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la seconde fait remonter les siens à la conquête faite par le Duc de Normandie ( 1 ).

y entroit masqué, on y dansoit, on y chantoit des chansons infâmes, on y faisoit des bouffonneries sacrilèges, & l'on s'y abandonnoit aux plus affreux excès: malgré les efforts du Clergé pour l'abolir, elle subsista jusqu'en 1444. (Histoire de la ville de Paris.)

Vers la fin du onzième siècle, des Poëtes Provençaux, invenconnus sous le nom de Trouveres ou Troubadours, tèrent une Poésie nommée chant, chanterelle, chanson, son, sonnet, vers, mots, layz, depport, soulas, pastorale, tenson, syrnentes & comédies. Ils eurent la gloire d'avoir les premiers fait sentir à l'oreille l'harmonie de la rime, placée jusqu'alors au commencement, au repos & à la fin du vers: ils la fixèrent où elle est maintenant. Ce furent ces Poésies qui donnèrent l'idée des Spectacles qu'on vit paroître dans la suite en France. Ces Poëtes Provençaux brillèrent en Europe depuis l'année 1120 ou 1130, jusqu'à la fin du règne de Jeanne premiere, Reine de Naples, de Sicile, & Comtesse de Provence : cette Princesse mourut l'an 1382: alors le défaut de Mecènes entraîna celui des Poëtes dits Nostradamus.

Les Troubadours mirent la langue Provençale en usage par toute l'Europe: les deux Empereurs Frédéric premier & deuxième en attirèrent plusieurs à leur cour. Richard Cœur de Lion, Roi d'Angleterre, les honora de son amitié & de ses bienfaits, & le Roi Louis le jeune en eut à sa suite lorsqu'il partit en 1147 pour la conquête de la TerreSainte.

(1) Guillaume, Duc de Normandie, surnommé le

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William Stephanides, Moine de Cantorbery, & Auteur contemporain d'Henri II, parle déjà des Spectacles dans son ouvrage intitulé, descriptio nobilissima civitatis Londonia, comme d'un établissement ancien. « Londres, dit-il, au lieu de farces » prophanes qu'on voit sur les Théatres, » possède des Spectacles d'un genre plus » précieux; on y représente les miracles » sacrés, & les souffrances des bienheu» reux Martyrs ». Le miracle de Sainte Catherine étoit connu long-temps avant le onzième siècle.

Henri premier, grand amateur de ces Spectacles, les protégeoit déjà en 1110; ils consistoient en des traits du NouveauTestament mêlés d'obscénités les plus grossières ceux qui les représentoient se nommoient Mummers (1). Ils parcou

Bâtard, acheva la conquête de l'Angleterre le 14 d'Octobre 1066, à la bataille de Hastings. Il fut proclamé Roi le même jour, & fut couronné le 25 Décembre suivant.

(1) Ou gens masqués. Il en existe encore dans les provinces du nord de l'Angleterre. Faute de masques, ils

roient les villes & les provinces vêtus à l'antique; dansoient, déclamoient, & faisoient des postures indécentes. L'on voit par un acte passé au Parlement, sous le règne d'Edward III, 140 ans après Richard premier, qu'on condamna une troupe de ces Mummers, comme des vagabonds, à être fouettés & chassés de Londres, pour y avoir abusé de la permission de se mase quer, & y avoir représenté en des petits cabarets & autres lieux où s'assemble le peuple, des sujets scandaleux: cet acte indique positivement qu'il existoit en Angleterre des Spectacles d'un genre plus distingué.

L'an 1403, la quatrième année du règne

se barbouillent le visage. Les Acteurs Anglois prennent leur origine de ces misérables Histrions.

Vers le même temps, on vit paroître en France les Jongleurs & les Jaculatores ou A&teurs. Les Jongleurs étoient fort estimés dans les temps des Troubadours; c'étoit teurs Musiciens: mais lorsqu'on négligea ces Poëtes, ils dégénérèrent en mauvais ménétriers, & les Acteurs en de méprisables bouffons. On les abolit par une ordonnance de 1395. (Traité de la Police.)

d'Henri IV, ces mêmes Spectacles méritèrent de nouveau l'attention du Parlement: on défendit expressément à certains poéteraux, maîtres rimeurs, ménétriers & Mummers, d'infecter le pays de Galles par leurs Spectacles licentieux, ni de ne plus faire de commoith (1). Ces baladins traités avec tant de mépris, étoient cependant les successeurs des fameux Bards ou Poëtes Pides, célèbres dans le temps des Druydes.

Jusqu'alors les Mystères étoient encore inconnus en France; mais bientôt ils y firent les plus grands progrès (2). Ces

(1) Commoith, mot Gallois. Il signifie en Anglois, district: chaque district étoit composé d'environ cinquante Villages. Il est probable que ces troupes errantes, dès qu'elles avoient choisi un lieu pour leurs représentations, en avertissoient tout le district: on le doit inférer du mat commoith.

(2) En 1398, les Croisades donnèrent lieu à ce Spectacle bisarre en France: les cantiques pieux que chantoient les Pélerins à leur retour de la Terre-Sainte, de SaintJacques de Compostelle, du Mont Saint-Michel, &c. &c. firent naître l'idée d'en former des Spectacles. Charles VI les encouragea: il accorda des Lettres - Patentes aux Confrères de la Passion; ils dressèrent un Théatre à l'Hôpital de

pièces saintes n'étoient chez les deux Nations qu'un mêlange monstrueux du sacré & du prophane, plus propres à inspirer la licence & l'incrédulité, qu'à la pratique de la piété & de la vertu. Les Auteurs Anglois du quatorzième siècle en donnent quelques détails circonstanciés: voici ce qu'on en dit en 1378.

<<< Les Ecoliers de Saint Paul présen» tèrent une requête à Richard II, sup» pliant Sa Majesté de défendre aux Pro»phanes les Spectacles où l'on traiteroit » les sujets de l'Ancien-Testament, leur » Clergé ayant fait de grandes dépenses » pour en donner une représentation publique à Noël ». Cette distinction du mot

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la Trinité, où ils représentèrent pendant long-temps les Mystères : on les transféra à l'Hôtel de Flandres, & delà à celui de Bourgogne qu'ils achetèrent; mais le Parlement leurs ayant défendu de représenter à l'avenir aucun sujet tiré de l'Ecriture-Sainte, les trop pieux Confrères louèrent leur Hôtel à une troupe de Comédiens, qui se forma en 1548, époque de la chûte des Mystères en France; on les représenta plus long-temps en Angleterre, par des motifs de politique, & pour faciliter la réforme.

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