoire sur les mands avoient faits dans ses Etats, forma une grosse Armée,

&entra sur les Terres de ce Prince Chrétien. Sur le champ,
Don Ramire aïant assemblé ses Troupes, marcha droit
aux Ennemis, & les attaqua avec tant de vigueur, qu'il les
tailla en piéces, & les contraignit de sortir en diligence de
son Païs. Le Roi Don Alfonse le Grand, dit dans sa Chroni-
que, que Don Ramire combattit deux fois les Infidéles, sans
marquer en quel tems , ni en quel lieu ; c'est ce qui fait que
je mets cette bataille en la présente année. Il pourroit bien
se faire qu'elle se fût donnée dans le Portugal, parce que
Bernard Brito dans le Liv. 7. de fa Monarchie Lusitanienne,
chap. 13. raconte que le Roi Don Ramire fit une incur-
fion en Portugal , où il pénétra jusqu'à Monte-Major le
Vieux, & subjugua plusieurs Gouverneurs. Cet Ecrivain
afsûre avoir tiré cette Notice d'une Chartre du Roi Don
Ramire en faveur de Jean, Abbé du célébre Monastére de
Saint Mames de Lorban, proche de Coimbre ; mais comme
je n'ai pas vû ce Diplome, je ne puis juger de son contenu.

Le Roi Don Ramire, très-dévot à l’Archange Saint Mi- 8850 Fondation chel, sous la protection de qui il avoit vaincu les Ennemis, de deux Egli- fit élever en son honneur, à une demi-lieuë d'Oviedo, un ses par Don Ramire. Temple fomptueux & construit avec beaucoup d'art, qui

subsiste aujourd'hui sous le nom de Saint Michel de Lino.
Morales , Carvajal & d'autres qui l'ont vû & mesuré, en
font un grand éloge (B).

Peu loin de là, il bâtit au pied du Mont-Narenço, ou
sur cette Montagne même une autre Eglise, sous l'Invoca-
tion de Notre-Dame , à qui il avoit beaucoup de dévo-
sion. Morales , Carvajal & plusieurs autres en louent aussi
beaucoup l'Architecture. Je mets ces Fondations en cette

847.

(A) S. EULOGE dans la Lettre à chap. 3.
Willefind, E eyue de Pampelune , AL (B) Don AlfonsE le Grand & la
YALE de Cordoue dans la vie du Saint, ll Chronique d'ALBAYDA,

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ERE D'Es.

885.

J. C.

347. Don Ore

Ramire fog pere.

année, parce qu'il n'y a point de tems qui paroisse plus PAGNE. propre pour ces Ouvrages , que celui dans lequel le Roi ANNE'E DE

Don Ramire se trouvoit tranquille (A). Il paroît aussi que
vers ce tems, le Roi sollicita les Grands & les Seigneurs du
Roïaume, de reconnoître pour son Successeur à la Couron- à la Couron-

dogno associé ne Don Ordogno son fils, dont on connoissoit deja tout le ne avec Don mérite , & que ce jeune Prince, en faveur de ses belles

qualités, fut proclamé Collégue & Successeur de son pere.

Abderrame , Roi de Cordouë, envoia des Ambassadeurs à Charles, Roi de France, pour conclure avec lui la paix. Charles leur donna audience à Reims, & confentit à ce qu'il désiroit. Un Allemand appellé Bodon, Diacre qui avoit apoftafié la Religion Chrétienne, pour le Judaïsme, & qui avoit épousé une Juive, s'étoit sauvé de France en Espagne en 839. & s'étoit retiré à Saragosse. Il y a apparence que ce Renegat avoit auprès d'Abderrame quelque crédit dont il se servit pour exciter ce Prince à contraindre tous les Chrétiens de ses Etats, fous peine de mort, de se faire ou Juifs ou Mahométans. Les instances qu'il fit pour l'y déterminer, mirent les Evêques dans la nécessité d'écrire au Roi Charles, au nom de tous les Chrétiens de leurs Diocèses, pour le prier de demander cet Apostar au Roi de Cordouë, afin d'empêcher les maux qu'il cherchoit à leur faire endurer (B). On ignore quel succès eurent leurs

Lettres. 886; En ce tems, les Normands avoient fait de grands ravages en France ; de sorte que la Catalogne devoit être mu- furprend Bar

Guillaume nie de Soldats. Guillaume, fils de Bernard, Comte de Bar- celone & Am celone, qui étoit à la Cour d'Abderrame , profita de cette purias, occasion, pour lier des intrigues secrettes avec quelques Partisans de son

pour

folliciter de lui donner entrée dans la Ville. Lorsqu'il se fut assûré d'eux, il communiqua cette affaire à Abderrame, à qui il demanda des Troupes pour la consommer, s'engageant de fe reconnoître pour fon Vassal. Abderrame, Hatté de cette promesse , lui donna les Troupes dont il avoit befoin ; de forte que Guillaume se mit en marche, & s'avança vers Barcelone. Dès que Guillaume fut à la vûe de cette Place, il fomma ses Confédérés de lui tenir parole ; & ceux-ci lui firent fçavoir les

(A) Don ALFONSE le Grand & la (B) Annales de Saint Bercio, Chronique d'ALBAYDA

848.

pere, &

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