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doʻter sur leurs habits les paroles de la Loi a) écrites sur des bandes de parchemin plus larges que les autres ne les portent , & d'avoir des franges plus longues. Ils prenoient bien garde qu'aucan pécheur ne les touchât, Si cet homme étoit Prophéte , dit le Pharisien en parlant de Jésus-Christ (b), il connoîtroit quelle est cette femme qui le touche. Ils craignent, disoit Jésus-Christ, d'avaler un moue cheron, & ils avalent un chameau (c).

C'étoit cependant la Secte la plus estimée & la plus orthodoxe qui fût alors parmi les Juifs, quoique par rapport à l'Astrologie &

à au Destin, elle fût dans l'erreur la plus grosfiere. D'où l'on peut conclure que toute la Synagogue étoit infectée de Dogmes faux & impies. Les Esféniens & les Saducéens, comme j'ai dit, erroient sur des Points importans, les premiers étant Pythagoriciens, & les seconds Epicuriens, & à l'égard des Pharisiens, ils étoient Stoïciens. Quoi qu'il en soit, ces derniers formoient parmi les Juifs le parti le plus approuvé. Nous lifons dans les Actes des Apôtres que S. Paul dit devant le Président Festus: (d) J'ai vécu en Phari

(a) Dilarant Phyla&teria & magnificant fimbrias. Matth.

(b) Hic si eßet Propheta , fciret urique qualis eft mulier que tangit eum. Luc. VII. 39. (c) Excolantes culicem, camelum deglurientes. Matth.XXIII. 24.

(d) Secundùm certifimana Sectam noftra Religionis visi Pharifæus, At. XXV. so

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XXIII. S.:

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fien conformément à la Secte la plus approuvée de notre Religion.

Il y avoit, dans le fond, des Pharisiens qui étoient vertueux & gens de bien, & qui pratiquoient la Loi dans la droiture du caur , tels que Gamaliel, Nicodéme, Simeon. Plufieurs même se rendirent Chrétiens, comme il est marqué dans les Actes des Apôtres, Jésus-Christ ne faisoit point difficulté de les aller voir , & de manger avec eux, & lorsqu'il disoit : Faites tout ce qu'ils vous diront, mais ne faites pas tout ce qu'ils font il est à croire qu'il parloit en général , & qu'il en exceptoit quelques-uns.

Les Thérapeutes, dont parle Philon (a); n'étoient autre chose que des Esséniens. C'est le sentiment de Blondel, de Scaliger, & de plusieurs autres, quoique les plus anciens Peres , & parmi les Modernes, Bellarmin, Godeau, Tillemont, l'Abbé Fleuri, fur la foi d'Eusébe de Césarée, Historien fufpect , ayent pensé le contraire. Callien & d'autres Auteurs Moines ne se sont pas contenté d'en faire des Chrétiens, ils en ont fait des hommes semblables à eux, c'est-à- àdire des Moines. Cependant il est certain que les premiers Chrétiens n'étoient point des Solitaires , & ne vivoient point non plus en communauté,comme nos Religieux d'au,

(a) Plilo de vità contemplativão

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ourd'hui. Nous ne sommes ni Brachmanes, ni Gymnosophistes , dit Tertullien nous ne demeurons point dans les forêts , & nous ne nous exilons point du monde (a). Tous les Chrétiens s'occupoient alors, selon cet Auteur, à la Jurisprudence, à l'Eloquence , aux Belles-Lettres, au Commerce, aux Arts, à la Cour, à la Guerre, à la Navigation, à l’Agriculture.

Pour noi je suis persuadé que les Thérapeutes, loin d'être Moines, n'étoient pas même Chrétiens; nul Auteur ancien, avant Eusébe, ne l'a avancé. S. Justin, ou l'Auteur du Livre contre les Grecs qui porte son nom n'en dit rien. Ces Thérapeutes dont parle Philon, vivoient à Alexandrie. Pourquoi l'Auteur du Livre contre les Grecs , qui marque expressément qu'il avoit été à Alexan-drie, & qu'il y avoit vu les vestiges des cel. lules des Septante , n'en fait-il aucune mention ? Philon dit encore que ces Thérapeutes haïssoient le séjour des Villes , qu'ils cherchoient la solitude , & qu'ils s'assembloient de toutes parts à Alexandrie comme dans le lieu de leur Patrie, tanquam in Patriam. Tout cela peut-il convenir aux premiers Chrétiens, & sur-tout aux premiers Moines ? Il est constant par l'Histoire Ec

( a) Neque enim Brachmana, aut Indorum Gymnosophistam fumus Sylvicola & exules vita, Tertull. Apolog. cap. 42.

clésiastique, que

le premier Moine a été S. Paul Hermite en 330. De plus, le Christianisme ne faisoit alors que de naître, & les Chrétiens n'étoient pas en ce tems-là assez nombreux ni assez répandus sur la Terre pour venir ainsi à Alexandrie de toutes les parties du Monde, ex omnibus Mundi pare tibus , comme dit Philon. Cet Auteur ajoute que les Thérapeutes chantoient des Hymnes en dansant, Inter choreas hymnos cecinisse; qu'ils se séparoient en deux cheurs

pour danser, hommes & femmes mêlés ensemble. Cela convient-il aux meurs, à la fimplicité du culte & à la modestie des premiers Chrétiens ? Je regarde donc comme une vérité certaine le sentiment des Sçavans qui soutiennent que les Thérapeutes n'étoient que des Elfeniens, & que ces Esléniens étoient Juifs, & non Chrétiens,

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Fin du Tome premier,

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