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NOUVELLES,

ET AUTRES

PIECES EN VERS.

Par M. D. D. L. P. D. C.

Avec un examen critique des princi-
paux Fabuliftes anciens
& modernes.

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A PAR I S.

Chez F. G. MERIGOT, Quai des Au-
guftins, près la rue Gift-le-Cœur,
aux Armes de France.

M. DCC. XLIV.

Avec Approbation & Privilege du Roi.

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DISCOURS

SUR

LA FABLE

Avec un examen critique des principaux Fabuliftes, anciens & modernes.

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L

'Amour propre eft un ran dont l'autorité eft trop bien établie, pour entreprendre de la dé truire à force ouverte. Quelque courage qu'on ait, il eft inutile & même dangereux d'attaquer de front un ennemi qui fçait parer tous les

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coups qu'on veut lui porter. Pour expofer à nos yeux le tableau de nos défauts, il faut le mettre dans une perspective où l'on puiffe le voir fans en être choqué; fi vous l'appróchez trop, on n'en diftingue pas les traits; il ne nous plaît que dans un jour oblique, ou dans l'éloignement. Pour faire voir un objet, il faut ménager la foibleffe de notre vûe. Dites nûment à un Prince que la nature a formé un lien fecret entre lui & le dernier de fes Sujets; il eft à craindre qu'il ne trouve dans cette idée, une baffeffe qui le révolte & lui rende cette vérité odieufe & inutile. Prouvez à une Belle le néant de ces avantages qui lui infpirent tant de vanité, elle vous croira infenfible, aveugle, ou jaloux. Vos leçons directes offenfent, on s'y refufe.

Quodcunque offendis mihi fic incredulus odi;

dit auffi-tôt l'amour propre en fecret.

Ces vérités connues des plus grands Génies, leur ont fait prendre des mefures pour attaquer le vice, à qui ils voyoient un défenfeur fi puiffant. Ils regarderent les hommes comme des enfans malades y qui avoient befoin d'une médecine, mais

qui il falloit ôter tous les dégoûts qu'elle pouvoit leur donner. Précep tés, dogmes, leçons, raifons pref fantes infpiroient un dégoût naturel qu'il falloit adoucir. On quitta en apparence les voies du pur raifonnement, on fe tourna du côté du fentiment; l'efprit fuit plus volontiers les impreffions du cœur, que le cœur ne fe rend à celles de l'efprit. La Fable où l'Apologue préfenta le moyen qu'on cherchoit; la raison y parut dé barraffée dece févere attirail qui la faifoit quelquefois refpecter, mais prefque toujours hair on lui trouva un áir gracieux, acceffible, qui la faifoit introduire, avant même qu'on l'eût reconnue, & la reconnoiffance alors

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